‹ Dernières chansons de P.J. Bèranger 1834 à 1851 avec des notes de Béranger sur ses anciennes chansonsChapitre 97 sur 182 · LA PRÉDICTION · texte numérisé non relu

LA PRÉDICTION

An: :

Raison, sibylle du sage,

Qu’on interroge trop tard*

Me vient dire : « A ton voyage Dieu va mettre fin, vieillard.

Prends ton bâton, la musette;

Fais tes adieux, et, bon pas,

Va revoir chaque Lisette Qui t’a devancé là-bas. »

Gaieté, persévère ;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre ;

Eh ! vite en chemin !

Raison, la grondeuse, ajoute :

« C’est trop, passer soixante ans.

Fais ton dernier bout de route ;

Romps enfin avec le Temps.

Pour loi tout se décolore ;

Vois le soleil qui pâlit.

Quelques pas à faire" encore *

Vont te conduire à Ion lit. »

Gaieté, persévère;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre ;

Eh 1 vite en chemin !

!>Elt. MERES CHANSONS

Prédiction qui m 'enchante!

Ce monde est cher de loyer.

Quittons le coin où je chante Pour chaque terme à payer.

Bois, cités, champs et prairies,

Si j’ai récolté chez vous,

Des Heurs de mes rêveries J’ai fait des bouquets pour tous.

Gaieté, persévère ;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre:

Eh ! vite en chemin !

Je n’emporte en ma mémoire I Que l’image des beautés J Qui. mieux qu’une sotte gloire,

1 Mou! fait des jours enchantés.

Passé le temps des amantes,

Dans mes soirs, j’ai bien des fois Cru voir leurs ombres charmantes Kire et danser à ma voix.

Gaieté, persévère;

Amis, votre main.

Lise, emplis mon verre;

Eh ! vite en chemin !

Un seul héritier me presse :

C’est un chantre adolescent.

La lampe de ma vieillesse Offusque son jour naissant.

Des chansons il veut l’empire; D’Yvelot faisons-le roi*

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