CVIII JEAN REBOUL
A la lueur d'un perfide flambeau , Tu les conduis , les pousses à l'abîme ; Mais tu couronnes leur tombeau !
De cet espoir mon cœur s'enivre , Satisfait d'être ton martjT !
Mourir sur ton autel est une mort si belle !
Eh I qu'importe alors le trépas ?
On le chante sans peur sur la lyre immortelle , L'astre-géant des cieux , dans sa course éternelle ,
Marque le temps , mais ne le connaît pas i !
Après quatorze ans , en 4837 , ces désirs ardents de gloire avaient presque cessé. Reboul chantait ces strophes sublimes :
Ah ! qu'importe après tout que j'écrive mon nom Sur le sable que doit emporter l'aquilon? Ici-bas , tôt ou tard , il faut que tout s'efface. C'est encor de l'oubli que la gloire qui passe.
Deux ans plus tard , le sentiment de sa faiblesse avait encore grandi dans l'âme de Reboul , en même temps que celui de sa responsabilité ; — il priait devant la tombe de Clémence Isaure , et la piété lui dictait ces beaux vers :
Auprès du poète suprême
1 Poésies nouvelles, pièce datée de 1823,
JEAN UEUOL'L. CIX
Dont l'univers est le poème ,
Et dont la présence infinie Élève ou fait choir le génie , Oh ! daigne intercéder pour moi , Pour que , dans mon âme inquiète La vertu ne succombe pas !
Car , entre l'homme et le poète Il est de pénibles combats.
Surtout qu'au bout de mon chemin , Sentant mes paupières mi-closes Et le luth tomber de mes mains , Les créations de mes veilles Ne fassent pas à mes oreilles Frémir le souffle de l'enfer !
Et que leur douce souvenance Soit un prélude d'espérance Qui me montre le ciel ouvert !
Enfin, vers 1860, déjà profondément atteint, le front dépouillé des dernières fleurs de la jeunesse et de la maturité , mais le cœur plus ferme que jamais , Reboul traçait au crayon ces lignes rapides , sorte de testament digne de sa noble carrière :
« Quelle que soit la valeur du poète , il a son individualité. La mienne est peu de chose sans doute; mais enfin , malgré ma réserve , je dois dire ce que je pense;
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je vais le faire, sans suffisance conmme sans embarras.
« Il est difficile d'ôtre humble, ou seulement de le paraître^ quand on est poète. Le poète parle et doit parler comme ayant autorité , surtout s'il ne monte sur le trépied qu'en sortant du sanctuaire , c'est-à-dire si, avant de loUet* ^ de blâmer , d'avertir , de menacer , il a pris, pour lui servir après d*interprète , les ordres d'une raison supérieure à la sienne et à toute raison créée. De même que, dans un sacerdoce plus élevé, le prêtre puise son droit de commander dans le vœu qu'il a fait d'obéir, ainsi le poète puise son autorité dans la sainteté de la cause qu'il veut défendre. Qu'il mette, après cela^ selon les personnes, le temps ouïes lieux, plus ou moins de mesure dans ses paroles, plus ou moins de talent dans son œuvre, il n'importe. On ne saurait le taxer d'orgueil ; et celui qui se tairait pour éviter de pareils reproches, celui-là se condamnerait lui-même aux tristes allures d'une vocation manquée. Pour convaincre, il faut, avant tout, faire preuve de franchise et de spontanéité... »
Nous avons , dans ce fragment , un écho fidèle des conversations de notre cher compatriote. Ceux qui ont eu le bonheur de causer avec lui d'art et de poésie , ceux-là croiront l'entendre parler encore , tant cette feuille détachée , perdue dans un carton , porte la marque , le sceau de son caractère et de ses préoccupations habituelles.
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Il n'avait pas voulu de l'influence « démocratique » dont M. Aitaroche lui avait conseillé de prendre l'initiative ; mais il rêvait , pour la Muse , l'honneur de répandre les doctrines tutélaircs de morale publique et sociale que M. de Maistrc avait formulées. Et , parce que ces doctrines , si contraires aux nouvelles opinions, lui paraissaient devoir rencontrer de longues résistances, son idéal, c'était la lutte pacifique des lettres et de la philosophie chrétiennes contre la philosophie et les lettres rationalistes.
