LA PRÉDICTION
An: :
Raison, sibylle du sage,
Qu’on interroge trop tard*
Me vient dire : « A ton voyage Dieu va mettre fin, vieillard.
Prends ton bâton, la musette;
Fais tes adieux, et, bon pas,
Va revoir chaque Lisette Qui t’a devancé là-bas. »
Gaieté, persévère ;
Amis, votre main.
Lise, emplis mon verre ;
Eh ! vite en chemin !
Raison, la grondeuse, ajoute :
« C’est trop, passer soixante ans.
Fais ton dernier bout de route ;
Romps enfin avec le Temps.
Pour loi tout se décolore ;
Vois le soleil qui pâlit.
Quelques pas à faire" encore *
Vont te conduire à Ion lit. »
Gaieté, persévère;
Amis, votre main.
Lise, emplis mon verre ;
Eh 1 vite en chemin !
!>Elt. MERES CHANSONS
Prédiction qui m 'enchante!
Ce monde est cher de loyer.
Quittons le coin où je chante Pour chaque terme à payer.
Bois, cités, champs et prairies,
Si j’ai récolté chez vous,
Des Heurs de mes rêveries J’ai fait des bouquets pour tous.
Gaieté, persévère ;
Amis, votre main.
Lise, emplis mon verre:
Eh ! vite en chemin !
Je n’emporte en ma mémoire I Que l’image des beautés J Qui. mieux qu’une sotte gloire,
1 Mou! fait des jours enchantés.
Passé le temps des amantes,
Dans mes soirs, j’ai bien des fois Cru voir leurs ombres charmantes Kire et danser à ma voix.
Gaieté, persévère;
Amis, votre main.
Lise, emplis mon verre;
Eh ! vite en chemin !
Un seul héritier me presse :
C’est un chantre adolescent.
La lampe de ma vieillesse Offusque son jour naissant.
Des chansons il veut l’empire; D’Yvelot faisons-le roi*