‹ Dernières lettres de fommosChapitre 15 sur 23 · L AMIE · texte numérisé non relu

L AMIE

laissa griser quelque temps par sa fortune et son aristocratie toutes neuves : mais l'argent et les relations ne suffisent pas à une femme de moins de vingt ans, belle et courtisée. Yvonne n'avait même pas pour se défendre ou pour s'abriter des croyances religieuses un peu solides : vous, l'ancien élève des jésuites, l'officier nouveau style qui ne manqueriez pas la messe le dimanche, et qui faites vos pâques, vous aurez là une belle conversion à accomplir... Bref, les cinq années de mariage de la chère petite n'allèrent pas sans orages. Yvonne, certes, ne vous l'a pas caché. Elle a le mérite de la loyauté; puis, vous êtes trop raisonnable pour lui en vouloir d'un passé qui ne lui appartient plus, et où elle ne vous connaissait pas. Vous n'avez pas le droit de vous montrer vis-à-vis de cette chère enfant plus sévère que pous ne le fumes. Et ce sera un grand honneur et un grand bonheur pour vous, j'en suis sûre, de la réhabiliter tout à fait, et de lui rouvrir, avec l'autorité de votre nom et de votre passé sans tache, les quelques portes qui affectaient de se fermer devant elle.

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Donc, vous le voyez, cher ami, j'approuve pleinement vos projets et je me réjouirai de les voir réalisés. Toutefois vous êtes un homme, n'est-ce pas, et l'on doit vous parler franc? — je ne suis pas certaine que votre demande soit agréée par Yvonne. Non qu'elle m'ait jamais dit quoi que ce fût à votre désavantage ! J'aimerais presque mieux qu'elle l'eût fait. Elle parle de vous avec une telle sérénité, une telle absence de préoccupation que, la connaissant comme je la connais, je serais tentée de dire : Elle ne se doute de rien. Si j'avais cru son cœur pris en ce moment, j'aurais songé d'abord au jeune Maurice Lautrait : elle avait, il y a trois mois, un commencement de faible pour ce cercleux, et ne le cachait pas. Comme elle ne m'en disait plus rien, je pensais : « Hum! ne pourraitelle déjà plus en parler décemment?... » Peut-être est-ce tout simplement que ledit Lautret était remisé et oublié, et qu'elle est toute à penser à vous. Je le souhaite du fond de mon cœur. Je . vous mets seulement en garde contre une décon-

f venue possible. Si vous êtes repoussé la première

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fois, ne craignez pas d'insister. Les fantaisies d'Yvonne ne furent jamais de longue durée, et elle est trop intelligente pour ne pas comprendre les avantages d'une union avec un garçon riche, honnête et bien posé dans le monde comme vous. Au besoin, je m'emploierai à lever ses objections, et vous en serez quitte, une fois marié, pour ne pas recevoir M. Lau trait.

Et maintenant qu'en somme, nous pouvons considérer ce mariage comme accompli, votre ce vieille amie » va vous donner quelques conseilr inspirés, vous n'en doutez pas, par le désir d'assurer le bonheur d'Yvonne et le vôtre. D'abord, promettez-moi, mon ami, de veiller soigneusement sur la santé de la chère enfant. Malgré des apparences robustes et vivaces, elle n'en est pas moins fort délicate, neurasthénique à désespérer les médecins. Cet état fâcheux date de sa première année de mariage, où elle fut cruellement éprouvée par une maladie de plusieurs mois : le baron de Guerbois, a-t-on dit, en connut les causes mieux que personne. Pauvre petite! Il faudra bien

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l'aimer pour qu'elle oublie près de vous tous ces mauvais souvenirs. L'inégalité même de son caractère me la fait plus tendrement chérir : elle me rappelle toutes les épreuves morales et physiques qu'elle a subies. Gardez-vous de la contrarier, et si parfois un caprice d'elle vous surprend, une de ces sautes d'humeur que je lui connais, moi, et que connaissent tous ceux qui ont vécu dans son intimité, embrassez-la bien fort au lieu de la gronder : il paraît que c'est le seul moyen de la calmer,maîs qu'il est infaillible. Quelqu'un qu'elle a beaucoup aimé me disait d'elle : oc Ce qu'il y a de meilleur dans le caractère d'Yvonne, c'est son tempérament... »

