‹ Dernieres chansons 1834 a 1854 de P.J. de BerangerChapitre 11 sur 133 · MON JARDIN · texte numérisé non relu

MON JARDIN

A I.A GRF.NADIÈRF,, PRÈS DF. TOURS

Air : Quand des ans la fleur printanière.

Avec Dieu bien souvent je cause ;

11 m’écoute, et, dans sa bonté.

Me répond toujours quelque chose Qui toujours me rend la gaieté.

Bien triste, un jotir, j’ose lui dire :

Je vois poindre mes soixante ans.

Des vers en moi le souffle expire :

De quelles fleurs parer le temps?

Le vin ralhune en nous la joie ;

Mais, bien que Dieu nous l’ait permis*,

Que faire du peu qu’il m’envoie,

Loin de tous mes l)ons vieux amis?

Plus d’amour dans l’hiver de l’àgc.

Mon cœur en vains soupirs se fond ; L’esI le poisson qui toujours nage Sous les glaces d’un lac profond.

Pour tes chants sérieux ou lestes, (liains l’oubli, iri'a-t-on répété; Travaille et (trépare à tes restes Un parfum d’immortalité.

Mais je n’ai plus goût à l’éloge.

Plus de voix pour rien chansonner ; S'il fait encor marcher l’horloge.

Le Temps ne la fait plus sonner.

Oui, le repos sur ce rivage.

Voilà mon lot. Mais que 1e ciel M’accorde un des plaisirs du sage :

Au pauvre ermite un jmîu de miel !

Dieu hou, avec toi ma tendresse De tout mot pompeux se défend ; Dieu hou, pitié pour ma faiblesse!

Donne un jouet au vieil enfant.

.l'ai dit; soudain je vois éclore Des fleurs, et ces fleurs fourmiller.

Où tous les brillants de l’aurore.

S’enchâssant, viennent scintiller.

Sous ma main un râteau se plaï f!,

Le sol s'enriehit de présents.

Ue c-e coin Dieu veut que je fasse Le paradis de mes vieux ans.

Arbres et fleurs, prodiguez vite L’ombre et les parfums dans ce lieu ; Oiselets qu'une feuille abrite, r.élébrez la bonté de Dieu.

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