‹ Dernieres chansons 1834 a 1854 de P.J. de BerangerChapitre 24 sur 133 · LA SIRÈNE · texte numérisé non relu

LA SIRÈNE

Am :

Los flots sommoillont ;ni rivage;

Au ciel brille un l)eau soir d'été.

Plus de bruit, tout dort sur la plage, Le vent, le travail, la gaieté.

Du sein de l’onde un mol surnage.

Mol que la nuit fera redire au joui- :

(I Amour ! amour ! » (Bis.)

Qui dit ce mot? ('.'est la Sirène tiuellant sa proie au l)ord des eaux.

Malheur à celui qu’elle entraîne Jusqu’à sa couche de roseaux !

Déjà, pas à pas, sur l’arène,

D’elle s’approche un bel adolescent,

En rougissant,

DKHÎilÉRES CHANSONS DE BÉRANCKH. 101

« Acfoui's, (lil-ello, amour me presse;

F’our tous les cœurs j’ai des échos.

A moi d'enharfJir la jeunesse ;

4e le soutiendrai sur les flots.

KcliapiH* au mors de la sagesse;

Qui ceint le front de ses enfants blafanls De iiénufars.

« L'Amour fait scintiller les ondes Où nous folâtrons sans souci.

Combien, dans nos grottes profondes, Toml)enl, qui nous disent ; Merci!

C’est dans le plus joyeux des mondes Que va te bure un éternel été De volupté.

• tioûte aux jdaisirs qu’on nous envie; fiaresse mon sein palpitant ;

Chez vous ipielle âme est assouvie?

Vos feux n’écbauiïent qu’un instant.

La vie, enfant, la douce vie .N’est parmi nous, qui savons l’atliseï ,

Qu’un long biiser. »

L’adolescent plonge dans l’onde.

Qui l'a revu? ÎN'ul depuis lois.

Mais qu’au soir la Sirène immonde (diante encor l’amour sur nos bords.

Une voix, qui n’est plus du monde,

Crie aux passants saisis, tremblants d’elIVoi : >1 Priez pour moi. » Utis.)

hei’.mkhes chansons

lOj

LKS POIS

Aui ; C,'(‘sl il tiiOM niiiilri' <'ii l'nrl iIp jilaiiv.

Je ernins In foule qui se press<’;

Je liemble à ses milliei-s de vois, l'iie fée n, <lès rnn jeunesse,

(,'onduil nies rêves dans les Iwis.

Là mon cœur, pris de peine amèie,

A l’espéranre était rendu.

Lüinine un oiselet «pu* sa inére Peporte au nid (pi'il a |M-rdu.

Sous nos toits mon àuie éloulTée.

Hors de Paris rlierriiant de l'air.

.V Meudon reçut d'uue fée,

Moi jeune encore, un don bien rber.

l’jiuvre et lin'dé d(> longues fièAres, l'ombre j'y rêvais nn jour, fjuand la fée humecta mes lèvres De chants de plaisir et d’amoui-.

Fontainebleau, l'orèt splendide, t,)ue je fus riche en parcourant,

Avec ma fée au vol i-apide.

De tes rois l’ombrape odorant 1 Aux princes la cour et ses poni(M^s ;

Mais ces bois, à qtii donc? — « Au roi. »

— Au roi! Non, garde, tu te trompes Tous ces iH-aux arbres sont à moi.

DE llÉnA.NCEU. ID,-

Boulogm'. a\i dédin de mon âfîe.

4e viens revoir les verts ahris.

Victime tle plus d’un omije.

De vains regrets je m'y nourris.

\’ers moi la fée accourt encori' ;

,\ mes ma\ix elle ôte leur liel.

Kl fait briller comme l'aurore Dans UK's pleurs un rayon du ciel.

.( Je viens te consolei’, dil-clle;

Forme un souhait, ffd-il d’amour.

— K’esl le sommeil, chère immortelle, Oii'on demande au soir d’un long jour.

— Vondrais-tii ipie je t’enrichisse ?

— Non ; rennui pourrait m’assaillir.

— Veux-tu que je te lajeunisse?

