LIVRE PnRMlK.n. ' I
Et quelquefois, hélas! par doulc ou déférence ,
Il accepte Tarrèl dicté par Tigiiorance.
Ix* grand Corneille , en proie à des cha^n*ins pareils ,
A riiolel Hanibouillel demanda des conseils !
U était sur le point de perdre ses entrées :
Polyeuctc déplut aux béji:ueules titrées.
Kt là même où Pradon était sur le Tliabor,
Haclne fut jugé d'un trop modeste essor!
0 grand justicier, dont la verte franchise
Jamais dans aucun rang n'épargna la sottise»
MoHère! que de fois mon âme t'applaudit
D'avoir tout le premier jeté le discrédit
Sur toutes ces Cathos, la peste des familles,
Qui pour de grands auteurs prennent les Mascarillcs ,
Kt de leur avoir fait expier justement
Le doute du génie et son accablement !
(iardons-nous cependant d'absoudre l'assurance l)e ce béat orgueil qui naît de l'ignorance ; CiUr il faut avouer qu'en ces occasions Hien souvent des roquets se sont crus des lions.
Quel auteur dédaigné d'un poème baroque Ne s'est flatté d'avoir dépassé son époque , Lorsque son œuvre était d'un cerveau renversé Et que le sens commun était seul dépassé? Si jamais la sottise unie à l'injustice De te voir méconnu t'inflige le supplice , Sans mépris de toi-même et sans t'enfler le cœur, Conserve une attitude égale à ta valeur.
Quoique n'enfermant point le génie en im code.
Je ne veux pas d'un art qui se plie à la mode.
Sublime enseignement pour ses initiés ,
L'art , d'en haut, voit passer la terre sous ses pieds ,
Afin de l'explorer et de ne prendre d'elle
Que ce qui peut avoir une vie immortelle.
Pourtant je n'entends pas te perdre dans les cieux ,
Ni borner ton talent au genre sérieux.
Quoique le Divin seul , dans sa sphère infinie,
Satisfasse à l'ampleur des ailes du génie ,
Quand tout tourne à l'extase ou s*exhale en sanglots ,
La fatigue saisit même les plus dévots.
Le sourire et les pleurs sont dans notre nature :
L'un et l'autre sont bons , dans leur juste mesure.
Qui n*a pas tous les deux est peut-être incomplet;
Le contraste nous frappe et le divers nous plaîl.
Tu pourras parcourir Tune et l'autre carrière :
Le Menteur du CovncWlc est presque du Molière ;
Et , sans répudier ses futures splendeurs ,
La plume ôJAthalie écrivit les Plaideurs,
Mais souviens-toi toujours , fidèle à la décence,
Que les mots graveleux sont fils de l'impuissance.
Évite le grossier en cherchant le badin :
Ne fais pas de Pégase un àne de moulin.
Car, quels que soient les droits d'une veine ingénue ,
Tout , jusqu'à la gaîté , doit avoir sa tenue.
Tu sais, héraut du goût dont il blessait les lois ,
Ce que disait Voltaire aux Courbets d'autrefois :
Un peintre ne doit pas montrer tous les visages.
Tiens à ce naturel qui charme tous les âges ;
Que rafl'ectation ne paraisse jamais
Dans ce que tu conçois et dans ce que tu fais.
l4 A UN JEUNE POÈTE.
Surtout , qu'à la clarté ton style s'accoutume. L'idiome étranger peut supporter la brume ; Mais le verbe français , du monde souverain , Ne saurait respirer que dans un air serein. L'équivoque l'étouffé , et la phrase au supplice Hurle après le mot propre, ainsi qu'une génisse Qui dans l'ombre des joncs a perdu son taureau. La logique est pour lui le fondement du beau. Tant qu'il sera fidèle à son allure austère , La vérité n'a rien à craindre sur la terre : Déduite vainement d'un principe bâtard , L'erreur, à son grand jour, expire tôt ou lard.
De ses rênes de feu , l'astre aux clartés fécondes ,
Dieu du nombre et du chant, presse et retient les mondes.
Et dans l'orbe voulu les garde constamment :
Suis l'exemple donné du haut du firmament.
Mets un mors à ton vers , afin de le conduire
Par la plus courte voie à ce que tu veux dire ;
Qu'il saute , malgré lui , la haie ou le ravin
Plutôt que de se perdre en un brillant chemin^