‹ Dernières chansons de P.-J. de BérangerChapitre 24 sur 119 · LE MERLE · texte numérisé non relu

LE MERLE

Aib •

Au printemps, sous un vaste ombrage Où muriniiraient de frais ruiss(Mnx,

Je pris ma lli'ile de roseaux.

Présent magique d'un vieux sage.

A sa voix, un peuple d'oiseaux Vint m’entourer de sou ramage.

Ils sautaient.

S’ébattaient, tloquelaient Et ebantaienl,

LhanUiienl,

r.lianlaiiml.

Rossignols, loriots, fauvettes.

Merles, iMiuvreuils, linots, pinsons, tiédaul au po\ivoir de mes sons.

Tous, jusqu’aux folles alouelles.

Venaient, pour prix de leui-s ebansons.

De mon i»aiu iM'cqueter b's miettes.

DK BKUANGF.R.

Ilifi

Ils saillaient.

S’ébatlaient,

Hoquetaient Et chantaieiil,

Clianlaient.

I '.liant aient .

•l’avise un merle qui Iwbille ;

« Merle, pourquoi fuyez-vous tous,

(^UuukI moi, lionliomme, auprès de. vous Je me (glissais dans la charmille ;

Moi, qui trouve vos chants si doux,

(Jui suis presque de la famille? »

Ils sautaient,

S'ébattaient.

Ho(|uelaient El chantaient,

Chantaient,

Chantaient.

„ — piiMi donna l’air, la terre et l'onde, Dit le merle, aux seuls animaux.

Nous y vivions exempts de maux ;

Mais chaque race trop féconde Poussa tant et tant de rameaux,

(,»u'ou éloulïa dans ce bas monde. •

Ils sautaient.

S'ébattaient,

Hoquetaient

1W IiERMf’.KES CHANSONS

Et clianlaienl.

Chantaient ,

Chantaient.

« Dieu s’y prit en père économe ; ti’est trop de bêtes à la fois.

\ quelqu'un transmettons mes droits; tjue, sanfîiiinaire et gastronome.

Il en tue au moins deux sur trois.

Parlant ainsi, Dieu créa l’Iiomme. »

Ils .sautaient,

S’ébattaient,

Coquetaient Et chantaient,

Chanbiient,

t^hantaieut.

U Depuis lors, rois de la nature.

Nous vous fuyons épouvantés Pour nos joui*s et nos liberté-.

De tout grain vous faites mouture; Souvent même à vos majestés l.e rossignol sert de pâture. »

Ils saulaieul.

S’ébattaient,

Coquetaient Et chantaient,

Chantaient,

Chantaient.

UE IIÉKA.NIIEI!.

" MitIo, uublioiis nos droits coiili'iiii'o, Ibs-jc, ol, !,M-àce:t mon lalisniiin, AiiiK'z-niüi, je suis bon tyran.

>\tns souri de vos lois aj^raires.

.\e me fuyez plus; eroyez-m’en .

Oiseaux l't poètes sont frères. »

Ils sjuilaienl, •Sebaltaient, Ooipietiûcnt El cliantaienl, Obantaienf, bhantaienl.

A ces mots, mâles id femelles •Me viennent Ixjiseï' à <|ui mieux; Le merle criant : i< Ce bon vieux Nous fei a des chansons nouvelles.

Pour ((u’il s’èlev.àt jusqu'aux ciciix, llieu lui devrait donner des ailes, r

Ils sanlaieni,

S’ébattaient , enquêtaient Kl chantaient,

ChaidaienI,

Chantaient.

lus

llKliMEHES UIA.NSU.NS

LA JEl-NE FILLE

C11A.\S0.\ ll»VU.t

IJ'üù iiaissenl iiu-s loui'uicnts? Dieu veiil-il (|ni- je meure, A (iiiiiize ans, gniiide cl In'lle, en de vafj;ues ennnis?

.le dors sans re|)oser; je m'éveille et je pleure;

Mon Iront révèle an jour le IronMe de mes nuits.

Au lieu du lon^ sommeil si [taisilile à mon â;;e.

J'ai des songes eonfus on je me sens brûler.

Ils sont en vain pour moi d’nn funeste jirésa^e ;

Je n’y puis l’ien eompnmdre et je n’ose, en parlei'.