Il concevait ainsi la poésie, comme une guerre et une conquête. Ni les idylles , ni les élégies ne le tentaient plus à la fin ; les Épîtrcs doctrinales lui semblaient seules dignes de répondre à la grande investiture du talent!.
C'est là ce qui explique la différence entre le ton général des Poésies et celui des Traditionnelles , la dernière œuvre publiée de notre ami. Il avait encore, en 4836, comme il le dit lui-même 2, « des rêves d'amour et de gloire , douces illusions qui se bercent mutuellement dans l'oubli de la fin dernière ». Dix ans après , il cherchait à « compenser par la force de la raison ce qu'il avait perdu des jouissances du cœur ; » et cette force de raison , soutenue par l'expérience de plusieurs
1 Déi?! s;t pièce à M. J. Canongo , dans les Poésies, ne respire que dcs) conseils semblables. —2 Préface des Poésies nouvelles.
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révolutions, ramenait, en 1857, à ne se préoccuper que d'apporter « ses faibles secours à l'ordre social menacé. » Voilà comment Rcboul avait progressé , et par quelle voie lente et sûre il était arrivé à être un de ces hommes rares dont les paroles comptent et dont la seule présence commande le respect.
Nous n'avons pas ici le rôle de critique , aussi ne chercherons-nous point à apprécier les divers recueils que notre cher poète a fait imprimer.
Nous avons dit sommairement ce que nous pensions du Dernier jour i. Nous le recommandons à l'étude de nos lecteurs jusqu'au moment où il sera possible de l'imprimer tel qu'il est à présent dans nos mains. C'est la plus importante des œuvres de Reboul , ot nous nous permettons dépenser qu'elle n'a pas été jugée à sa valeur '^.
hG^ Poésies Nouvelles^ YQX\îevu\QXii des pièces d'une forme très-savante et d'une haute portée.
1 1839. — A celte occasion, Reboul fut admis h l'Acadcinie de Lyon, et M. Pénin, célèbre graveur lyonnais, frappa une médaillr' à l'effigie du poêle. —Ce fut aussi le Dernier jour qui fit recevoir Reboul, sans concours, maître ès-Jeux floraux ?» Toulouse.
2 Nous ne pouvons tout ciler dans ce beau livre. IVous prions cependant les littérateurs chrétiens de relire le Cliant des Ames , p. 56 , tout le chant III' avec ses notes admirables, le Satan des Ch. IV et Vf, le Chant IX' et enfin le Monologue de la mort , à la page 186. Tout cela est trop oublié.
3 Publiées en 18^6. — V. les pièces à Berryer , à Chateaubriand , Le Camoëns et son noir, la Mort de Sigalon. Rapprocber ce dernier
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Vivia ï souffre sans doute de la comparaison involon-
tnorceaii de celui qui availéld Imprimé dans les Poésies, et qui él.iil aussi dédié à Sigalon. — Nous citous Ici , pour le seul plaisir d'écouler une voix sacrée, Libelle lellre de AI. l'abhé Trél)U(|uel , aumônier du Comte de Chauibord , écrite au sujet des Poésies Nouvelles :
monsieur.
Mou admiration pour votre beau talent et pour le noble usage que vous en faites, remonte à l'époque môme où voire nom acquit une si juste célébrité dans le monde litt(''raire. Je piélais alors mon bumble concours à l'éducation de M. le Comte de Cbambord , sons la direction de Mgr l'Évéque d'Hermopolis , qui m'bonorail d'une airection toute paternelle. C'est à moi que l'illustre et saint Prélat, dont la main était affaiblie par l'ùge et les infirmités, a dicté sur votre premier volume ce jugement, modèle de goût et de saine critique, où il s'est plu à rendre un bommage éclatant au génie du poêle, au caractère de l'homme, à la foi sincère et profonde du chrétien. Vous connaissez déjà depuis longtemps l'estime qu'a pour vous le prince , auguste élève d'un si vénérable et si docte maître. Vous savez qu'il est heureux de vous donner en toute occasion des preuves de son bienveillant souvenir, et qu'il compte sur vous comme sur un de ses plus fidèles serviteurs et de ses meilleurs amis. Quant à ce qui me concerne , vous me jugez , Monsieur, beaucoup trop favorablement. Croyez bien qu'il n'y a aucun mérite à ce «lue je fais. La Providence m'a placé où je suis. Elle m'y impose de grands devoirs. Pour les remplir , quel sacrifice pourrait me coûter ? Celui de la patrie est sans doute le plus difficile , surtout lorsque cette pairie est la France. Mais la terre entière n'est-elle pas au Seigneur , et l'exilé ne cesse- t-il pas en quelque sorte de l'être , quand il s'unit de loin à ses frères , et qu'il prie avec eux pour le bonheur de son pays ? Je demande à Dieu de répandre plus abondanunent que jamais sa lumière dans votre esprit , son amour dans votre cœur et sa bénédiction sur vos travaux. C'est le vœu de celui qui se félicite et s'honore de pouvoir se dire ici, Monsieur, avec les sentiments les plus distingués ,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur. L'abbé trkblquet.
