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chatouiller mes bras... A moins que, dans un de ces endroits, je ne vous épouse.
Et nous voici sur la grosse affaire qui vous occupe aussi, quoique vous ne m'en ayez jamais parlé : est-ce que nous allons nous marier? Je vous dis d'abord que cela n'est pas une question pour moi d'être beaucoup plus riche que vous : pour avoir un mari à mon goût, je jetterais volontiers à la mer tout l'argent que mon père a gagné à Chicago, en gardant seulement de quoi être bien habillée. Mais le mariage, ce sera justement, n'est-ce pas? vous permettre toutes les choses qui ne me font pas envie en ce moment. Donc, je n'aurai pas envie de me marier avec vous tant qu'il me déplaira de me laisser embrasser la bouche et chatouiller les bras : mais, dès que ces choses me feront plaisir, il faudra absolument que je vous épouse. N'allez pas croire maintenant qu'il soit utile de m'en parler et me le proposer toujours pour me le faire désirer : au contraire, je vous l'ai dit, cela m'irriterait, et je prendrais en horreur vous et le mariage. Alors?... Alors,
voici ce que je vous propose, après y avoir sérieusement réfléchi sur ma terrasse.
D'abord, vous serez un tout à fait raisonnable et gentil flirt avec moi, dorénavant; vous ne me demanderez plus de m'embrasser sur la bouche, vous n'essaierez plus de me toucher les genoux quand nous dînerons l'un près de l'autre, vous ne bouderez plus parce que je ne veux pas me laisser chatouiller les bras sur la terrasse du Casino. En récompense, moi, je serai toujours avec vous, j'aurai l'air de vous aimer beaucoup devant le monde ; je ne serai flirt avec personne autre, même avec M. Derwent, qui est si beau au bain. Puis, en moimême, je ferai tout ce que je pourrai pour désirer devenir votre femme. J'ai déjà essayé, l'autre jour, quand je vous regardais, au Mont Saint-Michel... Je vous trouvais très bien, très en forme, et je crois que j'étais justement sur le point d'avoir envie de vous épouser, quand tout à coup ma femme de chambre est entrée pour me coiffer. Mais, une autre fois, farriverai peut-être à ce que je veux. Il doit y avoir là une affaire d'entraînement et de practice, comme pour tous les autres sports.
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Allons, très cher ami, reprenez vos high spirits et venez ce soir, au Casino, me tendre la main. Personne, déjà, ne me plaît plus que vous : ne voulez-vous pas que vous me plaisiez tout à fait? Cela dépend de vous, et pour cela, il vous suffit de faire, par sagesse, ce que les hommes de notre pays font par paresse : ne pas tant vous offrir, et vous laisser un peu désirer. Ce serait pourtant un joli mariage que le nôtre, cher Robert?... Pensez-y un peu pour vous donner de la patience, et croyez-moi
Vôtre sincèrement.
Ethel.
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L'Infidèle
L'Infidèle
ertes, quand j'étais jeune fille et que je rêvais à l'avenir, au mariage, je ne m'imaginais pas femme d'un artiste célèbre. Tant de fois, dans ma famille, j'avais entendu dire de moi : <c Oh! Henriette... Elle n'est pas intelligente... Mais on en fera une bonne petite ménagère!... » Et l'opinion de mes compagnes de pension semblait également si bien établie sur... disons le mot, sur ma bêtise, — les maîtresses y souscrivaient avec une telle sérénité,
que, mon Dieu ! j'en avais pris mon parti, comme d'une infirmité inguérissable et visible, comme d'être boiteuse ou bossue, par exemple. Vrai, ça ne me faisait plus aucune peine. D'autant qu'à mesure que je grandissais, les gens, en me laissant toujours entendre amicalement que j'étais niaise, ajoutaient volontiers : ce Elle est assez jolie pour se passer d'esprit. » Moi, je les croyais; je pensais : « Peut-être bien, puisque je suis jolie, réussirai-je à trouver un mari. » Je souhaitais qu'il ne fût pas trop, trop bête; mais tout de même pas trop supérieur, parce qu'alors j'avais peur qu'il ne m'aimât pas longtemps.... Et voilà que mon mari, c'a été Jean, c'est-à-dire un peintre déjà célèbre quand il m'épousa, que les femmes du monde se disputaient, dont les journaux citaient les mots dans leurs nouvelles à la main... Il s'est mis à m'aimer en faisant mon portrait... Plus tard, il m'a avoué qu'en le commençant, il ne me trouvait pas même jolie; mes traits, si réguliers, lui semblaient dépourvus d'expression... Seulement, à mesure qu'il travaillait, à mesure que l'habitude des séances m'ôtait de ma