‹ Dernières chansons de P.J. Bèranger 1834 à 1851 avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 31 sur 182 · UNE IDÉE · texte numérisé non relu

UNE IDÉE

Air : Soir ot malin sur la foupôro.

Des maux présents l’àme obsédée,

Je rêvais en vrai songe creux,

Quand devant moi passe une idée.

Une idée! Oui, bourgeois peureux.

Celle-ci, messieurs, jeune et belle,

Est faible encor; mais je prétends.

Si le bon Dieu prend pitié d’elle,

La voir grandir en peu de temps.

Je lui crie : « — Où vas-tu, pauvrette?

Maint gendarme t’attend là-bas;

Des mouchards la foule te guette;

Le commissaire suit tes pas.

-- Tant de peine qu’on leur voit prendre, Dit-elle, accroît l’espoir que j’ai :

Du peuple ils me font mieux comprendre :

C’est un commentaire obligé.

« — Moi qui suis vieux, pour toi je tremble; On va te barrer le chemin.

Vois ces bataillons qu’on rassemble,

Ces escadrons le sabre en main.

— Bien mieux que tambours et trompettes Héveiltynt u p cœur endormi,

DG RÉRANGER.

Je passe entre les baïonnettes Pour recruter chez rennemi.

« — Fuis, mon enfant; fais, je t'en prie; On détruira jusqu'à ton nom.

Vois-tu venir l’artillerie?

La mèche approche du canon.

— Peut-être aussi sera-t-il nôtre,

Ce canon qui fait ton effroi.

C’est un avocat comme un autre :

Il peut demain, plaider pour moi.

« — Les députés t’ont prise en haine.

— Au plus fort ils donnent raison.

— Les ministres forgent ta chaîne.

— Mes ailes poussent en prison.

— Contre toi l’Église aussi gronde.

— À son encens j’aurai mon tour.

— Les rois te bannissent du monde.

— Je me cacherai dans leur cour. »

Mais soudain quel affreux carnage !

Partout du sang! partout la mort!

La discipline ôte au courage •

Le prix d’un héroïque effort.

C'est en vain. Plus forte et plus calme, * L’Idée, embrassant un tombeau,

Aux vaincus décerne une palme Et s'envole avec leur drapeau.

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