Frohsdorff, 18 février 1847.
1 Représentée à l'Odéou, le 6 avril 1850. — Le profond seulimcut
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taire qu'on en fait avec Po/yeuc/c, son modèle et son pendant. Corneille nuit beaucoup à son disciple. Mais, il faut le dire aussi , à la lecture ou dans une représentation , faite d'après les données complètes de l'auteur , le Martyre de Vivia aurait pris une couleur bien plus animée , une allure bien plus vive si , volontairement ou par force , Reboul n'avait pas supprimé les chœurs destinés à ouvrir chacun des trois actes. Ces chœurs ^ , où règne un souffle ardent d'enthousiasme religieux , en même temps qu'une science réelle de l'antiquité , étaient faits pour impressionner vivement les auditeurs et subjuguer leur admiration.
Nous ne disons rien des Tradiiionnelles : nos lecteurs les ont présentes à la mémoire. M. de Pontmartin les a louées d'ailleurs avec l'exquise délicatesse de touche qui caractérise son talent 2. Nous rapprocherons seulechrétien qui remplit cette tragédie devait, sur une scène du Xft» siècle , créer des préjugés défavoraljles. M. de Pontmartin a rendu cette situation par une phrase heureuse : « Notre cher poète se trouvait dépaysé , transplanté à deux cents lieues de ses Arènes , en présence de ce terrihle esprit parisien qui dissoudrait tous les monuments de Nimes avec une cuillerée de son vinaigre «.
1 Nous les publions ici. Mais , pour les bien apprécier, il faut les replacer chacun à l'endroit qu'il devait occuper dans le développement de l'œuvre entière. — Un jour, nous l'espérons , le public chrétien connaîtra les tragédies inédiles d' Antigone et de CharleS' Martel à Nimes. Alors seulement , on aura une idée vraie de la puissance dramatique de Reboul.
2 Nous voulons citer aussi, àThonueurde tous deux, la sublime apostrophe par laquelle M. L. de Gaillard, le glorieux vaincu, des
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ment de son témoignage celui que rendait à Reboiil , à propos de ce dernier livre, un homme dont l'Kurope entière connaît l'éloquence et la fidélité , « l'orateur inspiré par l'honneur d'autrefois», l'illustre Berryer.
luttes éicclornies d'Avignon, ternilnail un éloquent compte- rond a des TraUitionnelles de RoboiiF.