— Non, je craindrais trop de vieillir. «

Je veux un tout petit domaine Pour y planter de Iveaux coim*rts ;

Pour qu’un vieil ami s'y promène A l'ombre, en me lisant ses vers.

Jusqu’au ciel mes arbres atteignent Bien vite; et, dans leurs gais penchants, .Mille oiseaux, chaque jour m’enseignent Komment memi le bruit de nos chants.

A mes vœux elle va se rendre ;

Je l'arrête. 0 rêve insensé!

Sais-je si j’ai le temps d’attendre Ou’un rosier même soit poussé!

l> K 11 MK II ES CHANSONS

(les bois lu’üfli enl un dernier gîte.

Au vieillard, las de son fardeau.

Sous ce tremble qu’un souffle agile.

Bonne fée, éléve un tombeau,

LE MERLE

Am •

Au printemps, sous un vaste ombrage Où murmuraient de frais ruisseaux,

Je pris ma flûte de roseaux,

Présent magique d’un vieux sage.

A sa voix, un peuple d’oiseaux Vint m'entourer de son ramage.

Ils sautaient ,

S'ébattaient,

Loquetaienl Et chantaient, r.hantaieni, tlhantaieut.

Rossignols, loriots, fauvettes.

Merles, bouvreuils, linots, pinsons, (iédant au pouvoir de mes sons.

Tous, jusqu’aux folles alouettes.

Venaient, pour prix de leurs cbausoiis.

De mon pain becqueter les miettes.

ÜK BÉhANGEK

Ils sautaient.

S’ébattaient,

Coquetaionl Et chantaieiil, riiantaienl,

Oiantaienl.

J’:ivis«‘ un merle qui kibille :

« Merle, pourquoi fuyez-vous lous, Quand moi, bonbonime, auprès de vous Je me glissais dans la charmille;

Moi, qui trouve vos chants si doux.

Qui suis presque de la famille? »

ils s.autaient,

S’ébattaient,

Coquelaient Et chantaient,

Chantaient,

Chantaient.

« — Dieu donna l’air, la terre et l'onde, Dit le merle, aux seuls animaux.

■\ous y vivions exempts de maux ;

Mais chaque race trop féconde Poussa tant et tant de rameaux.

Qu’on étouffa dans ce bas monde, »

Ils sautaient.

S’ébattaient ,

Coquetaiepl >

DERMÈRES CH WSONS

Et chantaienl.

Chantaicnl,

Chantaienl.

« Dieu .s'y prit en pêiv éconoiiK' :

C’est trop de bêles à la foi.s.

\ quelqu’un Iransmetlons nies droits; Que, sanguinaire et gastronome,

Il en tue au moins deux sur trois.

Parlant ainsi, Dieu créa riiomme. »

Ils sautaient,

S'ébattaient,

Coquetaient Et chantaient.

Chantaient,

Chantaient.

« Depuis lors, rois de la nature, >'ous vous fuyons épouvantés Pour nos jours et nos liberté-.

De tout grain vous faites moulure; Souvent même à vos majestés Le rossignol sert de pâture. »

Ils sautaient,

S'ébatlaienl.

Coqiudaienl Et chantaienl,

Chantaient,

Chantaienl.

lOT

« — .Moilf, oublions nos droits conlraires, l)is-jt'. et, grâce à mon talisman, Ainiez-moi, je suis bon tyi an.

Sans souci de vos lois agraires.

•Ne m(‘ fuyez plus ; croyez-in'en :

Oiseaux et poëtc's sont frênes. »

Ils sjuilaient,

S'ébatlaient,

(àMjuelaicnl Kt chaiitaieiit,

Chantaient,

CliantaienI .

A ces mois, mâles et femelles Me viennent l«iser à (|ui mieux :

Ix; merle criant : « Ce bon vieux Nous fera des chansons nouvelles.

Pour (ju’il s’élevât jus(|u’aux cieiix, llieu lui devrait donner des ailes. »

Ils saiilnienl,

SV'hattaienI,

CoquetaienI Kt eliantaieid,

Chaninienl.

Chantaient.

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