TEMPS HÉROÏQUES ' II
une de ces galettes sèches que sait façonner ma mère et dont vous étiez si friand. Je mordrai dans un coin, mon adoré, et vous mordrez d'abord à la même place, pour que vous pensiez plus ardemment à mes lèvres, après... Vous trouverez aussi, dans le même paquet, ce gilet de laine pourpre auquel je travaillais déjà jeune fille, lorsque vous me faisiez votre cour. Votre curiosité un peu jalouse s'inquiétait alors de la personne à qui je le destinais, et ma coquetterie s'amusait à vous en taire le nom. La vérité, que je n'osais vous avouer, c'est que cet humble ouvrage était fait pour vous. Vous m'aviez raconté combien le froid vous fit souffrir dans le Tyrol, l'an passé, vers la fin de la campagne, et comme je vous savais insouciant et téméraire, je m'étais promis de vous terminer un solide vêtement de laine avant le retour de l'hiver. Puisse celui-ci vous parvenir à temps pour vous préserver des rigueurs de la température septentrionale ! Je voudrais le rendre du même coup impénétrable au fer de l'ennemi. Quittez-le rarement; tissé par mes doigts, et tant de fois, depuis quelques semaines, mouillé
de mes pleurs, il me semble qu'il saura vous garantir.
Allons, il me faut vous quitter, pour ne point manquer l'heure de la poste et surtout pour ne point vous lasser de mon bavardage. Mon cœur se rompt une fois de plus, à la place où votre départ lui fit une blessure qui n'est point encore cicatrisée. Ah ! ne tardez point trop à soumettre ces barbares du Nord, et aussitôt revenez-moi, mon Apollon, car les forces de votre épouse ne sont point infinies, et une trop longue absence, sachez-le, la consumerait. Que ma pensée vous accompagne et vous soutienne parmi les assauts et les intempéries, et que jamais, surtout, elle ne soit pour vous une cause d'hésitation ou de défaillance; car je suis brave à ma façon, vous le savez; j'ai grandi au milieu des dangers de la patrie, puis de ses triomphes, et je vous aimerais mieux, je crois, blessé que vaincu.
Mais j'ai foi en votre étoile, mon héros, et je vous attends fidèlement, dans la maison où vous m'avez amenée, jeune fille, où par vous je connus
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les délices d'un amour partagé. Vous y reviendrez bientôt, j'en ai le pressentiment, et sur un lit de nouveaux lauriers vous goûterez dans mes bras le repos que méritent vos fatigues glorieuses. Adieu! aimez-moi! Moi, tout mon sang s'émeut de votre souvenir, et mon cœur ne se réchauffe que de votre pensée. Je vous aime et je vous baise, mon cher mari.
UV^E DES TUILERIES
Une des Tuileries
Écrit en 18^*.
N a tellement bouleversé, troué ou agrandi mon Paris dHl y a trente ans, que mes souvenirs tendres, ou, si Ton veut, mes remords, peuvent se promener sans émoi dans le Paris d'aujourd'hui : ils ne trouveront plus la maison, ils ne reconnaîtront plus le jardinet à grille de fer; à peine un nom de rue les réveillera, brillant tout blanc sur une plaque bleue; et encore, il y a beaux jours qu'on a démoli, puis
renouvelé la plaque, et le mur qui la soutenait. Une ville change plus vite que le cœur d'une femme : le mien garde l'image de tous les arbres du jardin, de tous les meubles de la maison.
J'ai souffert là, j'ai goûté violemment, aussi, la joie du péché, malgré ma conscience en révolte. Est-ce que les jeunes femmes d'à présent connaissent ces ardeurs et ces angoisses ? Aimentelles autant que nous avons aimé? Si les romans et les spectacles racontent fidèlement l'amour contemporain, vive notre temps à nous, au prix de celui-ci! Nous étions, je crois, un peu plus sottes que les petites personnes raffinées qui fréquentent les fiacres et les rez-de-chaussée, à la veille de 1 900. Mais nous avions, il me semble, plus de tempérament : tromper notre mari n'était pas une aventure sans importance, prélude ou prétexte à un divorce commode : on était pieuse; on pleurait sincèrement à l'église, pour les douces minutes de bonheur interdit qu'on avait eues... On croyait à la fidélité de l'ami et à la sienne propre ; surtout, surtout, on n'aigrissait pas l'amour, tout le
temps, avec des gouttes d'ironie. Décidément, malgré la renommée de « corruption » que l'histoire fantaisiste nous a faite, nous fumes seulement d'honnêtes nigaudes, vers 1868.