• Et maintenant , cher et illustre maître , permettez que je laisse tomber la plume du critique pour laisser s'ouvrir la main de l'ami. Jamais ce litre ne me fut plus cher ni plus glorieux qu'aujourd'hui. Des honunes célèbres de ce temps, vous êtes le premier que j'ai recherchd , que j'ai connu , que j'ai aimé. Que de fois, encore écolier, j'ai passé dans votre rue des Trois-Maures , épiant votre porte en- Ir'ouverteet n'osant en franchir le seuil ! Il me souvient aussi avçc attendrissement de votre premier accueil , de vos premières paroles, et de ces premiers jours où j'étais plus fier d'avoir le droit de vous saluer dans la rue que de promener à mon bras un duc et pair. — Et plus lard, nos rencontres de chaque soir; nos petites réunions dans votre chambre, où vous nous lisiez de beaux essais dramatiques encore inédits; nos promenades et nos discussions de nuit autour des Arènes, où votre populaire bon sens eut à redresser tant de jeunes paradoxes ; et tous ces camarades d'alors , aujourd'hui avocats , poètes, professeurs, magistrats, journalistes, les uns , hélas ! déjà disparus dans la mort , les autres dispersés aux quatre vents de la destinée! Ah I tout le bien que vous nous avez fait 5 cet âge où la vie commence, tous les germes de force et de vertus que vous avez semés , le courage et l'inspiration que nous avons souvent puisés dans le souvenir, l'admiration et la ferveur de disciple que nous TOUS avons vouées depuis , tout cela, personne ne vous l'a dit peutêtre, mais j'ai voulu vous le dire pour soulager mon cœur et me couronner de ma reconnaissance. — Bien des tristes Jours ont passé depuis ces beaux jours , bien des choses ont péri qui croyaient vivre, bien d'autres ont reparu que l'on croyait mortes; tout a changé, tout a baissé, dans le monde, hélas ï et dans les âmes ; mais vous , vous êtes resté à votre taille d'autrefois , et nous vous retrouvons tel que nous vous avions laissé . grand comme homme et comme poète. Des maîtres de la lyre qui ont chanté jadis ce qui nous est cher , vous seul nous êtes demeuré ûdèle, et nous vous aimons pour cette ûdé-
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Le 16 août 1858, le prince de la tribune moderne envoyait à notre cher compatriote l'assurance « de sa sincère admiration » ; il lui racontait, avec une grâce charmante,comment ilavait lu, goûté, relu les 7Vaî/îïîo;îwe//e5 sous les ombrages d'Angerville ; il l'invitait enfin à venir « glorifier de sa présence » une « retraite » qui n'a pas besoin de la gloire étrangère , riche qu'elle est de celle de son maître. — Le suffrage de Berryer remplit Reboul de joie i.
Nous ne pouvons tout citer. Voici d'ailleurs que nous avons épuisé les œuvres pubhées de notre ami ; il nous faudrait maintenant parler de ses délassements poétiques, nous voulonsdire ses chansons provençales. Ce n'était pas vainement qu'il avait encouragé la
lité, pour ce noble exemple , pour cette consolation et pour la force qui nous vient de vous. En ces jours de défaillance et de honteux reniements, soyez béni, poète de la foi ! soyez glorlflé, poète de l'honneur ! »
1 Mgr Dupanloup , M. de Montalenibert , M. de Falloux, M. de Broglie, L. Veuillot , M. de Laprade, M. Laurentie,M. Keller, tous les grands noms de la France catholique figurent parmi ceux qui félicitèrent Reboul de « ses beaux vers dont les inspirations n'avaient point vieilli parce qu'elles étaient puisées aux éternelles sources». — Mgr L. Sibour, mort dernièrement à Anlibes, et dont la noble vie a été pleine de témoignages irrécusables d'amour pour la sainte Église Romaine , écrivit aussi au poète nimois pour le <iomplimenter sur ses Traditionnelles ; le pieux Evèque se souvenait <\\\*i\ avait été l'un des premiers à saluer, dans la Gazette du Midi , la renommée naissante du poète-boulanger.
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pléiade distinguée des amis qu'il engageait résolClnient à a clianteren provençal; » lui-môme chantait avec eu\ dans cette riche langue méridionale, fille du latin , et dont le domaine s'étend depuis le pied des Alpes maritimes jusqu'aux Pyrénées. Roumanille, Mistral, Aubanel, Roumieux, saluaient en Keboul leur maître; jamais ils ne l'appelaient d'un autre nom , et lorsqu'il s'asseyait au milieu d'eux, on aurait cru voir un patriarche entouré de ses enfants. Quand Mistral dut aller à Paiis tenter la fortune de Mirèio, et faire apprécier les charmes virgilicns de la naïve Arlatenco, Reboul fronça presque le sourcil , tant il redoutait pour « son lils » les séductions de la brillante capitale ! Il ne craignit pas de parler publiquement au jeune poète des dangers de l'orgueil. Nul de ceux qui ont entendu , ce jour-là , la voix austère de l'incorruptible censeur, ne saurait oublier la majesté de son geste et le feu de son regard.
