LA SALLE ABANDONNEE
En tâtonnant le sol du bout de mon bâton, J'entrai.
Tout était noir ; à peine pouvaitron Distinguer, à travers les ombres étouffantes, Le jour qui des volets rayait les blêmes fentes. Tout sembla s'éveiller quand la porte bâilla. Nul depuis soixante ans n'avait pénétré là.
Les meubles de santal, de citronnier, d'érable.
Dormaient sous la poussière épaisse et vénérable ;
Les miroirs détamés semblaient, sur les dressoirs,
Des morceaux de ciels blancs tout piqués de trous noirs.
Et me multipliaient en faces fantastiques
A travers des essaims d'immobiles moustiques ;
Au tremblement d'un pas dans cette ombre perdu, Le lustre, avec un bruit de squelette pendu, Au-dessus de ma tète entre-choquait ses prismes ; Les yieux gonds de la porte avaient des rhumatismes ; Les lampas décloués, aux angles du plafond, ' S'éploraient et flottaient tels que les vers les font ; Les murs étaient tendus de toiles d'araignées ; Les portraits noirs avaient des mines indignées ; Tous les objets tremblaient dans un vague rayon Et prenaient par degrés un air de vision, Conune si Ton eût vu bouger et parler presque Des personnages peints sur quelque sombre firesque.
Une espèce de vieux, en habit d'Apollon, Trônait, encadré d'or, au milieu du salon ; C'était Louis, portant Tauréole qu'agrafe Au front de tout césar tout historiographe, Peint à l'âge où, prenant l'ennui pour compagnon. Le grand roi, devenu Monsieur de Main tenon.
Gagnant de la perruque et perdant du panache. Étant encor soleil, était déjà ganache.
Toute la salle avait gardé ce dernier pli,
Lugubre et froid, que fait en s'en allant l'oubU.
La cheminée était conmie un tas de décombres ;
On ne sait quelle horreur sortait des fauteuils sombres
Où des spectres semblaient avoir passé la nuit.
Au fond de ce silence on entendait un bruit