... Ces réflexions me viennent parce qu'à la minute présente, ma petite nièce Aline de Mougin, dont je suis la marraine et la confidente, est en train de faire son mari... ce que tous les mauvais maris comme lui sont voués à devenir. Je n'ai pas grand' pitié de cet efflanqué de Mougin, qui perd bêtement l'argent d'Aline dans les tripots et chez les filles cotées; mais, tout de même, il m'a un peu estomaquée, le mot d'Aline, hier, en me quittant :
— Tu sais, marraine ? C'est pour demain.
— Qu'est-ce qui est pour demain, chérie ?
— Eh bien! mais... Maurice. J'ai l'intention de choir dans ses bras, et ma vertu avec, sur le coup de quatre heures et demie. J'essaye chez Blanchet à six heures, mais si je puis m' échapper à temps, je viendrai te raconter comment la chose s'est passée. Ça me fera un alibi.
Et elle est partie en coup de vent, sans me laisser le temps de me remettre. Moi, qui Taime depuis l'enfance, cette confidence rieuse m'a laissée toute mélancolique. Aline me dit souvent : ce Marraine, tu es bien mignonne; mais tu n'es vraiment pas assez intellectuelle. » Ce qui veut dire (j'entends bien): oc Marraine, tu es une grosse bête qui crois à un tas de balançoires. » Faute d'intellectualité, sans doute, j'ai eu mes nerfs toute la journée ; je pense à cette petite qui déchire sa robe d'honnête femme avec tant de désinvolture, entre une visite et un essayage.
ce De la morale, marraine? » dirait Aline. — Non. Je n'ai pas le droit de faire de la morale à autrui. J'ai connu, moi aussi, ces épousailles secrètes auxquelles si peu de femmes, jolies et mondaines, ont l'héroïsme de renoncer. Mais je ne riais pas la veille, petite Aline, je te le jure; le programme de ma faute n'était pas, d'avance, inscrit sur mon carnet, et, jusqu'à la minute où je passai la grille, où la porte se ferma sur nous, où je fus emprisonnée dans ses bras, — jusqu'à i la faute même, je ne crus pas à ma faute... En
évoquant, après un si long espace de temps, ce que fut, alors, mon cœur, j'y vois une telle honte et, en même temps, une telle abnégation, tant de remords et tant d'ardeur, que je ne saurais mépriser la pauvre petite femnie, si amoureuse, si afFolée, si peu oc intellectuelle », hélas! qui commit, un matin, l'inévitable péché! Et lui! J'entends encore ses paroles, après : a Je suis un misérable, je vous demande pardon... » Comme je pleurais sans répondre, il ajouta : « Voulez-vous que je parte, que je quitte Paris?... » Êtait-il sincère? A coup sûr, il avait l'apparence et l'accent de la sincérité; et moi, du moins, je ne doutais pas de lui, et je ne jouais pas la comédie! Dans ce temps-là, la mode n'était pas de blaguer Famour, entre amants. On ne se moquait que de Tamour marié.
Toutes les folies, toutes les puérilités de la franche amoureuse, je les ai commises. J'en demande pardon au bon Dieu : s'il fallait recommencer ma vie, je voudrais des puérilités et des folies pareilles au cours de ma vie recommencée.
