‹ Dernières chansons de P.-J. de BérangerChapitre 23 sur 119 · LA SIRÈNE · texte numérisé non relu

LA SIRÈNE

Am :

Les flots sommoilloiit on rivafîo;

An ciel brille nn lK*an soir d été.

l'Ins de bruit, tout dori sur la plag:e, Le vent, le travail, la Raielé.

lin sein de l'onde nn mol surnage.

Mol (|iie la nnil fen> redire an jour « Amour 1 ainonr! » (Biv.)

LIni dil ce mol ? l'.’esl la Sirène bneltani sa proii'an Imrd îles ean\.

Mallienr à relui qn'elle enlraîne ,Ins((n'à sa conche de roseaux 1 lléjà, pas à pas, sur l'arène.

D'elle s’appioche nn bel adoli'scenl.

En rongissanl.

« Accours, dil-elle, amour me presse ; Pour tous les cœurs j’ai des échos.

A moi d’euliardir la jeunesse ;

Je le soutiendrai sur les flots.

Écliappe au mors de la sagesse;

Qui ceint le front de st»s enfauls blafards De nénufars.

« L’Amour fait scintiller les ondes Où nous folâtrons sans souci.

Combien, dans nos grottes profondes. Tombent, cpii nous disent : Merci !

C’est dans le plus joyeux des mondes Que va te luire un éternel été De volupté.

« (ioûte aux plaisirs cju’on nous envie; Caresse mon sein palpitant ;

Cliez vous quelle âme est assouvie?

Vos feux n’échauffent qu’un iustaul.

Li vie, enfant, la douce vie .N’est parmi nous, qui savons ralliseï-.

Qu’un long baiser. i>

L’adolescent plonge dans l’onde.

Qui l’a revu? Nul depuis lors,

Mais qu’au soir la Sirène immonde Chante encor rainour sur nos Iwnls,

Une voix, qui n’est plus du monde.

Crie aux passants saisis, trendjlants d’eltroi : « Priez pour moi. »

DF.It.MKIIES CHANSONS

LKS ROIS

Ain : C’('«l il n-.oii iiiiiilrr en l'arl île pbiri'.

Jo rrnins la foule (pii se presse;

Je Iremhie à ses milliers de vois.

Une fée a, dès ma jiMinesse, liondnil mes rèv(‘s dans les liois.

I,à mon eœnr, pris d(' peine amère,

A respèrance était rendu, domine un oiselet (|ui; sa mère lleporti’ au nid ipi'il a pi'idn.

Sons nos toits mon âme (■lonflèe.

Hors de i’aris cliercliant de l’aii',

A -Meudon iveul d'une fiV,

Moi jeune encore, un don bien cher.

l'auNTi' et brillé de longues fièvres.

.V l’onibre j'y rêvais un jour, fluand la fée humecta mes lèvres De chants de plaisir et d’amour,

Fontainebleau, forêt splendide,

One je fus riche en parcourant.

Avec ma fée au vol l’apide.

De tes rois l’onibi at;e odorant !

Aux princes la cour et ses pompes ;

Mais ces bois, à qui donc? — « Au roi. »

— Au roi! Non, "arde, tu te trompes :

Tons ces beaux arbres sont à moi.

DE liÉHAiVCEU.

Kir.

Roulof^nt', au déclin de mon âge.

Je viens revoir tes verts abris.

Victime de jilus d’un orage.

De vains regrets je m’y uouri is.

\'ers moi la fée accourt encore ;

X mes maux elle ôte leur fiel,

Kl fait briller comme l’aurore Dans mes |ileurs nu rayon du ciel.

« Je viens le consoler, dit-elle ;

Forme un souhait, fùl-il d’amour.

— (l’est le sommeil, chère immortelle,

(,)u’on demande au soir d’un long jour.

— Voudrais-tu que je t’enrichisse?

— Non ; reimui pourrait m’assaillii’.

— \eux-tu que je te rajeunisse?

— Non, je craindrais trop de vieillir. .. '

Je veux un lout petit domaine Pour y planter de lieaux couverts :

Pour qu un vieil ami s'y promène A l'ombre, en me lisant scs vers.

Jusqu au ciel mes arbres atteignent Bien vite; et, dans leurs gais penchants.

Mille oiseaux, chaque jour m’enseignent Comment meurt le briiil rh* nos chants.

A mes vœux elle va .se reu Ire;

Je l'arrête. O rêve insensé!

.Sai.s-je si j'ai le temps d’attendre Ou’un rosier même soit poussé !

DEP.MÈllES CHANSONS

(]es bois ni'uriienl un dernier gite.

Au vieillard, las de son fardeau, Sous ce tremble qu’un souffle agile, lionne fée, élève un tombeau .

Page 1