‹ Dernières poésiesChapitre 10 sur 91 · LXXXIV JEAN REBOUL · texte numérisé non relu

LXXXIV JEAN REBOUL

au contraire pour aimer davantage que je me fais prêtre. Sur mes affections humaines Dieu a greffé son saint amour afin que mon cœur s'élève et monte jusqu'à lui. Si vous saviez que de joies j'ai éprouvées depuis que dans le fond de ma volonté j'ai dit: Lui seul..... Mais le bonheur ne doit pas trop se dire. Adieu donc, très-cher ami. Je prie souvent Dieu pour vous. Rendez-moi l'équivalent de mes prières et de mon affection »

Nous ignorons si le lecteur partagera notre impression , niais il nous semble que l'homme auquel on pouvait écrire ainsi n'était pas un chrétien vulgaire, inhabile à comprendre les attraits célestes de la contemplation ou de la charité. On ne lui parlait avec tant de liberté que parce qu'on le connaissait à fond, parce qu'on le savait susceptible d'accueillir ces saintes confidences i.

1 Jules de Belviala ne devait pas , hélas! atteindre au sacerdoce. Après les plus brillantes éludes théologiques , commencées à Paiis, poursuivies dans les universités allemandes , achevées à Rome, il montait les premiers degrés du sanctuaire quand, frappé comme les viclimes anciennes au pied môme de l'autel, il fut atteint soudainement d'une paralysie générale. La maladie ne lui laissa bientôt « d'entier que le cœur ». Ce cœur vaillant lutta, sans faiblir, contre la souffrance, et ne cessa de l'accepter qu'en cessant de battre. — « Un malheur ne va jamais seul , » dit le proverbe de nos contrées. La famille de Belviala a vu se flétrir et tomber, à quelques années de distance, deux de ses plus verts rameaux, pleins de sève et d'espérance: Jules, dont nous venons de parler, et Félix Hedde, fils de Mlle de Belviala. C'est à propos du second, mort à 17 ans, eu 1S51, que Reboul écrivit cette staucc mélancolique :

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C'est aussi parce qu'il appréciait son esprit vraiment chrétien que M. A. Nicolas * avait jugé Reboul digne de la belle lettre que nous transcrivons ici :

« Je vous dois une réponse sur mon projet de travail relatif à la Sainte Vierge. Je le nourris toujours, je m'y prépare munie, plus constamment que jamais, par des lectures spéciales , mai j'ai si peu de temps suivi à y consacrer , et la manière dont je l'ai conçu demande tant de ressources et présente tant et de si délicates difficultés , que je ne sais quand j'aurai fini de faire mes provisions et quand j'oserai lever la plume pour l'entreprendre. Ce n'est wen moins que le christianisme envisagé dans ce divin miroir de la sagesse et de la pureté , de la grandeur et de la bénignité infinies ; le suaviter en un mot de tout le christianisme.

« Je voudrais envisager Marie dans le milieu de ce plan divin , présenter ses rapports avec toutes les parties de ce grand ensemble, et tout cela, abaissé et pré-

A ce fils que la mort garde depuis six ans , Pourquoi \eux-lu que j'offre un encens (5ph(^inère ? Pour consoler sa cendre, ô digne et sainte mère , Tes constantes douleursvalent mieux que mes chants!

IVc crains pas que jamais sa tombe soit muette ; Aux regards attendris de la postérité La trace de tes pleurs , bien mieux que le poêle , Dira ce qu'il aurait été.

(1 may. 1857.) 1 L'auteur des Études sur le Chrlslianisme.

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cisé à la portée des yeux du inonde , des indifférents , des indévots , des mécréants même, ou du moins de manière à ne pas les effaroucher, à les ramener.