Certes, j'ai péché, j 'ai soufFert dans ma conscience, dans mon cœur aussi, car l'adultère ne saurait rendre parfaitement heureuse la femme qui aime véritablement : mais au moins j'ai été une femme, une amoureuse : il y a des instants de ce passé auxquels j'aurais pu dire, comme le Faust de Gœthe : a Arrête... tu es si beau!... »
Cela ne se paye trop cher d'aucune souffrance,
... Aline sort d'ici. Elle a tenu sa parole et observé son programme jusqu'au bout. En quittant son premier amant, elle a couru essayer une chemisette chez Blanchet, puis elle est venue chez moi. Elle gardait encore dans ses cheveux, mêlée à ses parfums ordinaires, une vague odeur de tabac.
f — Vite, m'a-t-elle dit en s' asseyant près de
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moi, que je te raconte... C'est fait. Je crois que je ne pourrai pas m'empêcher de rire en revoyant mon mari, ce soir... Ce que je suis contente, tu n'as pas idée, marraine!... Alors, n'est-ce pas, je suis arrivée chez Maurice à quatre heures tapant. C'est au rez-de-chaussée, rue Boccador. M™® de Brière demeure en face! J'avais un trac d'être vue!... Enfin, je sonne, Maurice ouvre, embrassades, tableau, tu vois ça d'ici. Il voulait tout de suite attaquer les bêtises; mais moi, tu comprends, j'ai tenu d'abord à m'assurer que tout était comme je l'entendais... j'ai fait l'inventaire du mobilier; rien ne manquait, parfait! Alors, j'ai eu faim; nous avons mangé un gâteau et bu une tasse de thé. Je crois, au fond, que Maurice était bien content de ce petit prologue; ça le mettait à l'aise; rien ne doit embarrasser un monsieur comme la dame qui se met à faire les yeux blancs dès que le verrou est poussé; pas?... (Elle m'embrasse.) Tout de même, comme je n'avais pas des masses de temps, il a fallu se décider. J'ai dit à Maurice : « Eh bien! voulez-vous nous débarrasser de la petite formalité ? — Je ne demande
pas mieux, a-t-il répondu. Nous passons dans la chambre, n'est-ce pas? — Ohl est-ce la peine?... Vous concevez bien que je n'ai pas le temps de défaire et de refaire une toilette... » Il est très gentil, ce garçon, il n'a pas insisté. C'est à peine si j'ai été obligée de me recoiffer un peu... Nous avons pris rendez-vous pour jeudi; j'ai essayé ma chemisette... Et me voilà... Eh bien! qu'est-ce que tu as, marraine ?
Ce que j'avais? J'avais envie de pleurer, tout simplement. Ma petite Aline, que j'ai connue enfant, jouant à la poupée, et qui a été pure et pieuse comme une autre petite fille!... Voilà ce qu'elle est devenue, rien qu'à respirer l'air de son temps et de son milieu. Un mauvais respect humain m'a empêchée de oc faire la bête » devant ce dévergondage. Je n'ai osé que cette question :
— Est-ce que tu as été heureuse, au moins ?
Elle m'a répondu paisiblement :
— C'est toujours moins ennuyeux que si ce n'était pas défendu. Mais vrai, je ne conçois pas qu'il y ait des femmes qui risquent leur tran-
quillité pour si peu. .. Enfin, j'ai un amant, comme tout le monde, mainienant. Et tu sais, Maurice est très apprécié. Il a lâché M™^ Rigaud-Desplanques pour moi, et toutes les cocottes de la bonne société lui font la cour. Et puis, la tête de mon mari, s'il savait!...
Décidément, Aline a raison. Je ne suis pas suffisamment intellectuelle; je ne comprends plus...
Oh t mon cher nid d'il y a trente ans, dans la verdure, en plein Paris! ma pente maison où j'ai crié d'amour et pleuré!... Tant mieux qu'on ait démoli vos murs, arraché vos arbres! Vous ne servirez pas d'abri aux froides saletés de pareilles marionnettes I
L^Invité
L'Invité
q4 zMonsieur Vahbé 'Binet, rue d'c4ssas, S, Taris.
