‹ Dernieres chansons 1834 a 1854 de P.J. de BerangerChapitre 14 sur 133 · L’AIGLE ET L’ÉTOILE · texte numérisé non relu

L’AIGLE ET L’ÉTOILE

Air :

son étoile, à travers un nuage.

L’aigle s’adresse : On manque, d’air ici ; Cette ile d’Elbe est une étroite cage.

Paris m’attend; qu’il dise : Le voici!

Brille, et je pars. On manque d’air ici.

Reprends l’éclat des jours de ma jeunesse.

Lors((ue le ciel n’écoutait que ma voix;

DKRNIÈBES CHANSONS

Lorsqu’un grand peuple, ivre de mon ivresse, Riait vainqueur au nez de tous les rois.

Le ciel encor doit écoutei' ma voix.

Mais à ton feu ma foudre se renflamme;

Oui, tu renais. De clocher en clocher, devais voler jusqu’aux toins Notre-Dame.

Que le drapeau qui dort sur ce rocher Vole avec moi de clocher en clocher.

L’aigle fend l’air. Le peuple qui l’appelle Le voit de loin : Français, séchons nos pleurs. C’est lui, c’est lui! que son étoile est l)elle!

11 nous revient quand renaissent les fleurs.

Aigle du ciel, tu vas sécher nos pleurs.

Salut ! salut ! Notre amour te seconde.

Enfant, bonjour! leur dit l’aigle en jvassant. Soldats, bourgeois, paysans, tout un monde Lui crie : A toi nos biens et notre sang !

Bonjour, bonjour! leur dit l’aigle en passant.

De son étoile, alors plus éclatante.

Le cours rapide éblouit tout Paris;

Pour le vingt mai-s, la foule, dans l’attente, Mêle à ses vœux des souvenirs chéi is '.

L’étoile heureuse éblouit tout Paris.

* Anniversaire de la naissance du roi de Home. (.Vo/e de Béranger.)

Rois, alliés, que faites-vous dans Vienne?

Tous sont au bat après quinze ans de deuil ’,

Ne craignant plus que d’un coup d’aile il vienne Éteindre encor leur joie et leur orgueil.

Ils dansent tous après quinze ans de deuil.

Mais sur leur front éclate la nouvelle :

Il revient ! Dieu ! Pâlissent tous les rois.

En vain l’orchestre au plaisir les appelle.

Sur les divans ils retombent sans voix.

Dieu ! que ce bal a vu pâlir de rois !

Pourtant on rêve encore aux Tuileries ;

Mais l’aigle frappe aux vitraux du palais.

Tout tremble alors, princes, grandeurs, pairies : Fuyons à Lille; oui, fuyons à Calais Il frappe, il frappe aux vitraux du palais.

Le vieux Louis se dit ; J’arrive à peine;

A peine a-t-on dételé mes chevaux.

Que dans l’exil il faut qu’on me remmène Tendre la main à des secours nouveaux.

A peine a-t-on dételé mes chevaux.

Du trône enfin les rois savent descendre.

Ce prince est vieux; peuple compatissant.

Dût-il rentrer dans nos villes en cendre.

Les pieds rougis du plus pur de ton sang, Laisse-le fuir, peuple compatissant.

* C’est en effet pendant un bal de rois que se répandit à Vjenpe la nouvelle du retour de Napoléon, (N'o/e île Pérangef,)

DERNIÈRES CBANSONS

L’aigle en triomphe a ressaisi son aire.

Mais quoi! soudain son étoile a pâli.

Pour lui déjà s’alourdit le tonnerre,

Et dans sa gloire il semble enseveli.

Malheur! malheur! son étoile a pâli.

Lent jours passés, un Anglais sous sa voile Voit tout sjuiglanl tomber l’aigle abattu.

Le doigt de Dieu vient d’éteindre l’étoile; N'esiære entin, {leuple, qu’en ta vertu. L’étoile meurt, l’aigle tombe abattu.

SAIATE-HÉLKÎVE

\iR iIp 1.1 Rôpiil)H(|ue.

Sur un volcan dont la bouche enflammée Jette sa lave à la mer cpii l’étreint,

Parmi de.s flots de cendre et de fumét* Descend un ange, et le volcan s’éteinl.

Un noir démon s’élance du cratère :

« Que me veu\-tu, toi resté pur et lji?an? >■ L’ange, répond : « Que ce roc solitaire.

Dieu l’a dit, devienne un tomlH-au. n

Mais le démon ; « dette ile est mou Ténare Là j’espérais d’un déluge effrayant Lancer les feux sur r.\rgouaute avare Qui par ici tenterait l’Orient.

DE BÉIUNCER.

El l’envaJiir! Une dépouille Imniainc Souiller ees mers, vierges de tout vaisse^tii 1 Jusfiii’où le monde a-t-il poussé k» haine, (Ju'iei Dieu lui radie un tomlx'au?

« Pour quel colosse éteiiit-oii le cratère?

Un roi sans doute, uu héros hasardeux.

Tous ont de morts si bien jonché la terre.

Que place un jour doit manquer pour run d’eux. De tant d’États au cercueil d’Alexandre Ravirait-on jusqu’au dernier lambeau?

— Les vents, dit l’ange, ont balayé sa cendre : Ue roi n’a plus même un tombeau ! »

L’autre rejiart : « Quels restes de grand homme Un jour ici seront donc déposés?

En ce moment Césai' tombe dans Rome Sous les poignards à son sceptre aiguist'.

— Rome, dit l’ange, aura sa sépulture;

Mais, quand va nailre un monde tout nouveau, Les loups du A'ord viendront chercher pâture

Sur les débris de son tombeau. »

L’être infernal, alors, baissant la tête,

Dit en soi-même ; « Est-ce donc poiii' celui Qui, ralliant le inonde en sa conquête.

Va lui donner une croix pour appui? »

L’ange l’entend ; « Silence! esprit rebelle!

Il ne craint, lui, ni chacid ni corbeau;

Car, dans Sion, c’est moi, lampe lidélC)

Qui veillerai sur son tombeau

DEn.NlÈnES CHANSONS

« Démon, écoule. Avant deux mille années,

Un conquérant, empereur des Gaulois, Teiniinera d’immenses destinées Sur cet écueil, à la honte des rois.

Pour le punir d’attarder dans sa route L'humanité qu’éblouit son drapeau,

Qu’il ti'ouve ici, quoi qu’au ciel il en coûte,

Une prison et son tombeau.

K Privé pour lui de ton trône de laves,

Sois son geôlier, prends des traits odieicv ; Trouble ses nuits, resserre ses entraves;

Tiens de ses maux la coupe sous ses yeux.

Gel homme ainsi purifiant sa gloire,

Pour l’avenir redevient un flambeau,

Sur l’infortune achève sa victoire Et des rois triomphe au tombeau. »

Loin du démon, loin de ces tristes plages.

L’ange à ces mots revoie aux pieds de Dieu, Dont l’œil déjà voit à travers les âges Le grand captif expirer dans ce lieu.

Quelques amis en pleurs sont venus prendic De l’astre éteint le glorieux fardeau.

Dieu joint sa main aux mains (pii vont descendr Napoléon dans son tombeau.

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