‹ Dernières chansons de P. J. de Béranger (volume 3)Chapitre 21 sur 97 · A MES AMIS · texte numérisé non relu

A MES AMIS

AiB :

Dix-neuf août 1 Dieu, quelle date!

Mes chers amis, à jour pareil, Je vins sur notre terre ingrate Traîner cinq pieds d'ombre au soleil Voyant, à l'heure d'apparaître, Mon bon ange saisi d'effroi.

Je fis bien des façons pour naître.

Mes amis, pardonnez-le-moi. Bis.

Mon ange me prête main-forte ; Mais, un docteur aux bras de fer*

* Ma mère souiTrit pendant plusieurs jours aTant de me mettre au monde, et ne put être déUyrée que par le forceps, (pi^on n*employait alors (jne dans les cas extrêmes.

De mon gîle forçant la porte,

Je sors comme on entre en enfer.

Pour moi quels tourments vont donc suivre

L'épreuve où je viens d'être mis?

Je crains déjà de longtemps vivre.

Pardonnez-le-moi, mes amis.

Mon bon ange alors me révèle L'avenir qui m'est réservé :

Gomme un pauvre joueur de vielle, Je chante en battant le pavé. Mon indigence est poursuivie, On m'emprisonne au nom du roi.

J'hésite à mener cette vie.

Mes amis, pardonnez-le-moi.

Mon bon ange m'annonce encore Pour mon pays de longs combats ; Une liberté dont l'aurore Se fond en brumes et frimas.

Un siècle nait^ qui rien ne fonde ; La gloire y tombe en désarroi.

Ohl que j*ai regret d'être au monde!

Mes amis, pardonnez-le-moi.

Mais en riant j'aurais dû naître, * Si mon bon ange eût dit d'abord :

L'amitié viendra sur ton être Verser Toubli des maux du sort.

Moi dont elle a séché les larmes, Moi qu'à son culte elle a commis.

J'aurais dû pressentir ses charmes.

Pardonnez-le-moi, mes amis. Bis.

Page 1