J’ai la'rdu cel éclat dont s’enivrail ma mère,

(Jiii n’a (pie ses baiseiss pour calmer ma douleur.

Mais pourquoi les vieillards me plaindre avec, mystère ' l’oui'quoi les jeunes gens rire de ma pâleur ?

Je rêve, et nul objet n’occupe ma pensé-e;

Toujours quelque li'ayeur sur mes sens vient agir.

Le coupable a-t-il donc Tâme plus oppressée?

Un coup d’œil m’èinbarrasse, un mot me fait rougii'.

A l’église où je cours, ma main souvent oublie L’eau qui peut de l'enfer conjurer les desseins;

|>K iiKi!Ai\r,i:i\.

;iux vuix itii chœiii', ma voix meurt afTaiblie, Kl j’éfoute en pleurant eliauler les hymnes saints.

Fiieu (|ue dans ses apprêts la parure me |iése. .'^uis-je parée eutiu. je voudrais l'êlre mieux;

Kl je sens (|ue mon eœur a Is'soiii rpie je plaise, Sans li'ouver doux ]iourlaul de jilaire à tous les yeux.

l'oiir mes oiseaux chéi-is je irai plus de caresses;

Je ué>,dif>(‘ mes fleurs, je |•('püus.se mou cliieii. Verrai-je ainsi linir mes premières tendresses? Hieu m'a-l-il (•.oudamm'o* à ne plus aimer l'ieu?

■Mais voici rêlrau;;ci' dont la voix est si tendre. Hier, sous la reuillée. il a suivi mes pas.

.Seul, il chaule et soujiire. Apiirochons pour entendre Si du mal tpie j'épi'ouve il ne se plaindndi pas.

LKS KAGKS

CO.XTI-: Aium:

Am : AiU'i j.nlis un gi'aiul jii'iipliclc.

Dans Bassora, séjour perlide, rte trop d'amis environné,

Ben-lssa, cœur bon et candide,

Un jour s’éveilla ruiné.

ta

ItKRMKREN CHA ASOAS

Li- |H'u qui lui rosie, il le doiino Un vieil iiveufîle en son chemin l/imi>lore; Issa lui l'ait l’aumône, (ju'il ira demaufler demain.

U’élail dans le temps des f^énies ; Voilà bien tiois cents ans de ça.

L’un d’eux, connu par .ses manies, .Vlocb, aux yeux verts, aimait Issa.

Pourtant, soit caprice ou système, Issa n’en jieut obtenir rien • Que pour obliger ceux qu’il aime ; .Même il y doit mettre du sien.

Qu’importe .Mocli et ses l icbesses 1 Son seul espoir, Issa l’a mis Dans ceux qu’il combla de largt“sses; Mais le lemits pass«‘, et |)lus d’amis.

S(Md accouru, Mah'ck demande Qu’à son aide Issa vienne encor ;

Par le c;»di mis à l’amende.

Il lui faudrait huil bourses d'or.

n Issa, dit-il, crains l'indigence; n Recours à Mocb datis nos revers, c El Ben, toujours pris d’obligeance.

Crie : « A moi, génie aux yeux verts ! »

Mocb apparaît, prend le l.anguge n’un juif et dit ; « Ben, tu sauras " Que je prête à qui m’oITre en gage V OEil ou dent, jambe, oreille ou bras.

DE BÉKVNOEr,.

K Sans ilouleiir, sans fièvre ni plaie,

« D’un mot j'extrais mes ré|)ondanls.

'< Ton compte est fait d’avance ; paye.

« Huit bourses d’or valent huit dents.

Il — Huit dents! c’est tout ce qu’il m’en resle. ■I — Qu’en peut faii’C un ^rçon rangé?

« Ton menu devient fort modeste;

« D’ailleurs, lu n’as que trop mangé.

« Allons! viens, que je les arrache ;

« ll’est fait ! 1) Et le brave éflenté Donne à Maleck l’or, et lui cache I,es besoins de sa pauvreté.

De ce marché le bruit opère ; l*n'‘s d’issa les ingrats qu’il lil lleviennent tous. Chacun espère Le mettre en gage à son profil.

.Moussa, ()ui trafiquait en Herse, l’erd sou vaisseau sur un écueil.

Pour remettre à flot sou conuiien e, A Moch Bcn-lssa livi'c un œil.

