‹ Dernieres chansons 1834 a 1854 de P.J. de BerangerChapitre 18 sur 133 · LES OISEAUX UE LA GRENADIÈRE · texte numérisé non relu

LES OISEAUX UE LA GRENADIÈRE

Aiti :

Comme en ses vœux l’homme s’abuse!

Le ciel pei niet qu’en ce réduit, Disais-je d’une voix qui s’use,

Mes dernieis jours coulent sans bruit.

Et de œs murs le sort m’exile.

Adieu, lleuvc, arbush» et Heurs.

V^ous, de mes l'ruits joyeux voleurs, Oiseaux qui charmez cet asile.

Oisejiux, adieu. Peuple heureux et chéri, 1 En vous créant l’Eternel a souri. )

Bis.

* l.a Grciiadirre, petite liiiliilatioii sur les liords «le la Loire, Vis-à-vis de Tours, décrite avec l’admirable talent qu'on lui connaît par M. de Balzac, qui y avait demeuré quelque temps avant moi. Le proprietaire de celte agréable maisonnette.

UfcUMKUF.S (;iI.\NSO\S UE UÉUA.\OEn.

.IVnlunds un oistüui me répuiiilre :

<■ Ami, i»()urquoi l’affli^ei' Uml?

« Sur nous l'orage vient-il l’ouflre.

« L n abri partoul nous atlend.

« (juand riiiver, qui tout décolore.

« Dépouilli? jai'dins et forêts,

« Il l esle encor cpielques cypi és « D’où nos voix réveillent raurore. « Uiseaux, adieu. Peuple heureux et chéri.

En vous créant rÉlei nel a souri.

■' La pauvielé, somhie nuage,

« Bientôt, dis-tu, fondra sur loi.

« Jeune, tn bravais son passage.; i< Au soleil n’as-tu donc plus foi K Crois-nous, (pielqiies roules nouvelles d (Jne Ion vol prenne en son es-or,

« Si le nuage crève encor,

« L n rayon séchera tes ailes. «

Oiseaux, adieu. Peuple heureux et chl•rl.

En vous créant rEternel a souri.

« Tu nous as chanté, sous ees treilles,

« L’aigle expirant, c;q)tif des mers.

« Apprends d’infortunes pareilles « A subir de communs revers.

« \’a gaiement où le sort te pousse,

Il A la ville ou dans un chalet.

l’excellent M. ilc Longpré, ù qui il n’a pas Icnn que j’j piolongcasse mon séjour, a respecté les plantations qu’il m’avait permis ri’y faire. (Note de Béranger.)

liKliMKItKS CHA.NSO.NS

'< l’mir Ion nid, pauvre roitelel,

.« (^tne le f'anl-il? Un peu de mousse. »

Ui>eaux, adieu. Peuple heureux et chéri, hn vous erénni l'Éternel a souri.

<1 La lin <le loni, nul ne l'ignore.

lUavanee lu sauras (|uitler •' (les rosiers qui sont jtrès d’éclore.

« (les ai hres ipi’on t'a vu piauler.

•' Lorsqu'à parlii' lu le disposes.

■■ Un coi'U'au le crie à Pécari :

“ Pour i»arer h>s loinhi-aux, vieillard.

« llien parloul a si'iné les ros<‘s. »

Oiseaux, adieu. Peuple heureux et chéri, lin M)us créant UKlernel a souri.

Oiseaux, inei'ci! Koini' lui sa;;e Ile vous considler autrerois;

.le vais au plus prochain rivaf>e*

\ ivre en un coin sous d’hiunblcs loils Ici, vous ipii du vieil crniile l'icorày, en paix les raisins,

.S'il a lies arhres pour voisins.

\ eiiez charmer son nouveau gile.

Oiseaux, ailieu. Peuple heureux et chei i, | En vous créant l'Éternel a sotiri. j

' Hue (aiaiiviiieaii, à Ti»ur>. t,V«/r île l'tUliteur.

i»K nKR.wr.rn.

i.K MATKLOr BRKTUA

Air ilii vaiidevillr de la l’etile fimn'eriianle,

U« »ais vfnilanKPnis du village IHnent à l'ombre au bord d’un rbani|t.

