MON ROMANCIER
mille amants. Si j'ose m'exprimer si bassement à propos de vos mérites, mon pauvre Pierre, vous <c faisiez Tarticle » non sans adresse... Je suis convaincue, d'ailleurs, que la réclame n'était point mensongère, et que vous devez être effectivement ce que vous annoncez : un artiste de l'amour. Avouez, dès lors, qu'il est plaisant de vous voir tout d'un coup devenu moraliste amer, contempteur de mes faiblesses de femme parce que M. Lartigues reçoit de moi ce que vous réclamez avec tant d'insistance...
J'entends bien vos raisons. — M. Lartigues n'est pas un grand homme. Ce n'est même pas un homme intelligent. Qu'y puis-je? Il aurait votre esprit et votre génie qu'il ne me plairait pas moins, certes ; mais votre génie et votre esprit, que je goûte si fort, ne me plaisent point de la même façon que M. Lartigues. Pourquoi vous fâcher? Rien n'est blessant dans ce que je dis là. Ce qui blesse le bon sens et la raison, c'est Terreur où vous êtes presque tous, les artistes : qu'on doit être amoureux de vous parce qu'on
est femme et qu'on vous admire. Eh bien! non! cent fois non! nous ne sommes pas obligées à ces conséquences extrêmes de notre admiration. Nous faisons spontanément le départ entre vos mérites et vos... charmes; quelque chose de plus fort que notre vouloir nous prescrit l'usage des uns et des autres. Je sais bien que la thèse n'est pas générale: quelques toquées de notre monde n'ont de répit que quand elles ont vu pâmer dans leurs bras les cinq Académies. Mais sont-elles vraiment, celles-ci, des conquêtes enviables? Elles ouvrent leur lit à votre signature comme une autre son éventail ou son album... Une femme de tempérament et de cerveau rassis n'a point les sens à l'envers, pour l'auteur, parce qu'elle lit un beau livre, écoute de rare musique ou regarde une toile de maître. Elle devient amoureuse d'un homme hors de toute raison de snobisme et d'actualité. Elle aime le capitaine Lartigues, simplement parce que l'extérieur de ce militaire, sa voix, ses façons, son caractère, la séduisent, parce qu'il se présente à propos dans sa vie, à une heure où l'affection du mari se dérobe ; elle l'aime, parce