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ses coQvictions personnelles, se prit à redouter les malheurs que faisait trop pressentir la nature hautaine (lu prêtre breton.
En 1834, tandis que les Paroles d'un Croijant répondaient à l'Encyclique de 1832 , le poète nimois essaya de prêter à Lamennais le secours d'un conseil , adouci par le plus tendre respect.
Certes , aucune voix n'était mieux préparée pour s'insinuer jusque dans le cœur du superbe rebelle. C'était un fils du peuple , un ouvrier qui, de sa mansarde, élevait une voix attendrie vers « le conquérant des esprits, vers le roi de l'intelligence ^ ! » Qu'il était beau, qu'il était grand le ministère du poète auprès de ce prisonnier de l'orgueil , volontairement enfermé dans un désert aride où ne pouvaient plus ariiver que les sifflements de la tempête avec les grondements prolongés deTOcéan! Mais, hélas! Lamennais était sourd ! Les chants sacrés de David ne pouvaient plus eux-mêmes calmer la fureur de Saiil, et se tournaient en accents provocateurs ! Reboul se tut ,
., Suppliant le Seigneur, en silence,
Que les jours d'autrefois , pesant dans la balance ,
obtinssent au malheureux la grâce du repentir.
1 Premier Recueil, p. 69. Toiile celte pièce k Lamennais est riMiiplio (l('s plus beaux vers. A elle seule , elle dit cequ'étaU notre cher poêle.
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Cette gr;\cc ne vint point. Lamennais s'égara toujours davantage dans une sorte de panthéisme religieux, dans une politique haineuse et révolutionnaire.
Rien ne prouve mieux rinllucnce profonde qu'il avait eue, celle surtout qu'il aurait pu prendre avec les progrès de sa gloire , que l'anxiété dont il fut jusqu'à la fin de sa vie la cause et l'ohjet. Nous tous, nous avons prié pour son retour au giron de l'Eglise. Que d'àmes saintes se sont épuisées , dans la solitude du cloître , à solliciter sa conversion ! En même temps, que de fialteries pour le retenir dans sa situation fausse et troublée ! que de précautions « pour le mettre à l'abri de toute obsession fatigante ou périlleuse 1 » !
Reboul ne perdit jamais de vue l'infortuné dont ses chants avaient essayé de traduire quelques pages sublimes 2. Quand il eut désespéré de le voir jamais revenir à « son antique symbole » , il lui adressa cette
1 Rien de plus douloureusement insiruclif que \es Notes et Souvenirs de M, E. D. Forgues, placés en lùle de la Correspondance de Lamennais (Paris , Paulin. 2 vol. in-8. 1858). — On voit là quelle importance les ennemis de l'Égliae allachent « à l'indôpendiince, à la lucidité , à l'énergie d'esprit, h l.i fern>e volonté » d'un prélre en révolte contre ses propres serments. — V. au Dernier jour, p. 05 et 133 ce que Keboul pensait de Vâme d'un prêtre.
2 Oi» nous a raconté qu'à l'Assemblée conslituanle , en 18i9, le poêle nimois , voyani Lamennais se prouiener dans la salle des pas perdus, s'arrôla pour le contempler fixement comme s'il se fût trou\é <.'n face d'un prodige inconcevable pour sa raisou.
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effrayante apostrophe, qui ouvre les TradilionnelleSy et qui semble ravie à la lyre du Dante :
Ainsi donc , rencontrant le Seigneur face à face , ïu n'as rien rabattu de ta fatale audace ! L'humilité d'esprit fut trop haute pour toi ! Prêtre, vers son déclin recommençant ta vie ,
Tu meurs à ton Église
Et voilà que tes jours se vont choquer entre eux Comme des vents rivaux sous un ciel orageux !
Rome ne mourra pas de la mort de ta foi ! Impassible au milieu de la frayeur humaine , Que le ciel sur son front soit obscur ou serein , Elle n'est pas d'hier et ne craint pas demain !
Mais alors même , il craignit de rompre le roseau à demi brisé ou d'éteindre la mèche fumante; aux éclats de sa foudre , il mêla des accents d'une ineffable douceur ; et nous ne saunons mieux comparer la fin sublime de cette pièce qu'à ces chœurs lointains de voix humaines chantés par les orgues de nos cathédrales , alors que les voûtes tremblent encore sous les ondes puissantes qui ont imité le roulement sourd du tonnerre.
Nous arrêtons là , faute d'espace et de temps , ce que nous voulions dire sur le caractère politique et
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religieux de notre illustre concitoyen. On le connaît maintenant à fond , nous osons le croire. On a vu dans cette ûine tout ce que nous avons su nous-môme y lire; et ceux à qui nous avons soumis notre esquisse, comme à nos maîtres et à nos juges, nous ont rendu le témoignage que nous avions saisi la ressemblance autant qu'il était possible de le faire.
Revenons maintenant à l'étude, ou plutôt à l'iiistoire littéraire de Jean Reboul.