E petit billet à la hâte et en confidence, cher abbé : mon cœur de maman heureuse ne veut pas attendre les quatre jours qui nous séparent de notre retour à Paris pour vous dire les bonnes nouvelles. Je crois que cela va, ou du moins que cela ira; avant la fin de l'hiver, ma petite Lucie sera casée, grâce à vous,
et dans les conditions les plus enviables. Combien je vous dois de reconnaissance pour être ainsi venu en aide à mon inexpérience, à mon isolement... Une veuve dont les enfants grandissent s'aperçoit vite qu'il faut, pour assurer leurs premiers pas hors de la famille, une autorité plus ferme, plus éclairée que la sienne. Les garçons, encore, il y a, pour les tenir, le collège, puis les grandes écoles : l'avenir de Maurice ne me préoccupe pas moitié autant que celui de sa sœur...
Maintenant que l'épreuve est finie, heureusement finie, je vous dois une confession : j'avais douté de son opportunité; il fallait tout le respect que j'ai de vos lumières pour m'y résoudre. Jamais je n'eusse admis dans l'intimité de notre vie de campagne un jeune homme aussi peu connu de nous que M. de Montivry, s'il n'eût été présenté par vous. J'avais peur que sa présence ne fût mal interprétée dans notre voisinage : la médisance n'est pas exclue des relations campagnardes, hélas ! Je me disais : a Ce beau garçon de vingt-deux ans ne passera pas facilement pour un
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ami de Maurice, si enfant, lui, tout rhétoricien qu'il est... » Vous m'avez donné confiance; vous m'avez dit: ce Je prends tout sur moi. » Etvous aviez raison. Le seul fait que M. de Montivry avait été amené par vous à Beaucourt, a imposé silence aux méchantes langues. On a trouvé tout naturel de le voir à ma table, de le rencontrer en promenade avec mes deux enfants et miss Jacobson. Chacun a apprécié la correction, la dignité de ce jeune homme. Il s'est fait adorer, ici, pendant la semaine qu'il y a passée. Il paraissait prendre autant de plaisir à tirer l'épée, à monter à cheval avec Maurice, qu'à déchiffrer du Liszt avec Lucie ou à causer science avec miss Jacobson. Sa politesse à mon endroit me rappelait les façons de mon pauvre cher mari. Quand j'ajoute à toutes ses qualités qu'il est riche, qu'il n'a ni père ni mère, et qu'il a été élevé sous vos yeux, je suis bien obligée de convenir, cher abbé Binet, que je suis la plus heureuse des mères et vous le plus avisé des directeurs.
Ma grosse inquiétude, quand j'ai connu les exceptionnelles qualités de M. de Montivry, fut :
Aimera-t-il Lucie? Et Lucie Taimera-t-elle ? Lucie est charmante, je ne me crois pas égarée par l'orgueil maternel, en disant: charmante... mais elle est si naïve, si simple! si incapable de toute coquetterie vis-à-vis des jeunes gens ! Elle n'est point de celles qui se jettent à la tête du premier épouseur venu, la chérie! Eh bien! entre nous, je crois qu'elle a fait, par sa seule grâce simple, une profonde impression sur M. de Montivry. Oh ! il ne le lui a point dit à elle-même, trop bien élevé pour se permettre une telle inconvenance; mais il s'en est ouvert discrètement à miss Jacobson, dont les quarante ans lui donnaient jcourage. Miss Jacobson me disait tout à l'heure encore : oc Avez-vous remarqué comme M. de Montivry, si correct d'habitude, était inquiet, nerveux, le jour de son départ? Cependant la vie de Beaucourt est dépourvue des divertissements que Paris garde à un jeune homme riche, et bien né. C'est donc qu'il laissait à Beaucourt un peu de son cœur!... » Évidemment, elle raisonnait juste : c'est une fille d'un grand sens. Quant à Lucie, elle n'a rien dit, elle, [ ni à son institutrice, ni à moi; et j'avoue que
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j'eusse fait de même à sa place, à son âge. Toute jeune fille honnête enveloppe de mystère les moindres agitations de son cœur. Mais je l'ai ob^ servée : elle se faisait gracieuse, sinon coquette, pour plaire à notre hôte; elle goûtait sa société; elle aussi est restée toute désorientée après son départ. En un mot, les choses sont en bonne voie pour aboutir où nous souhaitons. Paris, je l'espère, achèvera ce qu'a commencé Beaucourt. Il est convenu que M. de Montivry viendra nous voir souvent ; dès le lendemain de notre arrivée, je compte l'inviter à dîner avec nous... De cette façon, les deux jeunes gens, qui se plaisent, arriveront tout doucement à ne plus pouvoir se passer l'un de l'autre, et ils nous demanderont eux-mêmes de les marier au plus vite. Avec un peu d'adresse, nous aurons transformé pour eux en un mariage d'inclinadon ce qui, moins adroitement présenté, leur aurait peut-être paru un mariage de convenance.