Mais à Nimes ou bien en Avignoun, Reboul aimait à causer, à écrire avec les ressources de ce langage mélodieux, mélangé de douceur italienne et d'ampleur castillane. Nul n'a plus fortement applaudi Ih Oubreto , la Miôiigrano entrecluberto , H Nouvè , Mirèio ; nul n'a mieux goûté la franche saveur de YArmana,
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vrai plant de notre terroir, à la fois olivier d'Aix et cep de Tavel *.
Arrè tons-no us ici après ce coup d'œil général sur les diverses œuvres de notre ami. Nous tenons la plume depuis trop longtemps peut-être, au gré de nos lecteurs. Hélas ! nous allons maintenant être bref. Les années de l'homme sont toujours rapides; mais elles semblent se précipiter plus vite encore à mesuré qu'approche la mort; elles la devancent même par des vagues imprévues qui emportent d'abord un à un les meubles de la maison, jusqu'à ce que la maison elle-même, vide et branlante, s'écroule et tombe enfin par un dernier choc.
Le genre de vie de Reboul , à Nimes , était fort simple et fort régulier. La matinée se passait sous l'humble costume de l'ouvrier : elle appartenait aux soucis de la profession , aux clients de la boulangerie 2.
1 Nous pensons faire, avec l'aide des Poètes provençaux et par souscription , une publicalion spéciale des OEuvres provençales de J. Reboul , sous ce nom que nous désignent des circonstances spéciales : Li Brouqueto (les Allumettes).
2 Reboul était un excellent boulanger, fort entendu dans tout ce qui concernait son étal, Il avait mis son commerce, Irès-éprouvé d'ahoi'd , dans une situation prospère. Quand il cessa de le diriger lui-même, en 1849, pour le confier aux soins immédials de sou
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L'aprôs midi , une transConiiation absolue s'accomplissait, Le poète commençait à travailler vers deux heures , soit dans la chambre « austère et monastique ^ » , si bien décrite par A. Dumas, soit dans un
ncvon Ach.-ird, la l)ouUf|nr était bien achalandée. Rien ne donne unu idée plus lidèi<; de la bonhouiiu itilelligenle de IVcboul que le soin minutieux qu'il prenait, ù Pari.s même, des afTaircs de soii neveu. Mous avons des lettres où, au n)ilicu des plus vives préocrupaltous de l'Assemblée coustihianle , il envoie tiauquilletncnt ta recette d'un gAteau à distribuei' aux pratiques pour le Jour des Bois, — C'est un usage des boulang(;rs du Midi. — On a beaucoup parlé de la visite faite à l'auteur de VAnge et l'Enfant par le Vicomte de Chateaubriand, en 1838. II ne s'était pas annonei-, et Rebotil, que le concours des visiteurs fatiguait , commença par refuser de recevoir l'inconnu qui le demandait. L'étranger montra sa carte. — Ab ! s'écria le boulanger, je vais chercher le poète. — Puis, remontant à la hâte son petit escalier, Reboul dépouilla la veste blanche, et reparut avec une mise, modeste encore, mais un peu plus habillée, — La même chose lui arriva , en juin 18ZiO, pour un jeune ecclésiastique qui n'était pas alors connu de Reboul , mais qui , quinze ans plus tard , devenait sou Evôqtie. Dans cette première entrevue, l'abbé Planlier, poète aussi distingué qu'éloquent controversiste , olTrit à Reboul deux poèmes remarquables, l'un sur les Martyrs ^ l'autre sur Dieu et son Éternité ^ que nous avons retrouvés, soigneusement conservés par notre illustre ami.
1 Xous ne pouvons résister à la tentation de rappeler à nos lecteurs le passage suivant de M. de Pontmartin sur la bibliothèque de Reboul :
« Rien de touchant comme l'inventaire de la bibliothèque de Reboul : quelques volumes d'une vieille édition de Bossuel , un Corneille dépareillé , deux Bibles, un antique dictionnaire de rimes, quelques traductions de poètes grecs , un de Maislre complet , deux volumes de M. de Ronald , un recueil des homélies de saint Basile, c'était tout: mais les joies de l'intelligence ressemblent à celles du cœur; on les savoure mieux quand on ne les éparpilb; pas. Il en aura été des livn.'S de Reboul comme de la parcelle do terre que le pauvre possède, comme du morceau de pain qu'il