LE ROSIER
Air. :
Toi dans ce lieu, loi dans la porcelaine Que je te plains, joli rosier!
Cette salle pompeuse est pleine D'un monde envieux et grossier Qui le souille de son baleine :
C'est le palais d'un fnianciei'. Que je le plains, joli rosier!
Ici naguère apporté du village, De l'or tu subis le pouvoir.
O banquier veut qu'à son passage Pour lui tu fleurisses ce soir.
De Ion pai-lnin fais-lui l'iiommage, Comme au Ti'ès-llaut fait l'encensoir De l'or tu subis le pouvoir.
10i) OF.RNIKr.RS Clly\NSONS
Sous œ grand lustre à la flamme irisée, Arbuste aimé, tu vas mourir.
Plaint-il, ce juif, àme blasée, ('eux que son foste fait souffrir?
Privé (l'air ))ur et de rosée, Ah ! n'espère pas l'attendrir.
Arbnste aimé, tu vas mourir.
Mais près de toi passe un jeune poète Dans ce palais resplendissant ; Il courbe aussi sa noble tète Devant le riche tout-puissant.
Des fièvres d'or de cette fête 11 est saisi rien qu'en passant Dans ce palais resplendissaut.
Amsi que toi ce séjour l'empoisonne, Dieu vous rende à son beau soleil î Le luxe qui vous environne Va flétrir, en un temps pareil.
Et sa poétique couronne Et ton diadème vermeil.
Dieu vous rende à son beau soleil î
DE RÉRANGER. IHl
Bis.
L'OTSEAU FANTOME
La cantatrice jeune et belle S'éveille au milieu de la nuit.
Qu'a-l-elle entendu? Ce doux bruit, ■ Est-ce un chant d'amour qui l'appelle? Non, c'est un fantôme léger, L'ombre d'un oiseau qui l'éveille, Qui sur son lit vient voltiger, En lui murmurant à l'oreille :
« Pour votre voix docile à mes leçons | Du Paradis j'apporte des chansons. )
« Je suis l'âme toujours aimante Du rossignol apprivoisé Par vous, et par vous tant baisé, Qu'il crut voir en vous une amante.
Que j'avais d'ardeur à chantei' Lorsqu'en rêve ou dans l'insomnie Aux longs efforts pour m'imiter Vous mêliez les pleurs du génie !
Pour vo re voix doc^ile à mes leçons Ou Paradis j'apporte des diansons.
(( Un soir où la foule charmée Semait des fleurs autour de vous.
Votre singe, démon jaloux,
Ifi-i DERNII'RKS CHANSONS
Ouvrit ma cage bien-aiméo.
Dans s.es ongles me voilà pris.
En ricanant il me déchire.
Votre gloire est sourde à mes cris ;
On vous couronne, et moi j'expire.
Pour votre voix docile à mes leçons Du Pai'adis j'apporle des cliansons.
« Mais d'ailes mon àme est pourvue.
Invisible à des yeux humains, Du (iel je franchis les chemins, Pourtant sans vous perdre de vue.
Oh ! que de globes je parcours, Nefs qui de l'air fendent les ondes !
Que d'hommes, d'oiseaux et d'amours J'entends chanter dans tous ces mondes!
Pour voire voix docile à mes leçons Du Paradis j'apporte des chansons.
« Aux plus éclatantes planètes L'homme retrouve ses aïeux.
Sages, héros, saints, demi-dieux, Affranchis de Tombre où vous êtes.
Plus ils en sont loin, phis s'accroît L'intérêt qu'à leur àme ins])ire Le destin de ce globe étroit.
Humble hameau d'un vaste empir<\ Pour votre voix docile à mes leçons Du Paradis j'apporte des chansons.
« L'iiomme, [)euplanl l'infini niénic, De l'amour doit former l<'s noMids
Entre ces astres lumineux
Emanés du soleil suprême.
En des temps qui nous sont cacliés.
Dieu resserrant son anréole,
Les mondes, enfin rapprochés.
S'éclaireront par la parole. Poui' votre voix docile à mes leçons Du Paradis j'apporte des chansons.
« Moi, faible oiseau, je vole encore ;
Des miens plus liant j'entends la voix.
Un autre ciel s'ouvre, où je vois
Du jour sans fin poindre l'aurore.
(Chantres dts bois, des champs, des eaux,
Forment là des chœurs de louanges.
Dieu permet aux petits oiseaux
De le chanter avec les anges.
Pour^ votre voix docile à mes leçons Du Paradis j'apporte des chansons.
« Mais l'amour me fait redescendre
Vers vous qui m'avez tant pleuré;
Et, chaque nuil, je reviendrai
Avec des chants à vous apprendre.
Puissent vos accords enivranis,
Qu'à la terre le ciel envie.
Initier les cœurs souffrants
Aux merveilles d'une autre vie!
Pour votre voix docile à mes leçons ,
} Bis.
Du Paradis 'apporte des chansons. »