LETTRE XVII
Saint-J. d'A. ., 16 novembre 1857.
Mademoiselle,
Lorsque j'appris par les journaux que vous étiez partie pour le Midi, allant chercher un climat plus convenable pour l'état de votre santé, je m'empressai d'écrire à M. Empis pour lui indiquer un moyen plus curatif, qui, depuis quarante-six années, ne m'a jamais fait défaut, même parmi les malades abandonnés de leurs médecins. J*aime à croire que ce monsieur vous porte assez d'intérêt pour vous avoir transmis les prescriptions ; dans le cas contraire, je suis tout à votre disposition : mais, malheureusement, on ne peut pratiquer le traitement avant le mois de mai prochain ; votre santé est trop précieuse à votre famille et à la France, qui est à bon droit fière de sa sublime Rachel.
Croyez-moi, mademoiselle, les médecins d'aujourd'hui ne professent plus l'art de guérir, mais celui de s'enrichir aux dépens de ceux qui souffrent.
Comme rien n'est impossible à Dieu, consultez une somnambule, si vous en avez près de vous de bien lucides. Autrement, envoyez de vos cheveux à madame Morelle à Niort (Deux-Sèvres), qui vient, en août dernier, de guérir un jeune soldat de l'armée d'Afrique, qui n'avait plus qu'un poumon. Cette dame a prescrit elle-même le remède écrit dans son sommeil ; comme il pouvait répugner au malade, on l'a administré par le bas.
Je ne suis pas médecin ; mais le frère de mon père, ancien religieux de la charité, et, en 1798, chirurgien en chef de l'armée des Pyrénées, m'a laissé un cahier où il a décrit toutes les prescriptions utiles à l'humanité. Ayant trouvé dans l'industrie une aisance qui me permet de livrer tous ces secrets sans accepter la moindre rétribution, je serais, quoique septuagénaire, disposé à passer dix ou douze jours près de vous, temps suffisant pour votre complet rétablissement, si votre santé laissait encore à désirer i\ cette époque.
Daignez recevoir, etc ,
* F. Fromy.
Ancien président du tribunal de commerce.
Ce traitement, renvoyé au mois de mai, piqua notre curiosité. Nous écrivîmes à M. Fromy pour lui demander s'il désirait livrer son secret à la publicité. M. Fromy nous lit la gracieuseté de nous répondre deux lettres, desquelles nous extrayons les passages suivants :
J'ai déploré, comme tous ceux qui l'ont connue, la fin prématurée d'une aussi célèbre personne que mademoiselle Rachel. Personne ne la pouvait guérir sans employer le traitement que j'avais indiqué à M. Empis, et qui' son orgueil n'a
pas permis d'utiliser ; car, sans le magnétisme, auquel j'ai la plus grande confiance, la phthisie pulmonaire est incurable par les remèdes employés jusqu'à ce jour.
Les personnes atteintes de cette indisposition devront se lever à quatre heures et demie du matin, se bien couvrir des pieds à la gorge, et faire par un temps sec (le vent et la pluie étant contraires), une promenade d'un kilomètre ou deux, et revenir se mettre au lit, où elles resteront une heure ou deux. Chaque jour on augmentera la distance. Après dix à quinze jours, on est radicalement guéri ; par la transpiration, la chemise est mouillée; on éprouve un bien-être indicible. Si le malade ne pouvait marcher, on se sert du cheval de selle ou de la voiture, le résultat devient le même ; le sang se porte a l'épidémie et la transpiration s'établit. Ce résultat obtenu, la guérison est complète. Tant qu'à la nourriture, il faut s'abstenir de viandes salées et épicées. Vous le voyez, monsieur, tout cela est fort simple; mais je dois vous l'observer, la personne atteinte de la phthisie éprouve une grande contrainte pour se lever aussi matin. La femme d'un de mes amis de Rouen criait, pinçait, mordait son père ou son mari lorsqu'on devait l'habiller. Abandonnée du premier médecin de cette localité, elle fut guérie en douze jours. Cette dame, qui depuis a perdu son mari, m'a dit avoir sauvé plus de cent personnes. Inutile d'aller à Hyères ou Nice. Vous devez donc faire connaître les prescriptions, car vous sauverez cinq cent mille personnes qui périssent de cette terrible maladie tous les ans.
Dans sa seconde lettre, M. Fromy s'exprime ainsi :
La précipitation avec laquelle j'ai répondu à votre lettre depuis quelques jours en retard, m'a fait oublier plusieurs avis que sans doute votre expérience eût devinés, mais que, pour l'acquit de ma conscience, je dois vous transmettre. Il paraît que le moyen curatif, employé par mon très honoré oncle Grégoire Fromy, tient un peu de l'homœopathie, puisqu'une suppression de transpiration ne se guérit que par la
sueur produite par la locomotion qui porte le sang à l'épiderme et rétablit l'équilibre, car la personne atteinte de la phthisie périt par l'excès de la transpiration qui est le produit du sang changé en eau. Il faut dire que, pendant le traitement, qui ne doit se faire que par un temps sec et chaud, le brouillard du malin n'est point un obstacle s'il est exempt de pluie.
Le malade devra changer de chemise, qui est presque toujours mouillée ou humide, et quand il sera habillé, bien cou vert d'un caban ou manteau, voire même un cache-nez, il se mettra en marche. Il peut prendre, en se levant, du lait de vache ou de chèvre sortant du pis de l'animal. Si le temps se met au froid ou à la pluie, on interrompt le traitement, et il arrive que la guérison n'est pas retardée.
L'an passé, dans une circonstance semblable, une fille de trente ans ayant un poumon de moins fut guérie au bout de six jours, car, après avoir fait 2 kilomètres, sa chemise était mouillée comme si elle fût tombée dans l'eau. Trois jours après, elle lit a pied près de 5 kilomètres sans sueurs ni fatigues.
Le phthisique est impatient, colère, a la peau sèche comme un vieux parchemin. Avec les prescriptions que je vous indique, avec une maison de santé, on ferait une fortune rapide. Néanmoins, il y aurait plus d'honneur à en donner avis dans des livres de médecine : que de familles vous béniraient! Car, vous le voyez, chaque mère peut traiter son enfant dans sa maison, et se procurer le bonheur de le rendre à la \ ie.
En 1849, j'envoyai à M. Jobert de Lamballe la recette d'un onguent pour la gangrène: même dans les mois les pluschauds de Tannée, mon oncle faisait faire peu d'amputations, tant il était certain de son remède.
J'espérais qu'avec l'autorité de son talent, M. Jobert aurait indiqué ce remède pour les hôpitaux et les armées, car, en me répondant par le retour du courrier, H s'exprime ainsi : « Au » nom de l'humanité, monsieur, je vous remercie, avant d'à-
» voir employé votre remède. Je sais qu'il est bon. » Hélas! la médecine n'est plus qu'un métier.
Recevez, monsieur, etc. F. Fiiomy.