« Je regrette que vous ne soyez pas à Paris ; je vous exploiterais sans ménagement , comme une mine de Californie : par le contact de mes idées et de mes sentiments avec les vôtres, je me chargerais de Télectricité du génie chrétien pour le faire passer dans mon travail. »

Une autre fois ^ , l'éminent auteur des Études philosop/iiques trouvait, pour qualifier le mérite distinctif de notre compatriote , ces heureuses expressions : a Votre talent jaillit de la conscience de l'homme et de l'âme du chrétien autant que de la veine du poète : c'est un mérite et une vertu. »

Dans une leUre du 9 juin 1857, nous remarquons aussi cette page, également glorieuse pour celui qui l'écrivait et pour celui qui la devait lire le premier: « Je n'essaierai pas de vous dire tout le prix que j'attache à ce témoignage de votre estime (l'envoi d'un volume desOEuvres): il est si grand, et je suis si loin de le justifier, que je dois le mettre au compte de votre modestie de poète et de votre huraihté de chrétien, gardant pour moi l'affection dont vous voulez bien

1 LeUre du 5 juin 1850.

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l'accompagner et à laquelle seulement je me sens capable de répondre.

« Mon admiration pour vos vers , mon culte pour votre caractère , sont antérieurs à tout ce que j'ai pu faire et supérieurs à tout ce que je puis mériter. 11 faut môme tout le bien qu'il plaît à Dieu de tirer de mes ouvrages pour me les faire pardonner. C'est là tout ce à quoi je puis prétendre. Le reste est à Dieu et à mes frères , à sa grâce et à leur charité d.

Voilà les rapports que Reboul aimait. 11 en faisait l'objet de ses méditations; il y puisait des forces nouvelles pour continuer son genre de vie, modeste , viril et laborieux.

Nous ne pouvons laisser complètement sous silence une des plus touchantes et des plus pieuses préoccupations de Reboul. L'une de ses sœurs avait perdu son mari d'assez bonne heure et l'avait ensuite accompagné dans la tombe , laissant orpheline une toute jeune lille, Élisa Dourel.

Le poète , tendre pour les siens de cette bonne et fortifiante tendresse dont nos familles populaires ont heureusement conservé la tradition , le poète avait adopté plus spécialement la pauvre orpheline. 11 surveilla l'éducation que lui donnaient , à Arles , les religieuses du Bon-Pasteur d'Angers. Quand elle annonça l'intention de se consacrer entièrement à Dieu, Reboul

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voulut discuter cette vocation, en contnMer, pour ainsi dire, les motifs, se convaincre qu'ils étaient solides et surnaturels. Il contribua, pour la plus grosse part, à former la très-modique dot de la postulante , et dès lors , il se félicita de tenir , par l'une des fibres les plus chères de son cœur , à la sainte cohorte des Épouses du Christ. C'est à la Sœur Marie de St-Louis qu'il songeait sans doute lorsque , dans son Homélie Poétique ^ il consacrait des vers si délicats à la louange des Vierges , ou bien lorsqu'il ajoutait à son Dernier Jour un hymne triomphal , imité du Banquet de St Méthode ^, et qui rappelle, en effet, la manière des anciens Pères de l'Orient.

La jeune religieuse entretenait avec son oncle une correspondance assez suivie et charmante dans sa modestie. « 2 Ma dernière lettre vous a fait tous pleurer! j'en suis bien fâchée , écrit-elle.... La Pàque est arrivée. C'est en union avec vous tous que je l'ai célébrée. La piété de notre famille me préserve de tout doute à cet égard. Je suis heureuse de penser qu'aucun de nous

1 Reboul avait connu le Banquet des dix Vierges par une copie que Mme Sabranlui avait faile de la traduclioa du R. P. Hyacinthe Loyson , Carme déchausse. Cette traduction, remarquable d'élégance et de fidélité , avait été entreprise à la prière de l'ancien évoque de Périgueux, Mgr Baudry , pendant qu'il professait, k Sl- Sulpice, le cours de Dogme, avec l'élévation et la sublimité que ses élèves se rappellent encore.

2 Lettre du 16 avril 185Z| , à Angers.

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n'a manqué à ce devoir sacré. Quand vous verrez mu bonne mère nourrice * ou l'un des siens , lâchez de leur faire comprendre qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Pauvre mère ! sans cela je ne t'aurais jamais abandonnée 1 Mais Dieu est un Dieu jaloux : il voulait mon cœur entier ; je n'ai pu résistera son appel, malgré les cris de la nature. »

Reboul aimait beaucoup les lettres de sa nièce ; il conservait soigneusement ces messages d'une affection pure qui provoquaient parfois chez lui de douces larmes, et, ce n'est pas sans émotion que, tout à l'heure encore, en relisant ces pages , consacrées par l'innocence et par la mort , nous avons remarqué , sur une lettre du 2 juillet 1859 , cette note écrite par le poète : dernière lettre reçue.

