L'ÉPONGE
— Je ne veux pas de Dieul,., Yoilà ton cri morose.
Ayant trouvé le mal au bout de toute chose, Ayant trouvé le fond amer, l'honame manqué Par rincompréhensibie et fatal ananké, Tu dis : — Je hais le dieu si c'est cela le monde ! Pour juger l'ouvrier, sur son œuvre on se fonde ; Or l'ouvrage est mauvais, donc l'auteur est méchant. Et je hais ce Dieu I — Puis, un remords te touchant. Tu dis : — Mais j'ai peut-être erré; l'ombre est profonde; Peut-être n'estrce pas dans Dieu que va ma sonde ; Peulrêtre, ô vain chercheur, Dieu m'a-t-il échappé; Si je m'étais trompé ?.••
Tu ne t'es pas trompé.
Ta sonde est bien tombée à l'abîme suprême ; Oui, tu viens de jeter ton esprit dans Dieu même ; Oui, c'est ce précipice énorme de rayons.
C'est Dieu !
Jette une éponge à l'Océan, voyons. Reprends-la. Qu'as-tu? Rien. Dn verre d'eau salée.
Quant à la mer, profonde et terrible mêlée, Quant à l'immensité des écumes, des bruits.
Des flots, incessamment détruits et reconstruits. Quant au chaos des chocs, des trombes, des tempêtes. Dont l'ouragan hagard sonne les sombres fêtes. Plein de monstres sans nom qui rôdent engloutis. Cachant des oasis et des 0-Taïtis Où des idylles vont et viennent toutes nues ; Quant à cette tourmente insondable de nues, D'ondes, d'écueils, d'azur flottant, d'azur qui luit; Quant à ce gouffre où naît le matin, où la nuit Trempe sa robe d'ombre et son manteau d'étoiles ; Quant à ce rendez-vous des souffles et des voiles ; Quant à cet infini, noir, fauve, éblouissant, Crois-tu que tu le tiens dans ta main?
A présent, S'il te plaît de porter à ta bouche ce verre, S'il te plaît de tremper ta lèvre à l'eau sévère.