‹ Dernieres chansons 1834 a 1854 de P.J. de BerangerChapitre 13 sur 133 · LA ROSE ET LE TONNERRE · texte numérisé non relu

LA ROSE ET LE TONNERRE

Am :

Chez les Grecs, conteurs de merveilles.

Quel sort ne m’eût-on pas prédit?

Lauriers d’ilomére, et vous, abeilles", Qui mettiez Platon en crédit;

Lauriers, j’eus mieux que vos ombrages; Abeilles, mieux que votre miel;

Une rose et le feu du ciel De mon destin ont été les présages ;

Une rose et le feu du ciel.

Dans son sein j’essayais la vie.

Quand ma mère, au temps des frimas.

* Homère fui, dit-on, trouvé au bord du fleuve Mélésigene, sous uu berceau de lauriers; et des abeilles, dil-on aussi, déposaient leur miel sur les lèvres du jeune Platon endormi. Je demande pardon i ces deux noms si grands de les avoir rapprochés de celui d’un cbansonnier. (yole de Bf ranger.)

dermi:res chansons

D’.une rose eut, dit-on, l’envie, l’oiir la reine on n’en trouvait pas.

Ce désir vain lut-il la cause Du signe qui ni’a couronné?

Ail ! Dieu m’avait prédestiné !

Son doigt au front me peignit une rose ' ; Ail ! Dieu m’avait prédestiné !

Oui, sur Cil front lirille l’image D’une rose dont les couleurs S’avivaient lorsqu’on mon jeune âge • Avril aux champs semait ses fleurs.

Ihie dame à robe étoffée, baisant mon front, disait toujoui's :

Tu seras Im'-iu des amours.

Ces mots si doux me semblaient d’une fée:

Tu seras iHuii des amours !

Des trop longs pleurs de l’élégie .le dus alïrancbir la beauté.

.Amours, dans ma mythologie.

Dieu sourit à la volupté.

.Te vous prophétise une autre ère :

La femme engendrera la loi.

* ,M.i mtM'e eut en eflcl le ilésir d’une rose dans le premiei mois (le sa gi'osscssc, en plein ( oeur d’iiiver. Mes vieux parents ne manquèrent pa.s d’.iUrilnKîr à celle curie non salisl'aite une e.spèce de rose colorée que je portais au front, mais ((ue l'âge fit disparaître à plus de quinze ans. La tante qui m'a élevé en retrouvait encore la trace au retour du printemps.

.Vote ilc Bériinger.i

• DE BÉRANGEIl.

AT

Qu’elle soit reine où l'honime est roi.

Qu’en sou époux Ève retrouve un frère ;

Qu’elle soit reine où l’honimc est roi.

Mais aux doux etiaiiLs ma voix sans doute Devait mêler des sons plus fiers'.

Vient un oraye : enfant, j’écoute Ce char qui roule armé d’éclairs.

Sur moi du nuage (pii crève Le tonnerre tombe étouffant *.

Pourquoi pleurer le pauvre enfant?

Aux longs ennuis son bon ange l’enlève, l’ounjuoi pleurer le pauvre enfant ?

Hélas ! le ciel me fait renaître.

Que voulait-il me préisager?

Moi, né faible, j’aurai peut-être De tes lois un peuple à venger.

Oui, des Français que j’encourage Les foudres sont pré's d’éclater.

Tremblez, Bourbons, je vais cbanler ;

J’ai fait, bien jeune, un pacte avec l’orage. Tremblez, Bourbons, je vais cbanter.

.\b! j’ai rempli ma destinée.

.‘Vdieu l’amour qui me soutint :

' Dans (leux de mes chaiisuiis, j'ai déjà fait allusion à celle |iarlicularilé de ma jeunesse, l'nc Donne éductilimi m’ciit mieux valu que ces préleudus pronostias pour devenir un jour un lioranie remarquable; mais qu'on pardonne au rimciir de les avoir rappelés ici; (iVo/c de Béranger^)

Dès longleinps la rose est fanée :

Le feu du ciel en moi s’éteint.

A la nuit, qui vient froide et noire, Du foyer gagnons la chaleur.

Comme l’éclair, comme la fleur.

Meurent, hélas ! amour, génie et gloire Comme l’éclair, comme la Tleur.

AU UALUl’

Am : Coininissairc.

Aimons vite.

Pensons vite ;

Tout invite A vivre vite.

Aimons vite,

Pensons vite. .

Au galop.

Monde falot !

Au galop, toujours, toujours, Du fouet le Temps nous presse.

Sans respect pour la sagesse.

Sans pitié pour les amours.

A cheval sui' nos chimères.

Courant jusqu’au débotté.

Faisons, pauvres éphémères.

D’un jour une éternité

DE BÉn.ANGER.

Aimons vile, l’eiisons vite;

Tout invite A vivre vile.

Aimons vile,

Pensons vite.

Au galop,

.Monde falot !

Patriarches, à loisir Vous aviez le temps de vivre.

Le temps de soigner un livre.

Un calcul, même un plaisir.

Vous offriez aux plus fières Deux siècles de vœux constants.