Élisa Dourel mourut en effet fort jeune à Avignon, le 26 juillet 1859, après cinq ans de profession. Reboul assista le lendemain aux funérailles, et n'oublia jamais les paroles que lui dit la Supérieure : « Votre nièce est un ange au ciel qui priera pour vous et voudra vous dédommager ainsi des soins assidus que vous lui avez prodigués et dont elle a toujours été si reconnaissante 2. »

On a maintenant Tidée de ce qu'était notre illustre

1 C'est l'expression nimoisc.

2 Lellre du 20 juiliel 18&9.

XC JKAN HEBOUL.

ami dans ses relations avec les siens , avec les âmes croyantes et fidèles. Rien ne le distinguait d'avec les plus humbles et les plus simples, si ce n'est une tenue plus grave, plus mâle, et je ne sais quoi d'absorbé et de méditatif qui révélait le penseur profond , l'homme de génie.

Mais Reboul avait du zèle , un zèle affectueux pour les incrédules ou les négligents.

On n'en doutera pas si l'on veut bien relire , dans les Traditionnelles , son Épître à un Ami^ , chef-d'œuvre de délicatesse et de sollicitude chrétienne pour une âme incertaine entre la soumission et le doute.

Et toutefois cette pièce , si belle , pâlit à côté de la lettre à Lamartine 2 , monument admirable de sainte hardiesse , de courageuse amitié.

Ici d'ailleurs, les preuves écrites ne sont pas seules à nous guider. Que de fois, nous-même, au coin de cette petite cheminée de la rue Carréterie , nous avons entendu Reboul nous demander des prières pour « l'illustre protecteur 5 de sa Muse naissante. » Il soupirait profondément , il élevait les mains au ciel ou les joignait dans cette attitude , suppliante et ferme en même temps, que les peintres prêtent à Marie au pied de la croix. Vraiment, et dans le sens complet du mot, il aimait

1 p. 63. — 2 Tradit. p. G9. — 3 Préface des premières Poésies.

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Lamartine ; il aurait voulu le ramener aux dogmes nets et précis de la Religion.

Pourquoi ne le dirions-nous pas? le chantre mélodieux des Méditations mettait une francliisc cruelle , mais honorable , à ne pas dissimuler à Reboul l'état flottant d'hésitation où se trouvaient ses idées religieuses. S'il recevait de Nimes l'hymne aux Poètes chrétiens ^ , il louait les vers, mais il blâmait « le point de vue trop rétréci 2. » 11 acceptait avec une parfaite bienveillance d'accompagner le nom du poète nimois devant le public 3 , mais il indiquait « les points où leurs opinions se trouvaient en désharmonie û. »

Au temps où il fondait le Civilisateur , journal dont il donnait lui-môme cette singulière définition : Cest de V histoire par et pour le eœur^ , Lamartine écrivait encore au noble boulanger : « Vous priez dans une langue plus précise, mais plus étroite ; moi dans une langue plus vague, mais plus indéfinie. Dieu sait le meilleur. Moi, je sais que je l'aime. Il suffit. »

Ce ton désolait Reboul ; il était près de désespérer. Alors lui venaient de Màcon , de Saint-Point ou de Marseille des phrases comme celles-ci ^ : « J'ai lu et je vous remercie; c'est tout ce que je puis dire, car, que dire

1 Premières Poésies , p. 60. — 2 Lelhe du 29 avril 183/i. — 3 Lettre du 8 novembre 1835. — û Ibici. — 5 Letttre à Reboul, auuée incertaine. — 6 Lellre du 18 septembre 18^0.

