‹ Derniéres heures de RachelChapitre 16 sur 19 · LETTRE XVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XVIII

M , 7 décembre 1857.

Madame,

Depuis que vous avez abandonné la scène du Théâtre- Français, les journaux nous ont donné quelques rares bulletins de votre santé, et, dernièrement, je lisais que, par ordre des médecins, vous aviez dû aller résider à Cannes où le climat pourrait avoir une salutaire influence sur l'affreuse maladie qui vous affecte.

Veuillez me permettre, madame, de vous adresser quelques lignes, et croyez bien d'avance, j> j vous prie, qu'il n'y a de ma paît aucune pensée de lucre dans mon offre.

J'ai habité Paris pendant quinze ans, et j'ai eu l'avantage de vous voir chez M. Véron. L'année dernière, je souffrais de la poitrine au point d'inquiéter vivement ma famille, et principalement mon beau-père, ancien professeur à la Faculté de Montpellier, lequel m'a fait venir habiter notre chère contrée des Aygalades.

Une vacherie a été construite avec un logement au-dessus, et c'est là que j'ai résidé pendant tout une saison rigoureuse, jouissant d'un air pur et tempéré par les montagnes qui nous abritent du mistral.

En second lieu, mon beau-père, le docteur Poujol, m'a ordonné des pilules qui avaient déjà produit les plus heureux résultats contre cette affreuse maladie, et, vous le dirai-je? madame, sans provoquer chez vous un sourire d'incrédulité, je suis parfaitement guéri, ainsi que bien d'autres personnes condamnées par la Faculté, et à présent ma santé est plus robuste que jamais.

Il est \rai qu'une habitation au-tlessus d'une vacherie n'a rien du confortable auquel vous êtes habituée ; mais lorsqu'il s'agit de recouvrer la santé, avouez, madame, que l'on peut bien s'imposer pendant quelque temps une vie tant soit peu rustique.

D'ailleurs cette existence n'avait rien de répugnant pour moi ; les remèdes du docteur Poujol étaient bons à prendre, i'avajs une vie calme et muette dans ce vallon si ravissant des Aygalades ; et quoique très simplement logé dans notre petite maison de campagne, nous trouverions bien encore quelque place pour votre entourage.

S'il vous convient, madame, de voir mon beau-père pour causer avec lui, veuillez nie le faire savoir, et soyez assurée que le docteur Poujol s'empressera de venir à Cannes.

J'ai l'honneur, etc.

FOULQCIER DE LA \l Ht M i: Il li

Voici une lettre île l'Italien Lorenzo Giordano. Elle a été adressée à Rachel en langue italienne, mais avec une orthographe et un style tels que nous avons eu beaucoup de peine à la déchiffrer. Nous la traduirons, à très peu de chose près, mot à mot. Il y est joint un imprimé que nous renonçons à publier à cause de son étendue, et à analyser, parce que nous empiéterions par trop sur le domaine du docteur Griffus. Nous n'osons pas affirmer que M. Giordano soit médecin, quoique cependant il semble se donner ce titre dans la piquante lettre qu'on va lire :

LETTltli XIX.

Paris, le 8 novembre 1857.

Mademoiselle,

Par le présent petit imprimé, si vouliez en quelles mains vous êtes, si vous avez une personne ici, qu'elle s'en informe à la marchande de bouteilles, E. Bascio, rue Saint-Honoré. n° 141 ; la même lui expliquera ce que l'homme ne pourrait comprendre.

Ennuyée par tant de médecins et de médecines, pendant cinq années, elle était résolue à ne plus rien faire, si ce n'est que penser à mourir. Une de ses amies l'a sauvée ; après avoir vu son mari sauvé d'une mort certaine et abandonné des médecins eux-mêmes, lui assure que ce médecin vous guérira vous-même.

A ce discours, la malheureuse, tourmentée, lui répondit : « Faisons encore cette dernière tentative ; amenez-le-moi. »

En quinze jours, elle guérit radicalement comme si elle n'avait jamais eu ces cinq maladies, toutes incurables. La même dira tout :

Et, de plus, l'abbé Chiavelli , saint prêtre de l'église Saint- Roch, à Saint-Honoré, connaît jusqu'à vingt poitrinaires.

Lorsque cette personne sera assurée, si vous voulez vous guérir d'une mort certaine, venez à Paris, et Lorenzo Giorilano vous assure qu'en vingt-quatre heures cesseront sur vous les tourments, et, après quinze jours , vous rentrerez entièrement libre à votre poste, comme si vous n'aviez jamais eu telle maladie. De même que j'ai sauvé plus de cinquante personnes de la même maladie pelrinera, leçon donnée à l'Académie de Paris et à l'Europe, et ces mêmes canailles me persécutent à

mort. Je les appelle ainsi et je les soutiens devant tel Irihunal que ce suit, s'ils en ont le courage.

Je vous salue, Lorenzo Giordano.

/'. S. Connue les sbires retiennent mes lettres, si vous voulez , adressez-la-moi par l'abbé Cbiavelli , à l'église Saint- Roch.

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