Et donniez les étrivières A des marmots de cent ans. '

Aimons vile.

Pensons vite ;

Tout invite .A vivre vile.

Aimons vile.

Pensons vile.

Au galop.

Monde falot!

Dieu nous a rogné le temps, Lui qui taille en pleine étoffe.

Gare qu’une catastrophe N’abrége encor nos instants !

En boutons cueillons les roses, Verts encor les fruits nouveaux ; Surtout ne faisons de pauses Que pour clianger de clievaux.

Aimons vite.

Pensons vile;

Tout invite A vivie vile.

Aimons vite.

Pensons vite.

Au galop,

-Monde falot !

Destin, de milliards en tas Fais-moi faire la trouvaille.

Destin me répond : Travaille Soit ! je vais mettre habit bas.

Poin tant un point m’importune Prornets-tu de me donner Six mois pour faire fortune.

Un an pour me ruiner?

Aimons vite,

Pensons vite ;

Tout invite A vivre vite.

Aimons vile.

Pensons vile.

Au galop,

Monde falot!

BE BÉRANGEH.

Voire amour me ferait Dieu ; M'aimez-vous, mademoiselle ?

Soupirez un mois, dit-elle.

Un mois! c’est la mort. Adieu ! •

Viens, me crie une friponne Qui du temps sait mieux user; Uliaqne kaiser qu’on se donne Peul être un dernier baiser.

Aimons vile,

Pensons vite;

Tout invite A vivre vite.

Aimons vite.

Pensons vite.

Au galop.

Monde falot !

La gloire à son hameçon Voudrait m’arrêter en route ;

Mais trop réfléchir me coiite,

Je m’en liens à la chanson.

Quel bien veut-on que me fasse L’honne\ir promis à mes os D’un marbre où mon nom s’elTaci Sons le pied de tous les sots?

Aimons vite.

Pensons vile; '

Tout invite

■ Aimons vite,

Pensons vile.

Au galop,

• Monde falot !

Au galop donc, mes amis, Éphémères d’un vieux globe !

Au néant s’il se dérobe.

C’est qu’à courir il s’est mis.

Notre vie ainsi lancée Ira, cent fois dans un jour.

De l’amour à la pensée.

De la pensée à l’amour.

Aimons vite,

Pensons vite.

Tout invite.

A vivre vite.

Aimons vite.

Pensons vile.

Au galop.

Monde falot !

ASCKNSIÜiS'

Air : Soir et matin sur la fougère; ou : Ce magistrat irréproclialilc.

Géant ailé, géant immense,

En rêve aux astres m’élevant,

Des soleils j’y vois la semence Et ce que Dieu cache au savant.

Dieu donne aux anges qu'il préféré Un instrument harmonieux,

Qui, résonnant sur chaque sphère, La dirige à travers les deux.

Notre soleil garde sa lyre,

Sirius marche au son du cor.

Sur Jupiter l’orgue soupire,

A Saturne la harpe d’or.

Devant ces corps, masse infinie.

J’ai crié : Gloire au Créateur !

Plus ému de leur harmonie Qu’effrayé de leur pesanteur.

Dans mon vol, sous mes pieds, qu’enlends-je?

C’est le son triste d'un pipeau,

Qui mène au gré d’un tout jeune ange L’un des corps nains du grand troupeau.

KF.RNIKRES CHANSONS

Petit globe, objet de risée!

On dirait, à le voir courir.

Du savon la bulle irisée Qu’un souffle fait naître et périr.

Je demande à l’enfant cileste Si c’est son jouet dans les cieux.

« Énorme géant, sois modeste.

Dit-il, regarde, et juge mieux. »

Je me penche alors sur la boule.

Prêt à la prendre dans ma main.

Dieu ! j’y vois s’agiter la foule Que nous nommons le genre humain.

Ma confusion est profonde.

Est-ca donc là notre séjour?

« — Oui, dit l’ange, voilà ce monde Dont peu d’entre vous font le tour.

Tou mil y distingue sans doute Ces monts qui sont géants pour vous.

Et votre océan, cette goutte Qui suffit à vous noyer tous. i>

Quoi ! notre gloire impérissable.

Nous la bâtissons là-dessus !

Mais ((u’imporle ce peu de sable Où s’entassent nos vœux déçus ?

Qu’importe en quelle étroite bière Nos os tomberont de sommeil ;

Aux mains de Dieu, grain de poussière L’homme pè.se plus (lu’un soleil.

Espère enfin, mon âme, espère;

Du doute l»rise le n'seau.

Non, ce globe n’est pas tou père;

Le nid n’a pas créé l’oiseau.

J’en juge à l’elïort de ton aile.

Qui s’en va les deux dépassant :

Pour t’engendrer, noble immortelle.

Il n’est que Dieu d’assez puissant.

Soudain je rentre imperceptible Au lit fangeux du fleuve humain.

Mais, (|uand d’un accent indicible L’ange me dit : « Frère, à demain! »

La comète, horrible merveille.

De ce globe accroche l’essieu ;

Du choc il tombe; je m’éveille.

Le jour brille, et je bénis Dieu.

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