Ma seule crainte, cher ami, et mon devoir est de vous la dire avant que les démarches irréparables ne soient accomplies, — ma crainte n'est pas qu'Yvonne soit malheureuse avec vous : vous êtes pour elle le mari inespéré. Je suis moins sûre de votre bonheur à vous, et cela m'inquiète. Pourquoi m'avez-vous consultée? Pourquoi me faites-vous une obligation de conscience de vous mettre en garde contre vous-même ? Je vous con-

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nais bien; il me semble que, pour être heureux auprès d'une femme, il vous faudrait trouver en cette femme plus d'abnégation, plus de a maternité », si je puis ainsi parler, que vous n'en pouvez attendre de cette adorable Yvonne. Votre avenir est brillant : on vous considère comme un officier très brave et en même temps comme une sorte de savant. Je ne vois pas clairement ce que le mariage, les soucis de la femme et des enfants vont apporter d'avantages a une existence déjà si remplie... J'aurais souhaité près de vous une présence féminine plus discrète et moins encombrante, qui ne demandât, pour prix de son dévouement, que la joie, la fierté de votre amitié...

Toutes ces objections, bien entendu, tombent devant ce grand argument: oc J'aime... » Si donc vous aimez réellement, si vous n'avez pas pris pour de l'amour le petit frémissement de désir qu'un timide tel que vous éprouve toujours auprès des coquettes, je vous dis hardiment : Mariezvous. — Si non... si non, mon Dieu... réfléchissez et attendez. Je ne crois pas que M™^ de Guerbois

risque de vous être enlevée, d'ici longtemps, par un prétendant à sa main droite.

Méditez là-dessus, cher ami, cette nuit et demain matin. Puis, vos réflexions faites, venez m'en faire part chez moi, vers trois heures. Ma porte sera close pour tout autre que pour vous; nous ne risquerons même pas d'être dérangés dans nos graves entretiens par mon mari : il chasse en ce moment en Sologne. Vous me parlerez sans réticences et sans timidité^ n'est-ce pas ? Nous ferons ensemble l'examen de votre cœur : vous le connaissez assez mal, j'en suis sûre; vous avez besoin d'un guide pour vous y débrouiller.

Quoi qu'il arrive de cet examen, j'aurai la joie de vous avoir servi de mon mieux, ainsi que ma petite Yvonne, que j'aime presque autant que vous.

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vierge Étrangère

Vierge Étrangère

(S^iss Ethel "Briggs (villa "Belle-T^se, Saint-Enogat) à zMonsieur Robert d'Triac (villa Chareaubriand, Vinard).

ous m'avez quittée, hier soir, mon cher Robert, après notre dernière valse dans le Casino, sur une phrase impatiente et sur un air de bad spirirs. a Quelle femme êtes-vous donc? » vous êces-vous écrié, en oubliant une fois de nouveau que je ne suis pas une

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femme, ni surtout votre femme, mais que je suis une jeune fille, libre de faire avec son cœur tout ce qui lui plaira. Et, après cette question un peu choquante en vérité, vous êtes parti sans attendre de réponse, en me lançant un regard méchant de vos beaux yeux noirs. Car ils sont très beaux, vos yeux. J'aime les hommes qui ont les yeux noirs et les sourcils bien fournis.

J'ai été un peu ennuyée de ne plus vous avoir le reste du temps du bal, bien que votre place ait été prise aussitôt auprès de moi, dans le flining room, par M. Derwent, vous savez? ce jeune Anglais nouvellement arrivé, qui est si bien quand il se baigne. Mais il a deux gros yeux bleus de bébé qui me donnent envie de rire. Je n'ai plaisir à le regarder qu'à l'heure du bain. Aussi, je me suis bien vite ennuyée et j'ai dit à papa qui flirtait de son côté avec mistress Wilkinson, de me ramener à la villa.

Rentrée dans ma chambre, je suis restée un assez bon temps sur la terrasse à regarder la mer, qui était haute justement maintenant. Du côté

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