‹ Dernières causeriers littérairesChapitre 11 sur 20 · M. HENRI BLAZE DE BURY · texte numérisé non relu

M. HENRI BLAZE DE BURY

dans un livre à la fois spirituel et sensé, poétique et vrai.

Des idées moins graves et moins actuelles se rattachent à la chronique de ces Kœnigsmark dont il s'est fait le piquant biographe. Si l'on a dit de certains romans qu'ils étaient plus historiques que l'histoire, on peut dire de cette histoire-là qu'elle est plus romanesque que le roman. Quels personnages taillés tout exprès pour la légende et le drame , que ce maréchal Christophe-Jean, cet aventureux Charles Jean, cet élégant Philippe-Christophe, et cette belle Aurore, si séduisante, si spirituelle, si lettrée, mi-partie de la Vallière et de Pompadour, mère de Maurice de Saxe, et tendant au roman moderne la main et la plume que vous savez! Nous connaissons peu de tragédies plus émouvantes que celle des mélancoliques amours de Philippe de Kœnigsmark et de Sophie-Dorothée, la disparition mystérieuse de Philippe, la longue captivité de Sophie, repoussant un pardon qu'elle ne veut ni accorder ni recevoir, préférant sa prison au trône d'Angleterre, où finit par monter son sinistre époux George de Uanovre, et répondant aux grands seigneurs anglais qui viennent la supplier de consentir à être leur reine : « Milords, si je suis coupable, comme on l'a prétendu, je suis indigne d'être votre souveraine; si, au contraire, je suis innocente, c'est alors votre roi qui est indigne d'être mon époux » - Ri cette comtesse de Plalen, une Hoxane en falbalas, une Phèdre mettant du rouge! M. Henri Blaze a peint d'une façon remarquable ce mélange de fougue sensuelle, d'ardeur brutale, d'amoureuse lâcheté, et je voudrais pouvoir citer la page qu'il a écrite sur ces passions perverses, où la bête féroce domine la créature intelligente, où l'amour ressemble à la haine, la haine à l'amour, et qui, après s'être débattues dans la fange, finissent par s'abîmer dans le sang. L'inconvénient d'un pareil sujet, c'est sa richesse

môme; c'est que le roman y semble tout fait d'avance, et que Fauteur a besoin d'un art d'autant plus difficile qu'il est forcé de se cacher. C'est cet art que je remarque dans les chaudes peintures de M. Blaze de Bury. Il s'est si bien identifié avec ces paradoxales existences, avec ces physionomies originales, que Ton se demande si c'est la magie de son pinceau qui les a rendues si vivantes, ou si c'est leur vie même qui anime et colore ses récits. Pourtant l'impression générale en est triste, et les réflexions que suggèrent ces grâces tachées de vices, ces plaisirs enjolivés de crimes, ne sont pas de nature à réhabiliter une époque qu'on nous accuse parfois de regretter. Quoi ! c'étaient là les mœurs des grands et des heureux de ce monde, il y a cent cinquante ans! C'était là l'intérieur de» cours, la vie privée des souverains et des princes, l'amusement d'une société polie dont le souvenir lointain fait honte à nos grossièretés et à nos rudesses! Et Ton s'étonne qu'il y ait eu des révolutions! Toutefois, ne déclamons pas trop: imitons l'exquise réserve de M. Henri Blaze, qui se borne à nous indiquer sobrement la moralité de ces histoires dans la manière pitoyable et tragique dont finissent tous ces chercheurs d'aventures, de galanteries et de plaisirs. Aurore, la charmante Aurore, vieillit entre de ruineux procès et de mauvais vers ; Charles-Jean s'en va mourir de la peste sur une plage du Péloponèse; Philippe est assassiné par une de ces Armides changée en Furie. Contentonsnous de remarquer que notre siècle, en définitive, vaut mieux que cela, qu'on y fait la guerre et l'amour plus honnêtement, et, pour revenir au double texte qui m'est fourni par M. Henri Blaze, que les Radetzky y réparent les suites des sottises des Kœntgsmark. Me voici de nouveau, en finissant, placé entre les Récits des Campagnes d'Autriche et I' Episode de Vhistoiredu Hanovre; me voici

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