M VUE PREMIER
Coîiime la liberté de tout frein affranchie, L'imagination se perd dans ranarchie.
Son écharpe, flottant à tous les vents descieux , Fait souvent de ses plis un bandeau pour les yeux.
Dieu voulut accorder un siècle à notre France Où l'esprit sût tenir une juste balance. Jamais astre pareil , dans le ciel des beaux-arts , N'avait d'un tel éclat ébloui les regards ; Jamais l'expression du vrai , plus naturelle , N'entraîna la pensée et l'image avec elle. Les siècles , ses rivaux dans la célébrité , N'ont pas eu sa virile et calme majesté. C'est le suprême effort de l'humaine nature, C'est un roi qui grandit pendant qu'on le mesure. Visite fré(iucmment son auguste maison , Afin que ton esprit en contracte le ton. De ses grands écrivains enrichis ta mémoire ; Ta muse y trouvera son profit et sa gloire , Et surtout , pour servir de guide à ses travaux, Ce sens réî;ulateur qui les fit sans égaux.
l6 A UN jEtîNE POÈTE.
Le livre qui paraît ainsi qu'un météore , Et dont tout applaudit la fulgurante aurore, N'est pas toujours celui qui tient le premier rang : Saint-Pierre tout d'abord ne paraît pas si grand : Le regard n'est frappé que de son harmonie ; C'est par degrés qu'on sent sa mesure infinie. Ainsi l'ouvrage écrit par une habile main Réserve ses beautés et pense au lendemain. Aiguillonnant la soif de l'esprit qui l'admire , Lu, relu mille fois, il se fait encor lire; Et , rayon par rayon, dévoilant sa splendeur, Fait le charme éternel de son heureux lecteur.
Mais le livre est aussi du destin tributaire ; On en a vu quinze ans dormir chez le libraire , Puis , sous un accident qui vient briser le sceau , Sortir, comme un soleil , de la nuit du tombeau. Aussitôt, réveillés à ses clartés soudaines , Ces mollusques , vivant sur le dos des baleines ,