Hassan va marier sa fille ;

.•sans dol commeul la présenlei-?

On Halte Isst dans la famille;

Il donne un bras pour la doter.

Pour Uussemi, qui veut il esclavage Racheter deux fils qu’il pleura,

Issa met une jambe en gage :

Sur ses amis il s’appuiera.

ll-i ItEHMf:RKS CHANSOiSS

Mais laissfM’a-t-on à roi lioinino Rien do son corps ayant valeur?

Siuivoz de leuisi mains (|uel(|iie somme, Los ingrats crieront an volonr.

Tous ((uatre on les entend se dire :

(juo faire il'im linrgne im|wlenl?

\'oyez le dégoût <)u’il inspire.

11 faut le saluer pomtanl.

• — Ah! dit Maleck, j'ai res|>éraiice « Que, grâce à moi, dès aujourd'hui, K Sans lui faire la révérence.

Il .Nous pourrons passer devant lui. •

11 coml, il crie : « Is.sa, mon pérel ■■ Ma femme a d'horrihles douleurs.

« Friéres ni soins, rien n'opére;

Il Mes yeux, s'éteignent dans les pleurs Il 4e sais un remède et la dose « Qui sauva la vie au sultan ;

« Mais d'or potahlo il se comirose » Et de perles plein mon tnrhan. »

Ben-lssa promet ses oi'oilles.

Moch aux yeux verts vient et prétend Qu'un prêt d(‘ richesses jtareilles Veut un gage plus important.

« S'il vous donnait cet œil qui brille, >> Dit Maleck. Mais l’estropié Refusa net ; « Par ma iH-quille î « Est-ce trop d’un œil pour un pied ?

IIE liKliA.M; Eli,

iir^

a — Ail! pour col œil sauve ma femme!

« Près de toi ne m’auras-lu pas?

« Jusqu’à la Mecque, oui, sur mon âme,

« Je jure de guider tes pas. »

L'œil est donné. Prenant la somme.

Tout chargé d’or Maleck s'eufuil,

S’enfuit et laisse le iiauvre homme A làtons errer dans sa unit.

« Tu vas tomber dans la rivière ! >■ Lrie un passant; « j’en ai pâli.

>< Issa privé de la lumière!

« Je le tiens! Viens, je suis Ali.

« Ali, tou compagnon de classe;

« Des jongleurs le plus gai. dil-on.

« Il t’offre part à sa besace:

« Il le servira de bàlou. »

Contre son cœur Issa le presse.

Dieu! voilà son bras rétabli!

Sa jainlie et si’s dents! quelle ivresse!

De ses deux yeux il voit Ali.

Même il voit les pâles visages Des quatre amis au cœur aflreux.

Privés chacun de l’un des gages l.)ue naguère il donnait pour eux.

Dans l’air apparaît le Céuie :

« Mou tils, jouet tie ces ingrats,

« Vois leur méchanceté ])uuit‘ :

« A toi l’or (pie tu leur livras.

m ÜERMKRES CHANSONS

a Qu'au bon Ali œt or profile;

« Vous vieillirez ensemble. Adieu !

I Faire le bien à qui mérite,

« C’est mériter deux fois de Dieu. »

Le couple heureux, Fàme attendrie.

Des quatre infirmes demi-nus S'éloigne, et Ben-lssa s'écrie :

« Ah ! que de pleiu’s j’ai retenus !

« .\li, porte-leur en cachette « Du riz, du miel et des habits.

« Qu'ils s'amendent! Par le Prophète

II Caillou touché devient rubis. »

LA TOl’RTERKLLK RT LR PAPILLON

Im :

LA TOCKiEIlKLI.K.

Vous, gémir, papillon charmant!

D’où vous jieut venir la tristesse?

Nature avec délicatesse Vous brode un si beau vêlement !

Des plaisirs vous êtes l’emblème.

Prés de la rose qui vous aime, ' Vous, gémir, papillon charmant !

LK l’APlLLON.

Tourterelle, chère aux amours.

Hélas ! j’ai perdu mon amie :

DE BÉnANGER. Iir,

Un enfanl l’a prise endormie Sur un lis, et voilà trois jours.

Tout m'est deuil, deuil sans espérance.

Qui sent mieux que vous ma souffrance.

Tourterelle, chère aux amours?

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