Avouez que nous sommes de petits Machiavels, abbé Binet? Il est vrai que c'est pour le bonheur des enfants que nous aimons et pour constituer
une famille chrétienne. J'en suis plus heureuse que je ne le saurais dire et je vous envoie l'expression de ma joie avec ma reconnaissance affectueuse.
Comtesse de Beaucourt-Givry.
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c4 éMademoiselle Clotilde de Lespron, poste restante, boulevard Haussmann, Taris.
Je t'envoie ce mot par voie décrète, Clo chérie, pour que maman, miss Jacobson, l'abbé Binet, et autres providences afFectées au soin de ma petite personne de dix-sept ans, ne fourrent pas leur nez vertueux dans nos potins... Et il y en a des potins, cette fois; prépare tes oreilles, Clo! Premièrement — joie ! — nous quittons Beaucourt pour la rue de l'Université, samedi prochain. Je serai à la maison vers cinq heures. J'espère que tu trouveras moyen de venir, avec Monsieur ton frère Henri, s'il daigne souhaiter revoir ma frimousse et connaître les dernières nouvelles de a mon mariage ». Car il n'y a plus à en douter : c'est bien d'épouser Vinvité qu'il va s'agir. L'élève préféré
de Tabbé Binet est destiné à ma couche, comme on dit à la Comédie. Maman et miss Jacobson jabotent tout le temps en mystère, depuis son départ; on me caresse, on m'embrasse, comme si l'heure de la séparation allait sonner. Cependant, M. de Montivry est retourné à Paris rejoindre Fabbé Binet. Amoureux de moi?... Mon Dieu, je n'en sais guère. Il a des façons assez enveloppées, l'élève de l'abbé, et une discrétion de séminariste. D'ailleurs, pas trop bête, adroit de ses mouvements et pas plus laid qu'un autre; mais tu sais, petite Clo, qu'une seule figure d'homme me plaît, et tu peux le dire à Henri : il n'a pas lieu d'être jaloux. Note bien que a mon futur» ne m'a nullement manqué de respect. Ce n'est pas la faute de maman et de Jacobson : on faisait tout ce qu'on pouvait pour le laisser seul avec moi, le pauvre garçon ! On espérait, sans doute, que le tête-àtête le révolutionnerait, qu'il n'y tiendrait plus, qu'il se révélerait Don Juan, et qu'il faudrait nous marier tout de suite, tout de suite... Va-t'en voir! > L'invité, seul avec moi, écartait un peu sa chaise
et continuait à causer musique, bicyclette, monde,
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comme si l'abbé Binec et maman eussent été là pour marquer les points. Au fond, ça me vexair un brin. Je pensais : c Tout de même, Tabbé Bînet les fabrique sur un modèle spedaL Moi, avec qui les jeunes gens, d'habirude, ne peuvent pas rester dix minutes sans dire des énormirés!... j Alors (ne le raconte pas à Henri) j'ai essayé d"êae coquette, un peu—Très peu... Des regards, desfrilemencs de main au piano, le périt jeu. Evidemment, ça lui a fait une certaine impression : une ou deux fois, j*ai cru qu'il allait se décider, tenter un baiser de politesse, dans les cheveux, r-r le poignet... Non... il se tenait. C'est un vœu. peutêtre, ou bien, c'est peur-étre comme ça qu'on est. quand on est décidé à épouser. Tu diras à ton frère Henri que. désonnais, j'entends qu'il soir aussi convenable avec moi que M. de ^îonrivry, ou bien je ne répouserai jamais, liiî, et je serai M^^ de Monrivry... (Il n'y a pas de dariger, va- J'épouserais aussi Heu Tabbé Bînet.)
