‹ Dernières chansons de P.-J. de BérangerChapitre 26 sur 119 · I. ARDENT · texte numérisé non relu

I. ARDENT

A r.\ AMI

\iij : \U*"iKhv-inoi sous l’ornHî.

Ami, viens à mou aide; l'rêltvmoi (111(1 cents francs.

L’argent, (|U(*1 sûr rem(!‘do Aux maux petits et grands !

En ville (d sons le chaume.

Trois fois heureux C(îlni Qui prodigue ce liaume .Aux sonITrances d’autrui!

L'argent ferait ma joie ;

Un ne le croirait («is;

Car rhonm'ur dans sa voie M'a guidé pas à pas.

Souvent, pivs d’un tel maître, •l’ai cru voir en chemin Le bonheur m’apparaître.

Ihie lioui'se à la main.

DEHMÈRES Cil ANSONS

n'esl jws l'soislc Uf l'ai'fîPiit sent le prix.

Dans son oi f;neil si triste Jean-Jacque en fait mépris.

Moi, je Ijénis la sonree Qui, traversant mon sol, IK'sallère en sa course (’.olomlie et rossignol.

Que coûtent ces richesses?

On me répond tout bas :

Tn crime ou îles bassesses, l’i'ince, je u'en veux pas.

Non; l'argent, quoi qu'on dise, .\'es( point lave d'enl'ei- .

(’.’esi iKUine marcbandise ;

Mais on le vend trop cher.

De prix, un jour, s'il liaisse, A Dieu plaise ordonner Qu’eiilin je me repaisse De milliards à donner.

Les sols, dont j'aime à rire.

Verront si je m'entends A faire la satire Des riches de mon temps.

Dieu n'en voulant rien faire.

Ami, sois mon banqniei-,

Alix étais je préfère I,e commode papier ;

ni: ui;n A.NCKii.

(In doux papier de soie Qii'liélasl trop peu souveul La fortune m'envoie.

Kl (pi'einporle le veut.

l'AM'HÈlSMK

\ IN V.NCIK.N l'HOfMKTK S A I N T-SI M O M i: V

Un (le la l‘i(i« de Uiliai .

Salut et f,doire.. ù mon prophète!

Ton front rayonne, et devant loi Toml)e le Christ, dont la iléfaite Va nous valoir une autre loi.

Toi (pii sais Dieu, l'homme et notre àiin*.

Prends ma table pour Sinaï ;

Parle, et ta loi, je la jirorlame Au bruit de vingt bouehoiis d'a'i.

Chantons un hymne à la matière,

(due tu rétablis dans ses droits.

Ta loi l'institue héritière De tous les cultes à la fois, la* pape en déchire sa rolie,

.Mahomet n'a plus ftai ni lieu.

\ ivat! nous verrous sur le glolie l'on dieu régner, s'il plaît à Dieu.

nF. HMKRKS CH ANSONS

Tu divinises la nature;

Épifure aulrel’ois Posa.

Lucrèce a tenté l’aventure Dont l’honneur reste à Spinosa.

Finis la statue ébauchée;

Rends-la plus belle, orne-la mieux.

C’est la matière endimanchée (lu’un panthéisme inf;éni(!ux.

Mais, vieid dire un vieux moraliste,

La matière a vaincu sans vous.

Reine de notre âge égoïste.

.\ous lui devons mœurs, lois cl gcuïls.

Pour faire action méritoire.

Mieux vaudrait, apôtres nouveanx, Fnrayer son chai' de victoire Que d’aiguillonner ses chevaux

\dlre Dieu, flisent les sceptiques.

S’il vit en nous, à l’ètre humain Dut montrer, dès les temps antiques, Le but, la Iwrne et le chemin.

En vain donc la raison s’éveille;

,\u progrès l’homme aspire à tort ;

Il essaime comme l’al)eille.

Il bâtit comme le castor.

Le poide f|u’un souille agite

Crie : Eh quoi! l’âme, à notre mort.

Sans mémoire, de gîte en gite.

Entre au hasard, pleure et puis sort!

DE BÉHA.NCER.