XCir JEAN REDOUL.

devant la mort et devant Dieu? C'est alors que nous sommes bien humbles et bien petits... Je n'accuse pas la Providence, et, comme vous , je me fie en Dieu *. »

c( Cher, illustre et saint ami, si je ne pense pas en tout comme vous, je sens toujours comme vous et j'en appelle à la Providence. Priez pour moi et aimez-moi. J'ai lu vos beaux vers dans un numéro du 4 août. Je veux que vous sachiez que, loin d'en être blessé, j'en suis ému et reconnaissant ; ils respirent l'amitié dans le dissentiment. Ce dissentiment n'est pas si profond que vous le croyez : notre religion est au fond la même ; nous adorons tous deux le même Dieu... J'aimerais bien à vous serrer la main quand même 2. »

L'espérance refleurissait alors dans l'âme de J. Reboul, soutenue et rajeunie par l'attrait d'une invincible sympathie; il se flattait qu'un jour, « le même Dieu » les verrait unis l'un à l'autre dans la communion du même symbole et des mêmes mystères.

Si nous révélons ici ces secrets d'une touchante et pieuse tendresse, nous ne le faisons pas pour manquer de respect aux erreurs d'un grand homme. Nous voudrions au contraire perpétuer , s'il est possible , sur la terre , l'intercession que Reboul continue maintenant dans le ciel. Et n'y a-t-il pas d'ailleurs quelque ensei-

1 Lettre du 13 février 1861.

2 Marseille , 28 août 18^7 , chez M. M6vy. C'est la réponse à la pièce cilce plus liant et iuipriuice dans les TiaditionneUcs.i). 09.

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gnenicnt à recueillir de l'obstination d'un dévoiiment que Lauiartine peut-ùtrc n'avait pas cru si profond et si absolu? Voilà les illusions de ces cœurs ardents et passionnés! Ils demandent aux plaisirs, à la gloire, aux amours d'ici-bas un bonheur qui les fuit. Et, dans l'ombre, parfois à côté d'eux, souvent sans qu'ils le saclient, Dieu leur a préparé d'infatigables amis qui ne cessent de verser pour eux des prières et des larmes. Ce sont là les doux et grands mystères de la bonté divine, plus maternelle encore que nous n'osons le penser. Ne nous plaignons jamais de notre isolement! Sommes-nous bien sûrs d'être seuls devant Dieu!

Il n'y a jamais eu , il n*y aura jamais de piété vé ri ta.bledans une àme étrangère à la dévotion fondamentale des chrétiens, c'est-à-dire au dévoùmentà l'Église. La fidélité aux pratiques spéciales du culte , l'observance scrupuleuse des préceptes sont sans doute louables ; les vertus sont nécessaires — mais, pour rendre les pratiques méritoires , pour avoir l'intelligence élevée des préceptes comme des vertus, il importe d'apprécier, à sa juste valeur, l'institution souveraine à l'établissement de laquelle Jésus-Christ a consacré sa vie jusqu'à l'effusion de tout son sang. Sans l'amour de l'Eglise ,

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sans la soumission à son Chef auguste, que signifie le nom de catholique ?

Jean Reboul considérait les choses à ce point de vue. L'obéissance « raisonnable », en matière de religion , c'est-à-dire la filiale adhésion de l'esprit aux dogmes révélés par le Sauveur, et légitimement interprétés par lesévêques et les prêtres on communion avec Rome , c'était là pour lui la route ferme et sûre qui seule pouvait conduire à la science suprême.

11 ne voulait pas , pour régler sa marche , d'autre boussole que cette aiguille de la foi , toujours ramenée par un aimant secret vers le pôle terrestre de la vérité , vers le siège indéfectible de Pierre.

Aussi, docile à tous les enseignements venus de la chaire suprême, il écoutait tous les bruits qui lui portaient le nom de Rome, mêlés à des bénédictions ou à des blasphèmes. Les bénédictions dilataient son cœur et lui faisaient s'écrier :

Sainte Mère ! jamais si ma foi se délie , Que ma langue se sèche et ma droite s'oublie ! Nul, avec plus d'amour et de profusion , N'a de tous tes bienfaits reçu la vision !

Me préserve le ciel d'avoir pour ennemi

Le sem de cette Église où j'ai si bien dormi ! i

1 Traditionnelles , p.

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Les blasplicmesle pénétraioiil d'une désolante stupeur :

Eh ! que serait le monde , un jour, si cette voix -Manquait pour proclamer la sainteté des lois ,

Dernier refuge de Tesclave !