Passe un matelot qui voyage,

Pieds nus, et qui siffle en marrbani .

« — Jeune homme, que Dieu t’accompagne!

D’un amoureux tu vas le pas.

— Je suis enfant de la Bretagne,

Et ma mère m’attend là-bas.

<1 — D’où viens-tu? — Des rives du Ganüe, Où j’ai failli périr au porl.

Sauvé des flots par mon km ange,

Des .Anglais m’ont pris à leur bord, tirâce à leur brave capitaine.

Prisonnier chez nous autrefois,

Je viens de voir dans Sainb^lléléne Celui (|ui lait si jieur aux rois. »

.\ ees mots, découvrant leur léle.

Les villageois de crier tous ;

« — Qhioi! lu l’as vu! Viens, qu’on le tète!

A sa gloire Iwis avec nous lletient-il? Qu ’at tend-il encore?

Sans krger que peut le Irouiteau?

dkiîmkhf.s chanso.ns

A nos clochers quand donc l’iuirore Sitliiera-l-elle son drapeau?

« — Je ne sais pas ce qu’il nicdile;

Mais le capitaine, au retour,

En découvrant l’ile maudite, *

S’écria ; Quel affreux séjour 1 Enterrer dans ce vieux cratère Tant de génie et de valeur!

Enfants, respect à l’Angleterre ;

Mais aussi respect au malheur!

« Eomme il savait qu’en mon jeune âge J’appris l’anglais sur un ponton,

Dans ce, port, me dit-il, sois sage.

Et parle bas, petit Breton,

Là, régne un monstre de itolice; .

Crains qu’Iludson ne te voie errant.

Serpent venimeux, il se glisse Jusqu’au nid de l’aigle mourant.

« .Mais au piirl, où je descends vite,

Ou m’indique un point au couchant Que l’Empeieur souvent visite.

J’y cours, i’y grimpe en me crachant.

Tapi sous un roc, là, j’espére,

.Muni de pain pour quelques sous,

\’üir passer celui dont mon père Disait : C’est notre père à tous.

« J’y reste en vain deux nuits entiért's.

Quand, désolé, je m’en allais,

I>K BÉH ANGF. 11.

S’élance d’arides bruyères Un des plus jolis oiselets.

Sur ma télé il vole, il lournoie.

Mêle un cri doux à ses ébats.

.\h! c’est le ciel qui me l’envoie;

,1’erttends qu’il dit : >’e l'en va |ws.

Il Dieu soit béni 1 car, sur la roule, Dans un groupe aussitcM paraît (’n homme. Lui! c’est lui, nul doute.

Où n’ai-je pas vu son portrait?

J’en crois mon cœur qui bal plus vile, Et l’oiseau, cet avant-coureur.

.\ genoux, je me précipite,

En criant : Vive l’Empereur !

Il — Qui doue es-tu, brave jeune homme?

Me vient-il dire avec boulé.

— Sire, c'est lieolTroy (|u'on me nomme :

Je suis un Rrelon entêté.

Faut-il porter quelque parole A vos amis? J’y vais courir.

Même à la mort s’il faut qu’on vole,

Sire, pour vous je veux mourir.

U — Français, merci, (.lue fait tou ))éie?

— Sire, il dort aux neiges d’Eylau.

Auprès de vous mon ytlus grand l’réi e Mourut coulent à Waterloo.

Ma mère, honnête canliniére.

Revint, en pleurant son époux.

DERMÈnES CHANSONS

Au pays où, dans sa chaumière,

Cinq enfants priaient Dieu pour vous.

« — Peut-être est-elle sans ressource,

« Dit-il ému ; tiens, prends ceci ;

Il Pour ta mère, prends cette bourse :

K Il’est peu; mais je suis pauvre aussi. «■ Je baise la main (ju’ii me livre :

— A'on, sire, gardez ce trésor.

.\ous, toujours nos bras nous font vivre; Poiii- v(>s Itt'soins gardez cet or.

Il II sourit, me force,. à le prendre;

Puis du <loigt m'indique aviv soin Üoioment au port il faut descendre.

El des gardes me tenir loin.