Pl’osliliiée et vagalwiule,

Quoi ! cette àine, esclave ici-bas,

N’a point de ciel où fuir un inonde Qu’elle sent crouler sous ses pas!

Le Très-Haut, l’écrit un saint prèlre, Hoi des cieux, est notre soutien.

Ce üieu seul à tout donna l’être;

Tous les germes sont dans le tien.

A Tun on va par la pensée;

Vivants ou morts, l’autre est en nous.

De l’un Tâme est la fiancée;

De tous les corps l’antre est l’époux.

Prophète, ces gens déraisonnent.

Ils prédiront, dans leurs regrets.

Qu’au sol où les tyrans moissonnent Tou culte fournira l’engrais.

l’Ius d’un républicain le pense, .Vveugle qui préféré encor .\u panlliêisme à large panse l.e mysticisme aux ailes d’or.

Ne connais-tu pas Don Quichotte',' \oilà l’esprit pur, lance au poing.

Son écuyer boit, mange et rote ;

C’est la chair en grossier pourpoint.

Pour que Sancho nous moi'ali.se.

Entre la broche et le cellier.

Sous les dalles de noli'e église l’nlerrons le pi-eiix chevalier.

lis

I(F1imi;uf.s chansons

(iloiro an firand l'an! qu’il soil féticlir, Loup, Itœnr, illis. sin«c, |■‘lépl^inll ;

(Hi'il soit cfl ülyinpe si ridte Ko syiiilxilt’s d'iiii iiioridc onfaril.

(,)u‘il soit l'hallns! Vois, ô mon maitirl Los fi'ti’s (|oi vont avoir lieu.

Ile Ion llieu que de dieux vont nailro!

Puisqu'il est tout, tout sera Dieu.

.WIS

\m : Te mn&;i»lral in‘i^\»rorhal»l«’.

.( Ronheiir, faut-il que je tinisse Sans t’avoir jamais rencontré ? " Disait, mourant dans un hospice.

Fil pauvre obscur, quoique leltir.

Tu doux fantéme à lui se monire :

(I .le suis le Bonheur; oui, c’t^l moi.

.Sans s’en douter, tel me rencontre (Jui me suppose un train de roi.

.1 Tu m’as vu jadis au villa^'e.

Ta Suzette, qui t’aimait tant, r.’élait moi ; mais le mariage KItr.aya ton canir inconstant.

Favori d’une ch.âlelaine.

Tu délaisses, lier de ses lac;.

Le Ixiuheur en juive de laine Pour les plaisirs en falbalas.

DE IlÉRANOEIi.

« (IVlail moi, la tante si sage Qui t’eût légué, comme à son fils.

Au prix d’un court apprentissage, Négoce, lal)eurs et profits.

Le travail n'a pas qu’un mobile ; l'n noble but peut ranimer.

Sois, dis-je, un citoyen utile ;

Tu me réponds : .Te veux rimer.

U (l'était moi, lorsque l'indigence Déjà fustigeait ton penchant,

(le vieillard rempli d’indulgeiiia!

Qui t’oITrit sa fille et son champ.

Des cités l’ombre est délétére :

D’air pur, ici, viens t’enivrer, ï’ai-je dit; cultive la terre, l u réponds : Je veux l'éclairer.

« DevanI tes pas fuyail la gloire:

Moi. sans bruit, tapi dans un coin.

Souvent encor, tu peux m’en croire.

Je l'ai fait des signes de loin.

.Mais à les erreurs plus de trêve.

Hl. sans in'ac<-oi'der un coup d’œil.

Tu cours au galop de ton rêve.

Qui te jette au bord du cercueil. »

L'homme s’écrie ; « Ah ! plus de doute !

Oui, Bonheur, mon orgueil à jeun T’a traité parfois, sur sa roule.

Comme ui) mendiant iinporluii,

nF.llNIKIIRS CHANSONS

Mais Dieu vent, fiu’aiiiourd’hiii je meure, Puisque enfin je le trouve ici.

Notre dernière heure est ton heure.

V'iens me fermer les yeux. Merci ! »>

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