Je dois avouer, cependant, à lalouar.ge de ce jeune chevalier de Malte, cu'i! a paru troSblé en
me quittant, hier soir, à la gare. Il n'était plus maître de lui, masqué comme pendant son séjour. Il a appelé maman a Monsieur Tabbé » et miss Jacobson a Daisy » tout court. Il m'a baisé la main. Ce que je vais le faire aller, celui-là, pendant rhiver! Je ne tiens pas à le liquider tout de suite, parce que je m'aperçois que, depuis ces grands projets, on est bien plus gentil avec moi, et on me laisse faire tout ce qui me plaît. Jacobson, notamment, est un amour. Elle ne me donne rien à faire et déclare que je travaille très bien...
A bientôt, mignonne Clo. Je te donne un gros baiser pour toi et un autre dont tu feras ce que tu voudras : je le redemanderai à Henri quand nous nous reverrons. Oh ! je voudrais déjà potiner avec toi, dans ma chambre. Il n'y a que ça de bon au monde.
Lucie de Beaucourt.
T,'S. — Si Henri me trompe avec des cocottes, je ne Fépouse plus. Dis-le-lui sérieusement. Et je le saurai!...
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o4 oMonsieur de éMontivry, 2J, rue de la 'Boétie,
Taris.
Nous rentrons dans Paris après-demain, my magnificent darling, avec Unie goose et sa maman. J'espère de vous voir le même jour chez vous, sur cinq heures. Oh! vous m'aimerez comme à Beaucourt, n'est-ce pas? Je pense tout ce temps à votre perversité française, et je rougis... Good bye, dear old chap : plenty of hisses.
Daisy Jacobson.
Expérience
Expérience
éMadame veuve c4mbrus à Monsieur Jean oAmhrus*
ON pauvre enfant, tu es brisé par ce coup, tu n'as plus de force, et, comme jadis, quand tu avais bien mal, bien mal, tu veux te réfugier dans les bras de ta vieille maman en lui disant : ce Mère, prends-moi!... Je suis petit!... 3) D'abord, mon chéri, mes bras te sont ouverts, et mon humble maison est à toi, pour t'abriter, quand tu voudras. Il n'y avait même pas besoin de m' écrire et de demander ma
permission. Tout ce que j'ai, et moi avec, cela t'appartient, c'est ta chose. Pourtant, avant que tu prennes un parti qui brise tout derrière toi, qui ne permet plus de retour, je suis bien aise de pouvoir te répondre, te demander de réfléchir et, un peu, te conseiller. Je ne dis pas que ce que tu veux faire, d'instinct, tout brusquement, ne soit pas ce qu'ily ademieux... Mais, enfin... c'est si grave!... si irréparable... Tu ne peux pas te fâcher si ta vieille mère te dit : Prends garde !... Tu sais qu'elle t'aime et ne veut que ton bien, n'est-ce pas?...
Oh! je ne défends pas Léonie, n'aie pas peur. Elle a fait une vilaine chose, sans pouvoir invoquer l'excuse d'un mari infidèle ou négligent. Tu es la droiture et la justice mêmes, mon chéri : une honnête femme devait s'accommoder du fond sérieux de ton caractère. D'ailleurs, Léonie me paraissait douce, affectueuse : vous donniez l'impression d'un petit ménage où l'on est d'accord... Et voilà que tu découvres ces rendez-vous avec Letixier!... Mon enfant, avant tout, et sans te faire de reproche, tu as eu tort d'introduire si familiè-