LE NAUFRAGÉ
Hélas, Ihornme, jouet de l'élément, en proie Au sol qui le dévore, au ciel qui le foudroie. Fatal, débile, et né dans un accablement, Ayant pour le guider sa raison qui lui ment Et le peu de clarté que Imstinct lui procure, Lutte éternellement avec la force obscure.
Vois, dans le pli que fait le coude d'un rocher, €e hameau de pêcheurs, groupant sous son clocher Quelques vieux toits parmi des barques échouées. La ceinture sans fin des vagues dénouées L'enveloppe et le presse et l'étreint, noir serpent. Il est là, seul, chétif, et sur lui se répand
iUll DERNIÈRE GERBE
L'orage monstrueux, et Touragan l'assiège, Et 1 océan n'est grand que pour lui tendre un piège. Le colossal nuage où fuit Taigle chasseur Et que l'espace emplît de toute sa noirceur, L'éclair, le bruit, le flot où roule le cadavre. Toute l'ombre se heurte au mur du petit havre ; Et c'est l'immensité, c'est la nuit, c'est la mort Qui se rouille aux anneaux de la chahie du port.
Ce point imperceptible où, jamais assouvie, L'onde écume et s'acharne, ô songeur, c'est ta vie. Eh bien, étant si peu, quelle folie as-tu D'escalader ce ciel par tous les vents battu, D'aller, toi, qui, tremblant, as déjà tant de peine A porter seulement l'aspect du phénomène.
Toi le terrassé, toi Tendant, toi le banni, Toi, le vaincu du gouflre, attaquer l'infini!
N'as-tu donc pas assez déjà de te défendre Contre l'énormité qui te couvre de cendre Et de brume et de trouble et d'énigme et de^deuil. Naufragé! Laisse-toi ruisseler sur l'écueil.
Cet aquilon, ce choc, cette horreiu*, cette pluie. C'est l'ombre qui, terrible, à ton néant s'essuie]; C'est la nuit de ce ciel inconnu qui siu* toi Tombe avec le frisson, la souffrance et l'effroi. Pendant que le vent roule et verse sur ta tête Toute l'obscurité dans toute la tempête,
LE NAUFRAGÉ iâ5
Toi, jeté dans l'espace et pourtant au cachot, Recueille-toi, courbé sous ce souffle d'en haut, Et, sans interroger le sombre ciel sublime.
Sur tes membres glacés laisse couler l'abîme*