Qu'adviendrait-ii , mon Dieu, si, selon leur désir, Cette île de salut venait à s'engloutir

Sous l'Océan qui l'environne ; Asile où le malheur est toujours innocent ! Où reposent les fronts dont la foudre , en passant ,

Brûla la palme ou la couronne l.

La prise de Rome par le général Oudinot de Reggio , la solennelle Réunion des Évéques, le 8 juin 18G2 , inspirèrent au poète des vers pleins de grandeur, où se lisaient en termes éloquents l'énergie de ses croyances et sa virile confiance dans l'avenir de la Papauté.

Il voulut même donner à Pie IX le plus grand témoignage de piété filiale qui fut en son pouvoir. Accompagné de sa sœur, il voulut aller jusqu'aux pieds du Pape, prier le Père commun des fidèles de toucher un front que la maladie rendait triste et douloureux, au moins pour le rafraîchir et le soulager : « En voyant cet étranger traverser les Chambres du « Palais Pontifical sans se détourner pour iMichel- « Ange, sans presque lever les yeux vers Raphaël , les

1 Poésies hiédilcs. \ M. Villoinain, apiès sa brochure on faveur du I»ape-Uoi. — 19 jauvier IbûO.

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a Camériers durent croire à quelque vieux Romain du « temps de l'Empirevenant demander justiceàCésar!... « C'était bien en effet un vieux Romain ^. » C'était, en même temps , un Romain nouveau , enfant des Catacombes et du Vatican ! Pie IX bénit ce tils , illustre dans son humilité , et sans doute au contact des pieuses lèvres du poète , frémissantes sur sa main vénérée , le Pontife reconnut à quelle profondeur peuvent pénétrer dans les cœurs ardents des Nimois le respect et l'admiration !

Mais si Reboul était complètement soumis à Tautorité du Vicaire de Jésus-Christ, il était par là même inhabile à concevoir comment, dès lors qu'on était catholique , on pouvait balancer un instant à se plier devant les arrêts de ce grand tribunal. Les révoltes de la pensée individuelle contre les jugements souverains du successeur de Pierre lui apparaissaient comme d'affreux malheurs, tant il avait conscience des services immenses que cette subordination spirituelle , dans Tordre de la foi , rend à la permanence du bon sens , dans l'ordre purement rationnel.

Aussi le grand scandale de l'âge présent , l'apostasie de Lamennais lui fut-elle toujours une sorte de cau-

1 V. tout l'article de M. L. de Gaillard , dans l'Assemblée nationale, mars 1857 , ou dans la Gazette de Lyon, 17 mars 1857. On ne peindra jamais mieux le grand poète. Jamais on ne rappréciera avec plus d'élévation , de tu>blcsse et de vérité.

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cliemar qui l'oppressait. Il semblait môme , par moments, avouer que le spectacle de cette grande chute pouvait, à lui seul, légitimer bien des doutes et bien des incertitudes. C'est alors qu'il demandait avec anxiété:

Un astre bien-aimé, pôle ardent de ton âme , Serait-il tout à coup tombé du haut des cieux , Et , sur la terre , au lieu d'une divine flamme , Aurait-il étalé sa poussière à tes yeux ? i

Intimement lié avec des hommes d'intelligence et de piété qu'animait un commun enthousiasme pour le célèbre auteur de V Essaie J. Reboul avait subi, sans y résister , l'entraînement presque universel. Il avait admiré , dans le fougueux écrivain de La Chênaie , le poète autant et plus que le théologien ou le philosophe. Profondément éloigné des théories politiques de l'^^'cmr, il saluait pourtant, avec un bonheur mêlé de crainte, la vive croisade engagée au nom de l'Église et de la liberté par de jeunes hommes tels que l'abbé Lacordaire et le comte de Montalembert.

Mais quand l'épiscopat crut devoir élever la voix contre les doctrines de Lamennais ; quand , surtout , le vénérable Mgr de Chaftoy , de douce et sainte mémoire, manifesta toute sa réprobation pour les erreurs de la nouvelle école , Reboul , affermi de plus en plus dans

1 Traditionnelles, p. 6û.

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