‹ Dernieres chansons 1834 a 1854 de P.J. de BerangerChapitre 16 sur 133 · MADAME MÈRE · texte numérisé non relu

MADAME MÈRE

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La noble dame, en son palais de Rome, Aime à filer; c.ar, bien jeune, autrefois.

Elle filait en allaitant cet homme (jui depuis l’entoura de reines et de rois.

* M.-idamc Læliti.'i Bonaparle, qu’au temps de l'Empire on appelait Madame Mère, habitait ù Rome un palais, le seul qui ne fflt pas illuminé lors des fêtes données par le pap«> à l'empereur François , père de Marie-Louise. Devenue presque aveugle. Madame s'occupait à filer, usage de sa jeunesse, m’al-on dit, et des femmes corses, même d'une condition élevée.

Entourée du respect de tous, elle avait avec elle une vieille

DE BÉIIANGER.

Près d’elle, assise, est la vieille servante

Qui, nouveau-né, le reçut dans ses bras.

Au bruit de leurs fuseaux elles disent : Hélas!

Que la fortune est décevante!

Madame attend un message de Vienne.

Fils de son fds, elle te sait mourant.

« A son chevet point de mère qui vienne <1 Veiller, prier, pleurer, dit-elle en soupirant.

« J’ai vti la mort fuir aux cris d’une mère;

« Mais lui, né roi, le pauvre infortuné,

* A nos vainqueurs d’un jour otage abandonné,

« Meurt de la gloire de son père!

« Sans celte gloire, ah ! le père lui-méme

(I Vivrait encor, soleil de mes vieux jours.

« Un ancien roi, privé du diadème,

« Vingt ans et plus du sort peut réver les retours;

« Mais de son char qu’un victorieux toml)e,

« Soudain les rois, qui se prosternaient tous,

'( tloureul, sans prendre temps d’essuyer leui’s genoux, « Du pied le pousser dans la tombe.

Il Dieu l’éleva si haut, qu’un noir présage

Il Saisit mon cœur pour ce fils bien-aimé.

Il Dieu, disait-on, dans ce héros, vrai sage,

K Au vieux monde croulant ilonne un Messie armé ;

borvanlp il'Ajaccio, qui l'.ivail aiiti’i' à l•ll'vfl^ ses nombrpiis pufants, Pt qui jouissait ilo riutiniili^ iliip à un si Ion? ailaclipiupiit. (Nolf Je Réranger.)

6R DEUNIÈRES CHANSONS

« Mais, loul le temps de l’incessante lutte Il Où son génie étonna l’univei s,

« Tremblante, je veillais, tenant les bras ouverts « Pour le l ecevoir dans sa chute.

Il Napoléon, sous le toit de tes pères,

Il Ton premier âge à flots purs s’écoula.

« Tu m’aimais tant ! Ah ! chéri de tes frères, '

Il Adoré de tes sœurs, que n'as-lu vieilli l,à !

« Là de tes fils Dieu bénirait le nombre ;

« J’y vols à peine, ils guideraient mes pas ;

« Et là du moins nos pleurs (où ne pleure-t-on pas’) « Moins amers couleraient dans l’ombre.

« Ton fils sans doute, en longues rêveries,

« Vers son berceau qu’entourait tant d’amour « Revoie encore, et dans les Tuileries « Voit ses hochets mêlés aux splendeurs de ta cour. « Bien jeune instruit par sa mère elle-même Il Que pour les rois il n’est pas de saints nœuds, « Son cœur aura surpris des souvenirs haineux « Sur les lèvres de ceux qu’il aime.

« Vierge Marie, ah ! tenez lieu de mère Il A cet enfimt qui m’a souri si beau.

Il L’unique vœu de ma vieillesse amère,

« C’est à sa piété de devoir un tombeau.

« El, s’il se peut, fils et Français fidèle.

Il Sans être roi, ni vengeur ni vengé,

« Que dans Paris un jour l’enfant rentre chargé « De la dépouille paternelle. »

Mais on annonce un niessasjer de Vienne.

« Madame, il pleure, il est v(Hu de deuil, i*

Elle sait tout ; il faut qu’on la soutienne ;

Elle semble à genoux prier sur un cercueil.

« Pauvre orphelin, objet de tant d'alarme;, »

Dit-elle enfin après un long effort,

« Adieu ! l’enfant n’est plus ! Ah ! tout mon fds est mort, « Uélas! et je n’ai plus de larmes. »

Des simples chants que ton grand nom m’inspire. Napoléon, c’est ici le dernier.

Républicain, s’il a blâmé l’Empire,

Sur ta chute et tes fers pleura le chansonnier.

Pour réveiller notre France abattue.

J’exaltai l’homme, et non le souverain.

Puisse la main du peuple incruster dans l’airain Mon nom au pied de ta statue !

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