— Ab! sire, que n’ai-je des armes! ,

Mais il s'éloigne soucieux.

Et longtemps, à travers mes larmes,

Je reste à le suivre îles yeux.

« Je rejoins sans mésaventure Le vaisseau, qui déjà parlait.

Le capitaine, à ma ligure.

Devina ce qui m'agitait.

— Tu l’as vu, se preud-il à dire;

C'est bien. Tu prouves qu'aujourd'luii, Plus que les grands de sou empi)'e.

Le peuple a souvenir de lui.

« .M'enviant un bonheur semblable,

Tout réq\iipage m’admirait.

DE n^:u\^^:Ell.

lit le rapitiHue à sa table

M'admit le quinze août, moi, pauvret

Combien je pris terre avec joie!

•Sûr fie dire en rentrant chez nous :

.Mère, de l’or qu’il vous envoie L’Knipi'reur s’est privé poui- vous.

■I Avec plus de ferveui' encore Klle va prier Dieu pour lui.

Sachant (juel climat le dévoi e,

Sacbanl ses maux et son ennui.

Six mois de plus d’un tel martyre.

Kl peut-être sur ce coteau Bientôt reviendrai-je vous tlire. :

Il n’est pins : j’ai vu sou tomlaîau. «

lieolTroy se tait; et du villa;;e Femmes et tilles tout d’abord.

L’œil en pleui’s, vantent son couras^e Kt du captif plaignent le sort.

Les hommes sont émus comme elles « Honneur, répètent-ils enti’e eux,

«' qui nous donne des nouvelles « Du grand Empereur malheureux! »

UF.UMKKF.S eu

MAMH MHTAIMIVSIOI'K

\in <ln Imilof dos !‘iorrot>.

Tn jour dame Mélapliysique Me dit : « Pelil rimeur, allons!

Prends un vol plus pliilosopliique; Monte dans un de mes ballons.

Je suis la fri ande aéronaule,

Faisant paitre au riel mon lrou|)eau.

.Nous y tenons i»laee si haute,

(Jue Dieu nous ôte son chapeau.

« Jadis j'ai ravi bien des sagts-.

De Platon le ballon puissant .\ li ansporté dans les nuages I.e cbristianismi' naissuil.

Kt combien de docteurs rnoderues.

En ballons d'un vaste appareil,

Vont sans ces.se, armés de lanternes,

A la recherche du soleil !

« Vois-les tous iKiltre la campa;rue,

A l'ouest, au nord, au sud, à l'est ; Vois-les inonder l'Allemagne De tout le sable de leur lest.

En France, où pour ma gloire il rt‘une Des mansardes jusqu'aux salons,

UK llKn\NfiKll.

l/t'clerLismc à prix d'or ensoigno I>’art de dirifipr mes Iwllons. »

l.a dame si bien m'rnsorcelie,

Qu’eu ballou je moule el je pais., l u docleiir condnil la naeelle.

Dieu! nous voilà dans les brouillards i/obscurité plail à mon suide;

Mais moi, conlre lui mausréanl,

Je me vois, dans l'ombre el le vide.

Face à face avec le néant.

Bien plus : dans une nuit romplèle.

Mille ballons vont se heurtant.

Quels mots à la tête on se jette!

Que d’énismes à Ixmt portant !

Notre esquif se brise à la lutte :

Nous tombons de tout notre yioids.

Bonsoir! mou docteur, dans sa cbiile. Fait de peur un sisne de croix.

Je croyais, je ne puis le taire.

Jusqu’à Saturne avoir volé.

J(> n’étais qu’à dix pieds de terre ; Dans un Kal je tombe essouHlé.

De fleurs, de femmes, de musique, Fiiivré, je soupe en ce lieu (liiez un pbilofopbe pratique Qui, le verre en main, Iténit Dieu.

, — Sage, tirez-moi de l’impasse Des modernes el des anciens,

Si:

riF.RNlf'.UES CHANSONS

— Chante, dit-il, et dans la nasse Caisse nos métaphysiciens.

Tout l’amas de leiii's œuvres vaiius Dont (pielques fous vaillent l'attrail Calmera toujours moins de peines Clu'une chanson de caharel. »

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