‹ Dernières causeriers littérairesChapitre 15 sur 20 · M. VIEN.NET · texte numérisé non relu

M. VIEN.NET

des moqueries charivariques rien que par le plaisir de les avoir essuyées !

M. Viennet semble regretter, ne voulant être que poêle, d'avoir été forcé de suivre tour à tour la carrière militaire et la carrière politique. Nous croyons qu'il se trompe. L'état militaire lui a donné cette fermeté d'allures qui lui va si bien, ce goût de discipline, d'ordre, d'autorité, qui convient à un écrivain classique, et qui devait le désabuser tôt ou lard, sinon de la liberté sage et réglée, au moins des mensonges etdes chimères du libéralisme. La vie politique, en le mettant en contact avec les hommes, avec les affaires, en lui révélant les difficultés du pouvoir, la mauvaise foi des oppositions, le vide des théories, l'injustice des apothéoses et des haines populaires, les périls et les malheurs publics renfermés en germe dans les déclamations des rhéteurs et des tribuns, en a fait le moraliste et le fabuliste que nous connaissons et que nous aimons. Ceci nous ramèneàses Fables. Toutes ne sont pas politiques, mais Ton peut dire que l'esprit qui les a dictées n'est devenu si clairvoyant et si sûr, si jusie et si sage, que par l'étude journalière et pratique des ressorts secrets, des dessous de cartes, des faiblesses et des mécomptes du gouvernement parlementaire. C'est là l'unité et aussi l'originalité de ce recueil. M. Viennet a su extraire des enseignements de la vie publique un code 'de morale qui ne s'applique pas en entier à la politique proprement dite, mais qui y revient presque toujours par quelque endroit et s'y rattache, de môme que, dans nos existences modernes, les événements contemporains, les discussions des parlements, les agitations de la rue, les influences du journal, pénètrent et se font une place jusque dans la vie privée. Aussi, de tous les fabulistes que n'a pas effrayés le souvenir ùe Y inimitable, M. Viennet est certainement celui qui risque le moins

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d'être écrasé par le nom de la Fontaine; car, si le litre et le genre sont les mômes, il va un monde entre l'inspiration des deux poètes. Au temps de la Fontaine, la vie politique n'existait pas. La morale des Fables ne pouvait être que générale, .humaine, et elle devait aussi traduire, sous ses voiles ingénieux et charmants, celte haine de la force, de l'arbitraire, de l'abus de puissance, frappant toujours de haut en bas, en un temps où, comme l'a dit excellemment M. Sainte-Beuve, on connaissait les grands, mais on ne connaissait pas encore les petits. De là h Loup et VAgneau,\e& Animaux malades de la peste, et cent autres, et tous ces traits : la raison du plus fort est toujours la meilleure; notre ennemi, cest notre maître, etc., etc., qui figurent, à vrai dire, l'opposition, à une époque où elle ne pouvait se produire qu'en allégories. Aujourd'hui que l'opposition nous a fait et s'est fait à elle-même tout le mal possible, la Fable, ce petit traité de morale enseignée aux gens d'esprit par les bêtes, a déplacé ses points de vue. Au lieu «le rester dans le domaine des vérités universelles, au lieu de plaider pour l'opprimé contre l'oppresseur, pour le faible contre le fort, pour la justice contre la tyrannie, elle se renferme dans un cercle de vérités plus actuelles, que nos récentes expériences rendent plus applicables et plus piquantes; et là, elle fronde, non plus l'abus du pouvoir, mais sa débilité, non plus ceux qui oppriment le faible, mais ceux qui 4e trompent, non plus ceux qui lui disputent ses droits, mais ceux qui lui en créent d'imaginaires, non plus les lions, les léopards et les tigres, mais les renards, les singes, les serpents et 1rs perroquets. Voilà ce que M. Vienneta très-bien compris, et ce qui donne à ses Fables un caractère parfaitement approprié à notre temps. Ai-je besoin maintenant d'appuyer sur les différences d'exécution? Nous avions, avec

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