‹ Dernieres chansons 1834 a 1854 de P.J. de BerangerChapitre 63 sur 133 · LE COUPS ET L’AME · texte numérisé non relu

LE COUPS ET L’AME

\iR :

LTi vieillard inourail, et sou àiiie Parlait pour retourner aux eieux.

Le corps la retient et i-êclauie Un instant de derniers adieux.

Sur sa paille, il s’écrie : « Arrête !

Soufre qu'à toi Dieu m’a donné.

Pourquoi fuir coimiie une lorette Fuit l’amant qu’elle, a ruiné?

■Morts embaumés dans voire bière,

A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceul,

Va-l’en seul !

« — Quoi ! dit l’ànie, abjecte dépouille.

Tu veux retarder mon dépaiT !

Habit dont le contact me souille,

Au néant va rendre sa part.

Dieu me rapijelle à sa lumiéi e .

Déjà s’endorment tes douleurs.

Qu’importe après que ta poussière Féconde épis, arbres ou fleurs !

Morts embaumés dans voire bière,

A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceul,

Va-l’en seul!

ta

DERiMEBKS CHANSONS

« — Ingrate! Je suis loin de croire (Jii a toi mes sens aient tout appris.

Mais de mes soins garde mémoire :

Ils datent de nos premiers cris (Juand rien, regard, geste, parole.

Au berceau ne te révélait.

Qui se fit ton maître d’école?

.Mon instinct, ton frère de lait.

Morts embaumés dans votre bière, A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps, sans linceul,

Va-t’eu seul!

Il Vint notre jeunesse fleurie.

Tu te mirais dans ma beauté,

Kt prodiguais par braverie Ma force et mon agilité.

Qu’aloi’s je souffris de sévices !

Car tes folles émotions Ile mes besoins faisaient des vict;>, De mes pencliants des jmssions.

.Morts enilMUinés dans votre biéi e, A vous clergé, croix et banuiérc, Pauvre corps sans linceul.

Va-t’en seul !

« Uu jeu voulant solder les detfi;s, Kt du ciel niant la bonté,

Dans la Seine un. soir tu me jettes :

Lâche abus de l’autorité.

Mais de raison le flot te prive ; Nature me rend tout pouvoir.

m: iif;n \ NCHii.

il'i

Jp nage, aborde, el sur la rive Je change en pleurs ton désespoir.

Morts embaumés dans votre bière,

A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceid, t Va-t’eii seuil

« Plus tard misère et sciatiijue Furent mes moindres maux, hélas !

Professeur de iiadaphysique,

Hans ce grenier lu m’installas.

■Vu sommet des lois éternelles A jeun étions-nous parvenus.

Tu te vantais d’avoir des ailes,

Quand souvent je mai chais pieds nus.

Morts embaumés dans votre bière,

A vous clergé, croix el bannière.

Pauvre corps sans linceid,

Va-t’en seul!

« Enfin nous surprend la vieille.sse.

Tous deux las, tous deux abattus.

De mon déclin naît la sagesse;

L’impuissance abonde en vertus.

Là-haut ne t’en fais pas un titre;

Letle sagesse a ressemblé

Aux fleurs d’hiver que sur la vitre

Fait éclore un soleil gelé.

Morts embaumés dans votre bière,

A vous clergé, croix et bannière.

Pauvre corps sans linceul,

Va-l’en seul!

DF.ÜMKHKS CHANSO^S

(I Donc, enfant, qui sors de tes lani^es.

Bénis ton premier vêtement.

Va de Dieu chanter les louanges;

Oui, pars, et qu’il le soit clément .le sens s’anéantir mon être.

O regrets de l’antique foi !

,1’ai peiir, et voudrais bien qu’un prêtre Par charité priât sur moi.

.Morts embaumés dans votre bière,

A vous clergé, croix et Ijanniére.

Pauvre corps sans linceul,

Va-l’eii seul ! »

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