‹ Dernières chansons de P.-J. de BérangerChapitre 7 sur 119 · DE PROFUNDIS · texte numérisé non relu

DE PROFUNDIS

mon ANN I VF, HSA ire A FO N T I N F. B L E A U

\in «tes \ma/on>^>.

« (Juiller Paris, quitter le monde,

E’esl mourir, » m’a-l-on dit cent fois.

Or, <lans ma retraite profonde.

Je suis mort, du moins je le crois. {Bis.) D’un trépasst* prenant le caractère,

Je tiens mon gîte au.\ indiscreLs muré.

Me voilà donc comme à cent pieds sous terre. | De profundis! car je suis enterré. ]

Bis.

Je vis en mort tranquille et sage Dans ce coiu ciui me va si bien; Esfiérant, moi qui sais l’usage.

Que l’oubli sera mon gardien.

.Mais que de moi l’arnitié se souvienne Pour chaque nœud qu’avec vous j’ai sén é.

A mon tombeau (|ue souvent elle vienne.

De profundis! car je suis enteriv.

DE BÉRAAGER.

Je-conçüis qu’on s’immortalise; Pourtant cela devient banal ;

Et lettre d’ami, quoi qu’on dise,

Vaut mieux qn’article de journal.

Laissons la gloire apposer son parafe Sur maint brevet par des sots délivré ;

Mes vieu.x amis, faites mon épitaphe.

De profundis! air Je suis enterré

La's morts ne se dérangent guéres ; Venez donc sans deuil ni souci, Narguant les lannoyeurs vulgaires.

Boire au défunt (|ui gît ici.

Pins ne m’arrive un soupir de colombe ; Plus un seul vers par Lisette inspin*.

l/amitié seule a des flein s pour ma tombe.

De profundis! car je suis enterré.

Pourtant, loi’squ’ici je m’enterre.

Ne me croyez jias devenu

Fou misanthrope ou sige austère.

Contre son siècle prévenu.

Avec le temps si mon esprit plus sombre Voyait en noir, sous un ciel azuré,

Soyez, amis, indulgents pour mon ombre.

De profundis! car je suis enterré.

De pro-fundis! criait Lazaie,

Bèveur dans la tdinlie endormi.

Lorsque armé d’un pouvoir trop raiv, Jésus réveilla son ami. (Dis.)

liKll M KRKS UUNSU.NS

Au 1)01(1 de l’an oii tous je vous cüii\ie l'our mi sei vice à bas bcuit (y^'li'bi é. roniuie à Lazai e, ali ! l endez-moi la vie. ( /A’ /)»’o/’u«d(.s eai' je suis eiiliTi'é. j

LA riUSO.NNIÉRK

•\in ; (’.e Mu^islrut irréprochalile.

Platon l’a dit : l’àtne est captive Dans ce corps brut, obscur séjour, Prison véi itabic oii n'arrive Que lentement l’érlat du jour, dette Ame en qui tout est mystère, Souffrant du froid, souffrant du chaud, Quand l’édifice soi t de terre,

Soinineille au fond d’un noir cacliol.

Tandis qu’elle lan^uiil dans l’oinbre, ■Nature tente un sourd travail,

Kt fait ])oindre dans ce lieu sombre Le jour douteux d’un soupirail.

A la lueur ipii vient d’éclore.

Se cirant un vaste horizon, l.a pauvre Ame longtemps encore Se heurte aux murs de sa prison ;

Mais ('nfin s’ouvre une fenêtre ;

Llle s’y ciamponne en riant.

DE BÉRA.NGER.

Salut, printemps qui viens de naître! Tout brille aux feux de l’Orient.

Ces bois si verts, ces eaux*si belles.

Ces monts géants, l'honune en est roi.

Toutes ces fleurs, pour moi sont-elles ?

lous CCS fruits, seront-ils pour moi?

De la prison d’abord si noire Le faîte devient radieux.

L’âme en fait un observatoire Lt de là plonge dans les deux.

Tant d’astres soulèvent les voiles Du Dieu qui leur trace un diemin.

Je me noie en ces flots d’étoiles :

Dieu puissant, tendez-moi la main.

Mais l’automne touche à son ternie ; Déjà le ciel s’est obscurci.

L’observatoire alors se ferme.

Hélas! et sa fenêtre aussi.

Quelque rayon, qui meurt bien vite, Frappe encor des murs délabrés.

Puis du cachot, son premier gîte, L’àme redescend les degrés.

11 en est ainsi pour la foule A l’âge de caducité.

Mais enfin la prison s’écroule ;

L’àme s’envole en liberté.

De nouveaux fers Dieu la prései ve !

Et j’ajoute à mon oraison :

ItKll.MÉRES (;HA^SU^S

SS

• Failes, mon Dieu, quelle eonscivc Le ï-ouvenir de sa prison.

AlilKT TARIS

Am .

Taris iiTa eiié ; Reviens vile!

Sarliuns si ta voix a faibli.

Cesse an loin de vivre en ermite ; Reviens chanter ou cniins l'oubli.

J'ai répondu ; Dans ta mémoire,

Taris, laisse mon nom périr.

Ln vain ton soleil fait mûrir Cr.mdeur, plaisir, richesse et f^loiie;

Ici Téebo me dit tout bas :

Ne t'en va pas. (Bis.)

(Ju'en dites-vous dans ce feuillage.

Oiseaux qu'aux temps froids je nourris ?

— .Nous disons : Vive le village !

Connait-on l'aurore à Taris?

Elle entr'ouvre ici tes paupières An chant des linots, des pinsons.

.A nous tes dei niéres chansons,

A toi nos chansons printanières.

El puis l'écho redit tout Ikis .

N’e t'en va pas.

Qu’en dites-vous, fleurs dont j’étanche La soif au déclin des longs joui-s?

— Que sagement ton front qui penche A brisé le joug des amours.

Plein d’une tendre souvenance,

Cultive en paix nos doux présents;

.\ous garderons à tes vieux ans Pour chaque jour une espérance.

Et puis l’écho redit tout bas :

Ne t’en va pas.

Qu’en dites-vous, flots de la Loii'e, \M)isius du seuil cher à mes goûts?

— Que dans leur cours fortune et gloire Sont plus variables que nous.

Pour qu’en ton sein la peur redouble Au moindre songe ambitieux.

Vois ce fleuve capricieux ;

Plus il monte, plus il est I rouble.

Et puis l’écho redit tout bas .

■Ne t'en va pas.

Qu’en dites-vous, vous ((u’à mon .âge .l’ose planter, arbres naissants?

— Que du soin mis à ce bocage Tu nous verras reconnaissants.

Des maux d’autrui l’àme oppressée, Quand tu rêveras dans ces liinix,

Grands alors, nous pourrons des cienx Montrer la route à ta pensée.

Et puis l’écho redit tout bas .

Ne l’eu va pas.

40 DF.BMf.RF.S CHANSONS

Arbres et flots, oiseaux et roses,

Oui, je vous crois; adieu Paris.

Je m'amuse aux plus simples choses.

Quand je pense à Dieu, je souris.

Que me faut-il? Un peu d’ombrape, Quelques pauvres pour me bénir.

Et, pour le long somme à venir,

Ee cimetière du village.

.Aussi l’écho redit tout bas :

i\e t'en va pas. {Bis.)

Page 1