Nousavons vu quelles difficultés il avait éprouvées pour l'impression de son premier volume , en 1836. Les éditeurs refusaient de s'en charger. Gosselin n'y consentit qu'à la condition de placer les Poésies sous le double patronage d'Alexandre Dumas et de M. de Lamartine. Surtout on avertit le pauvre poète de ne compter que « sur un bien faible bénéfice , deux ou trois cents francs au plus ^ ».
Mais ce n'était pas là ce qui devait l'arrêter ou le décourager. Reboul a mis, dans une pièce qui termine le recueil des Poésies, tout le secret de sa grande âme , à ce moment solennel de sa vie.
Fort de ses croyances , et môme do ses opinions , il ne voulait acquérir le droit d'être écouté que pour faire à sa cause des prosélytes.
Sans doute il avait reçu du ciel le don sacré de
1 LeUrcdu 19 iiinrs 1835.
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l'inspiration poétique , ce don rare et merveilleux , plus facile à concevoir qu'à définir. Sans doute il était du petit nombre des privilégiés qui tiennent de Dieu la hardiesse de pénétrer dans les champs de l'imagination, dans ces vastes régions dont la frontière recule toujours avec la série sans hmites des créations possibles de la pensée.
Sans doute enfin, comme tous les poètes, ses frères, il avait entendu les mystérieuses sollicitations de l'idéal * ; sa voix , ignorante des règles de l'art , avait bégayé timidement, s'était enflée peu à peu, puis avait acquis toute son ampleur et toute sa sonorité, à peu près comme l'aile des jeunes oiseaux, incer-
1 Dès la première page de son premier livre, il racontait en ce» termes comment la poésie, celte souveraine altière et dominatrice, s'était emparée dâ lui :
Je sentis s'allumer une fièvre en mes veines
Dont rien n'a pu calmer l'ardeur , Si ce n'est une lyre, entre mes mains vibrante , Et faisant apparaître une image enivrante
De tout ce qu'éprouva mon cœur !
Rayons dont s'inonda mon avide paupière , Eh I comment, replongé dans celte ombre grossière,
Comment ne pas vous exalter t InefTables accords des célestes génies , Comment, en retrouvant d'humaines harmonies.
Comment ne pas vous répéter!...
Relire, dans les Poésies nouvelles, les pièces intitulées Le Camoêns et son noir, le Poète, les Deux coupes. On y verra comment Reboul comprenait la poésie. H y a, ce nous semble, dans ces divers morceaux, des beautés de premier ordre.
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tainc d'abord, commence par faiblir sous la résistance de l'air, se fortifie par cette résistance môme, la surmonte après facilement, et finit par braver sans lassitude l'immense étendue des espaces les plus lointains. C'étaient là , si on le peut dire, les lettres de créance de notre Reboul auprès du public. Proclamé grand par des bomnies d'une haute valeur et d'une renommée populaire , notre poète avait , ainsi qu'il le déclarait sans détour ,
Touché son diadème et mesuré sa taille * !
Mais l'orgueil n'était pas au fond de cette conscience intime de sa propre force , chèrement achetée par des années cruelles de découragement et de doute !
Le généreux athlète , avant de descendre dans une arène livrée à de nombreux ennemis, voulait savoir uniquement s'il avait le bras assez vigoureux pour fixer la victoire de son côté. 0 mes amis , s'écriait-il ,
O mes amis, ô vous dont les vei*s bienfaisants
M'ont donné cotte aumône ou mes jours languissants ,
Soyez bénis ! par vous , railVrmissant mon âme, L'espoir a retiré mes écrits de la flamme, Et m'a montré du doigt, eu mots mystérieux , Ma sainte mission écrite dans les deux !
1 P. 179 des Poésies. Dtriu«ie Odll.
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Sa mission ! la mission du poète ! Telle était alors , telle fut désormais la préoccupation constante de Reboul. On eût dit qu'un sacerdoce redoutable avait marqué son front d'un caractère indélébile ! S'il est vrai , comme on a pu l'écrire d'une autre célébrité de notre âge , que « la
majesté d'un galbe césaréen tous les contours,
tous les linéaments d'une mâle physionomie puissent traduire aux yeux une idée abstraite , celle, par exemple , de la volonté victorieuse » , il nous semble que les traits de notre illustre ami ne pouvaient manquer de rendre sensible à tous les regards la dignité d'une âme entièrement vouée à la défense et à l'amour de la vérité.
Après cela , nous accorderons sans débat que , si l'on compare Reboul aux poètes de notre ancienne littérature, ou même à un grand nombre des auteurs contemporains, on lui trouvera souvent moins de science dans la facture des vers , moins de clarté dans l'expression, moins de propriété dans les termes , par conséquent, en bien des endroits , de l'obscurité et des longueurs. Nous ne voulons à cet égard rien contester. Notre sincère admiration ne doit pas être de l'aveuglement. Reboul lui-même nous en blâmerait , lui quia soigneusement conservé des lettres comme celle dont nous citons ici quelques lignes :
« J'ai apporté hier votre volume à M. Alfred de