LXXXII JEAN REBOUL
séduit par la noble attitude de Jean Reboul ; il lui avait ouvert toute son âme et lui en avait révélé les perplexités. Indécis sur sa voie, mais ne voulant choisir que celle où il trouverait Dieu plus sûrement , il avait hésité entre le mariage et le sacerdoce , entre l'apostolat du foyer et celui de la chaire.
Enfin, durant le cours de 1840, ses incertitudes furent fixées, et voici comment il annonça sa résolution définitive au confident de ses longues anxiétés :
« J'ai vu notre commun ami Il m'a fait part de
votre nouveau plan de travail : l'amour dans le christianisme , le côté affectif de la religion. Parlez-nousen bientôt et beaucoup. Ce sujet-là est toujours trop ignoré : L'amour n'est pas aimé, comme disait une sainte, et c'est vraiment dommage ! la vie en serait tant adoucie. Dernièrement, Monsieur Combalot nous démontrait fort clairement que toutes les hérésies procèdent de la négation plus ou moins complète de l'amour de Dieu pour les hommes. Aussi , que sont-elles devenues? Des philosophies toutes rationnelles, froides comme un argument , comme un calcul. L'amour les a quittées, et l'instinct des cœurs les repousse. Car l'amour est le maximum de la vie , l'acte transcendant et superlatif de l'âme , et de Dieu aussi , puisque l'âme est faite à son image. Et c'est probablement ce que Saint Paul voulait exprimer, lorsque, parlant de la
JEAN RKHOUL. LXXXIIl
plus intime union que l'iioinmc connaisse , du mariage , il disait : Le mariage est un signe , un symbole , une ombre , de l'union de Jésus-Christ avec VEglise : le mariage véritable, prolotypique, c'est celui que l'àme contracte avec Dieu; l'autre union, l'autre amour ne
sont qu'ombre et figure Mais vous savez ces choses
mieux que moi ; d'ailleurs, le sujet est fort délicat, et, comme dit Pascal, celui qui fait l'ange s'expose à fiiire la béte. Toujours est-il , et c'est où je veux en venir , que l'amour chrétien est ce qu'il y a de plus grand au ciel et sur la terre , et que jamais vous ne pouviez rencontrer mieux sur le choix du sujet. Il n'est sorte de bonheur que je ne souhaite à vous et à votre œuvre. « Vous avez peut-être appris indirectement ma détermination dernière et irrévocable d'entrer dans l'état ecclésiastique. Je me fais un véritable plaisir de vous l'annoncer officiellement. J'ai longtemps pesé et mûri cette détermination; je n'ai jamais oublié les conseils de prudence que votre amitié m'avait donnés : mais enfin il faut un terme à tout: d'ailleurs, ce n'est pas moi qui me suis appelé: je serai donc prêtre, si Dieu me donne le temps de le devenir. Par quel motif me suis-je déterminé à renoncer aux affections humaines? par le motif dont je parlais tout à l'heure. C'est qu'il est plusieurs ordres d'amour. Croyez bien que je ne consentirai jamais à laisser ma part d'affection : c'est