‹ Dernières chansons de P.J. Bèranger 1834 à 1851 avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 32 sur 182 · LA COURONNE RETROUVÉE · texte numérisé non relu

LA COURONNE RETROUVÉE

Am :

Ron Dieu! que vois-je? une couronne Dont chaque rose a plus de trente hivers!

Où, malgré l'orgueil qu'il nous donne, Sèche un laurier peu respecté des vers.

C'est un débris du temps où nia naissance Etait fêtée, hélas! comme un beau jour.

Ce laurier parlait d'espérance;

Ces Heurs parlaient d'amour.

Quel souvenir de ma jeunesse Le sort moqueur nie fait là retrouver!

O jours de joie et de tendresse!

Nous n'étions rien; nous pouvions tout rêver. Amis si gais, maîtresse folle et bonne.

Nul astre encore à mon œil n'avait lui Quand vos mains tressaient la couronne Qui m'attriste aujourd'hui.

Oui, ces fleurs ont paré, ma tête Dans un banquet d'enivrante gaieté.

Un seul de nous donnait la fête;

Ami discret, doux à ma pauvreté.

Las! il n’est plus; mais j'entends sa parole:

« Chante, dit-il, tandis que nous passons, v

DE B K RANGE U. Ut

Et sa belle âme un jour s’envole Au bruit de nos chansons.

Et ces convives si fidèles,

Au joyeux chant qui rend l'aï plus doux;

Que plus tard j’ai pris sous mes ailes, Pensent-üs même à moi, qui pense à tous?

Oiseaux charmants, au souvenir volage,

Tous sont épars, chacun dans son enclos.

Nous n’avons plus le même ombrage,

Plus les mêmes échos.

Et la beauté tendre et rieuse Qui de ces fleurs me couronna jadis?

Vieille, dit-on, elle est pieuse;

Tous nôs baisers les a-t-elle maudits?

J’ai cru que Dieu pour moi l’avait fait naitre; Mais l’âge accourt qui vient tout effacer.

0 honte! et sans la reconnaître,

Je la verrais passer !

Celte couronne si flétrie

Fut belle aussi le jour où je l’obtins.

Quelle âme est à ce point tarie,

D’être sans pleurs pour ses amours éteints?

Aux longs regrets la mienne s’abandonne.

De mon bonheur unique et vain lambeau.

' Ah! <pie n’as-tu, pâle couronne,

Séché sur mon tombeau !

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