‹ Dernieres chansons 1834 a 1854 de P.J. de BerangerChapitre 15 sur 133 · LA LEÇON D’HISTOIRE · texte numérisé non relu

LA LEÇON D’HISTOIRE

Am ilu ballet des ricrrols.

Le grand aiplif à Sainte-llélèiif,

SoulTrant, promenait son ennui.

Un enl'anl, de fleurs la main pleine,

Pour le fêler court après lui.

Napoléon s’assied, l’embrasse :

« Viens, lui dit-il en soupirant;

Le mien sans doute a même grâce.

Viens sur mon cœur, fils de Bertrand.

« — Mon fils, que le fait-on apprendre?

— Sire, l’histoire; et, ce matin.

Mon père en français m’a fait rendi e Sur Rome un passage latin.

— Et noli e histoire, on l’abandonne !

Si grands qu’aient été nos aînés,

La France, enfant, vaut bien qu’on donne Son lait de mère aux nouveaux-nés.

(I — Oh! sire, je sais noire histoire.

J’ai lu les Gaulois nos aïeux;

Les Francs, C.lovis et la victoire Qui lui fit abjurer ses dieux.

Avqnl qu’il eût fondé le trône.

Combien j’admire, en ces lemps-Ià,

DERiMÈRES CHANSONS

Gciieviôvc qui l'ait l’aumône Et sauvé Paris d’Attila.

« J’ai lu les Sarrasins d’Espagne,

Que Martel remplit de terreur ;

Les conquêtes de Charlemagne,

Salué dans Rome empereur; Philippe-Auguste et les croisades,

Et de l'ers saint Louis chargé ;

Héros qui soigne les malades.

Roi (pii pleure, avec l’afiligé.

(I — Mon lils, c’est le plus honnête homme Qui d’un peuple ait dicté les lois.

ÏN'omme à présent nos guerriers, nomme Les plus laineux par leurs exploits.

— Bayard, Coudé, Guesclin, Turenne.

Sire; mais ce ipii doit loucher,

C’est Jeanne d’Arc, lorsqu’on la traîne Pour mourir au l'en d’un bùdier.

U — Ah ! mon ent'anl, ce nom réveille Le plus beau souvenir h ançais.

Ile son sexe elle est la merveille Dans les combats, dans son procès !

D’un ange éblouissant mirage.

Jeanne, échauffant tout de sa foi,

Fille du peuple, a fait l’ouvrage Où succombaient nobles et rois.

«I .Née aux champs, d’art et de science Un rayon d’en haut lui tint lieu;

DE BÉKANGER.

Oui, puisqu’elle a sauvé la France,

Sa mission venait de Dieu.

Faut-il une pure victime Au salut des peuples souffrants.

Dieu, pour ce dévouement sublime.

Choisit une âme aux derniers ranss.

« Honte et malheur à qui t’outrage.

Vierge, sœur des plus grands héros!

Que le ciel châtie en notre âge Les Anglais, tes lâches bouri-eaux !

De leur orgueil iis vont descendre.

El le Dieu dont la voix t’arma Pour leurs fronts a gardé la cendre Du bûcher qui le consuma. «

Alors, oubliant qui l’écoute.

Il s’écrie : « Anglais inhumains.

Comme elle, ici, bientôt sans doule,

.le sortirai mort de vos mains.

Mais, pour braver vos sentinelles.

Pour fuir vos brutales clameurs,

Jeanne au bûcher trouva de's ailes,

Rt moi, depuis cinq ans je meurs ! »

L’enfant, à ces mots, fond en larmes;

Le vieux soldat s’en attendrit.

(( — Prés de nos geôliers sous les armes.

Vois ton père qui le sourit.

Cours le chercher; ma force expire; Cours : c’est son bras qu’ici j’attends.

DERMÈRES CHANSONS

Hélas î sans me voir lui sourire, Mon fils pleurera bien longtemps. »

IL N’EST PAS mort-

AIR des Trois Couleurs.

A moi soldat, à vous gens de village.

Depuis huit ans on dit : « Votre Empereur « A dans une île achevé son naufrage ;

<1 11 dort en paix sous un saule pleureur. »

Nous sourions à la triste nouvelle.

O Dieu puissant qui le créas si fort.

Toi qui d’en haut l’as couvert de ton aile, N’esl-il pas vrai, mon Dieu, cju’il n’est pas mort?

Lui, mort ! oh ! non. Quel tremblement de terre, Quelle comète annonça son trépas?

Croyons plutôt que la ridie Angleterre Pour le garder a manqué de soldats.

Les étrangers qu’épouvantait sa gloire Feignent en vain de déplorer son sort ;

En vain leurs chants exaltent sa mémoire, N’est-il pas vrai, mon Dieu, qu’il n’est pas mort?

* L'idée qui a fait faire cette clianson a liien longtemps régné au fond de nos campagnes et même parmi les classes ouvrières des villes, rcut-êire inême Irouvcrait-on encore, dans quelque province, des individus qui conservent celle superstition populaire. (I\'ole de Biranger.)

DE DÈRA.NGEn.

Il partagea deux fois mon pain de seigle,

Et de sa main il m’atlacha la croix;

J’ai toujours vu, moi qui portais son aigle,

La mort en lui respecter notre choix.

Et des Anglais auraient cloué sa bière !

Et de sa tombe il défendrait l’abord !

Et sous leurs pieds ils deviendraient poussière ! N’est-il pas vrai, mon Dieu, qu’il n’est pas mort?

Nous, ses enfants, nous savons qu’un navire A ses geôliers nuitamment l’a ravi ;

Que, depuis lors, dans son immense empire, Déguisé, seul, il erre poursuivi.

Ce cavalier de chétive apparence.

De la forêt ce braconnier qui sort.

C’est lui peut-être : il vient sauver la France. N’est-il pas vrai, mon Dieu, qu’il n’est pas mort?

Mais dans Paris, parmi le peuple en fêle.

J’ai cru le voir; je l’ai vu ; c’était lui.

De la colonne il contemplait le faîte.

Ému, troublé, je cours ; il avait fui.

Reconnaissant un vieux compagnon d’armes.

Si de ma joie il a craint le transport.

Pour se cacher ma joie avait des larmes.

N’est-il pas vrai, mon Dieu, qu’il n’est pas mort?

Un matelot, qui connaît l’Inde esclave.

Pour nous servir veut qu’il y soit passé.

Il mène au feu le Mahralte si brave.

Et des Anglais l’empire est menacé.

(lourant, volant, foudroyant des murailles,

Oui, de l’Asie il revient par le nord.

Hélas! sans nous qu’il livre de batailles!

N’est-il pas vrai, mon Dieu, qu’il n’est pas mort?

Des nations chacune a sa souffrance ;

Il manque un homme en qui le monde ait foi.

C’est lui qu’on veut ; rends-le vite à la France ; Mon Dieu, sans lui je ne puis croire en loi.

Mais, loin de nous, sur des rochers funestes, Dans son manteau si pour toujours il dort.

Ah ! que mon sang rachète au moins ses restes I N’est-il pas vrai, mon Dieu, (ju’il n’est pas mort?

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