‹ Dernières causeries littérairesChapitre 11 sur 14 · MADAME D^ARBOUVILLE · texte numérisé non relu

MADAME D^ARBOUVILLE

jusqu^à ce qu'il aille, lui aussi, retrouver le couple fraternel dans la patrie naturelle de madame d*Arbouville et de ses héros.

Il est évident qu'un récit pareil n'a pas pied sur la terre, et c'est justement ce qui en fait le charme : j'en dirai autant d'une Viehmrmse, qiii pourrait servir de pendant à Marie-Madeleine, Hélène a aimé; son fiancé, parti pour deUK ans, n'est pas-^revenu; il ne reviendra jamais, et elle Tatteâd; ne lui dites pas qu'il Ta trahie, que l'amour et le malheur sont frères, que la vie est pleine de perfidies et de mécomptes; elle ne vous comprendrait pas. Elle aime, elle croit, elle espère, c'est -là toute sa vie, et elle est heureuse. Pourtant cette vie s'use et se consume dans cet état intermédiaire qui n'est ni la réalité, ni le rêve, ni la raison, ni la folie. Les drames du monde réel s'agitent autour d'elle sans l'effleurer, mais la flamme intérieure dévore cette frêle enveloppe, transparente et lumineuse comme l'albâtre. Dans une chambre d'auberge, en Italie, Hélèneenteud la voix de Raymond, son fiancé, marié à une autre. Elle croit qu'il vient la retrouver; son attente est finie; elle n'a plus rien à faire en ce monde. Son dernier bonheur l'a brisée, et elle expire, sans qu'une ombre de doute ait passé sur son âme. Heureuse, n'est-ce pas? plus heureuse que sa cousine qui a aimé Gérard, le frère d'Hélène : Gérard a été tué à Fontenoy : celle qu'il aimait a scellé son cœur; elle est restée dans le monde réel; elle a épousé un homme de vingt ans plus âgé qu'elle, et elle nous raconte l'histoire, Theureuse histoire d'Hélène.

Ce sont là les quatre diamants, d'une eau aussi pure les uns que les autres, montés et enchâssés tous les quatre avec un art qui s'ignore et qui n'en est que plus merveilleux. Il est permis d'avoir des préférences ; pour ma part, je préfère désignation et le Médecin du village à Marie-

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Madeleine et à une Vie heureuse^ mais sans pouvoir expliquer pourquoi ; car, tout dans ce talent étant exceptionnel, l'analyse y perd ses facultés ou ses prétentions habituelles. D est clair du moins que le même souffle a animé ces figures, que la même main les a pétries dans une argile supérieure à la nôtre, que le même pinceau, digne d*ÂngeliCiO ou d'Hemmelinck, a tracé autour de ces têtes d'une pâleur transhumaine le nimbe radieux et mystique, ou baigné ces corps intangibles dans la brume et Tazur des horizons célestes. VneHistaire hoUandaisey malgré des qualités de premier ordre, me parait un peu inférieure aux récits dont je viens de parler, et Luiggina, la Nouvelle inédite, quoique d'un intérêt plus dramatique, ne vaut pas, à beaucoup prés, une Histoire hollandaise. Essayons de donner la raison de celte infériorité. Dieu merci! ce ne sera pas une critique ; ce sera encore un hommage.

Bien que madame d'Ârbouville ait çà et là des traits d'observation d'une justesse et d'une finesse rares, bien que son joli proverbe Méfiunce n'est pas sagesse, autre ouvrage inédit ajouté à cette édition complète, prouve ce qu'elle aurait pu faire en ce genre, ce n'est pas la, nous l'avons dit, la physionomie distinctive de son talent. Les passions qu'elle peint, les douleurs qu'elle décrit, les personnages qu'elle crée, les événements qu'elle raconte, elle ne les connaît pas par expérience, ni même par observation, mais par ube sorte de réflexion intérieure, qui, dans cette âme privilégiée, était presque de la divination. Par cela même qu'elle regardait au dedans plutôt qu'au dehors, qu'elle vivait avec ses rêves plutôt qu'avec les incidents de la vie réelle et de la société des hommes, elle ne regardait, elle ne devinait, elle ne comprenait que le bien. Tandis que nos modernes conteurs, nos réalistes, les Soulié, lesBaN zac, prenaient l'humanité par en bas, du côté de la terre

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