‹ Dernières chansons de P.J. de Béranger, 1834 à 1851 (volume 2)Chapitre 6 sur 136 · JOSEPH · texte numérisé non relu

JOSEPH

Garde-t'en bien : c'est un péché.

Allons plutôt vendre au marché Les olives de notre mère *.

l'égyptienne.

Voyons ta main, mon enfant, et crois-moi, {Bis.) Quand je diiais : Tn seras plus qu'un roi. »

Les chevaux s'arrôtant d'eux-mêmes, « Voyez, dit-elle en souriant, J'ai pour braver les anathèmes, Tous les secrets de l'Orient, x Malgré l'aîné, qu'elle intimide, Le plus jeune, au regard altier, S'avance alors : — « Femme intrépide, Vous avez vu le monde entier ?

l'égyptienne.

Oui, j'ai vu tout, ombre et lumière,

Enfer et ciel, morts et vivants.

Dieu m'a crié : Comme les vents

Passe et n'emporte que poussière.

Voyons ta main, mon enfant, et crois-moi, Oiiand je dirais : Tn seras phis qn'nn roi.

napoléon .

Kn Egypte vous êtes née ?

* Madanio J;;ctitia Bonaparte n'élevait, sa nomhrrnso laniille (|n'à force d'ordre et d'économie; elle faisait vcMulre les fruiis (le sa petite propriété, dont son fils aîné, Joseph, partapea de honne heure la direction avec elle. {Sotc de liéninger.)

DFUMÈRES CHANSONS

l'Égyptienne.

Non; dans iVIoscou fut mon berceau, La source à Memphis couronnée * Là vient se perdre obscur ruisseau.

De consoler ma race antique Quels soins le sort n'a-t-il pas pris ? Dans tes déserts, jeune Amérique, J'ai foulé d'antiques débris ; Et sur des monts de cendre humaine, Dans l'Inde, lasse de marcher, Je vins gémir sur un rocher Inconnu, nommé Sainte-Hélène.

Voyons ta main, mon enfant, et crois-moi. Quand je dirais : Tu seras plus qu'un roi.

NAPOLÉON

Femme, que fait la métropole, Ile grand Paris, notre laual ?

l'égypi'iknm:.

<;ette ville, (pie Ton cioit foHc, (l'est Bnitus en habit de bal.

Là j'entendis, l'oreille à (erre, De profonds et sourds grondements.

Palais et temples, un ci'atèie \'a s'ouvrir sous vos fondements.

Un ciel pur semble nous absoudre, i'.tiaiilail la cour dans ses ébals.

* l'iiiMii los Bolii'iiiioiis ou Kfiypliciis iv<;ii(> une Iradilinn li le- fail ilcscciuli-c (1("~ niicii'iis maîtres de ri'jf;ypl('.

Soir ilr Bf'rtini/i'r. i

DE BK P.ANGi: R. 29

Mais, si le saint est sans crédit.

Le nonfi semble fait pour Thistoire.

PREMIER CORSE

(iliaque navire a pavoisé son bord.

DEUXIÈME CORSE

Les Anglais seuls désertent notre port.

PREMIER CORSE

En quoi Tàpre sol de cette île Peut-il tenter un roi puissant?

Nos mains, sans le rendre fertile, L'ont inondé de bien du sang.

DEUXIÈME CORSE

Un carillon de bon augure Reconduit Tenfant au logis.

Loin du sein, hélas! lu vagis, Pnuvi'e petite créature!

PREMIER CORSE

{)\h' voi.s-je au loin sur nos rochers déserts?

DEUXIÈME CORSE

Un jeune aiglon (|ui plane dans les ;iirs.

PliKMIEi; (dliSI,.

(Juand Tombre du manteau d'un maître Passe enln^ le soleil et nous, Qu'importe un enfant qui peut-éln' Doit traîner sa vie à genoux?

DKIî.XnblK COKSi:.

Ami, Dieu seul renverse et fonde.

iS'e peut-il, lui (pii la défend,

Donner à la France un enfant, A cet enfant donner le monde?

PREMIER CORSE

Quel bruit soudain se mêle aux cris joyeux '^

DEUXIÈME CORSE

C'est le tonnerre : il ébranle les cieux! »

i;E(iYrTlEi\NK.

Aiii :

(( Descendez tous deux de monture, Enfants, sous l'arbre du chemin.

Vous semblez Grecs par la figure • Je veux lire dans votre main.

.losEPir.

Seriez-vons la vieille Egyptienne ' Que notre évêque veut bannir?

l/ÉGYPTIENNE .

Oui ; point de Corse (jui ne viennt^ M'interrogei- sur l'avenir.

NAPOLÉON

Je veu\ la ('(nisidler, mon Uvw.

" On A souvent racnnlt' <}ii'uno Egyplienne avail iiivdit ù \aijol(k)n, joiino alors, los miracles de son immense forluno; on en a dil .tiilaiil île l'inipéralrii-e .lo^éphiue. [?iiilf de fit'-

I)F. BKir\:\(;Kr,.

]jC c'\o\ est pur ; mais c'est (Vou bas

Qifà présent partira la foudre.

\'oyoHS t;i main, mon enfant, et crois-moi, (JuamI je dirais : Tu seras plus (lu'un roi.

NAPOLÉON

Je me fie à \ otre science ; Eîiîyptienne, voici ma main.

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