‹ Dernières poésiesChapitre 20 sur 91 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Parasites obscurs qui sur les noms vantés Écrivent bien ou mal des puérilités, Compulsent àl'envi l'œuvre ressuscitée :

On donne au moindre mot une liante portée : L'auteur mort de misère est par tous couronné , Et pour lui faire place Homère est détrôné !

En politique, ami, comme en littérature,

La France tôt ou tard revient à la mesure ,

Et n'aime pas à voir, pour crever un ballon ,

Quand l'épingle suffit , employer le canon.

Ni pour dire bonjour emboucher le trombone ,

Et dans l'embrassement étouffer la personne.

Amoureux de l'extrême, ennemis du milieu ,

La sottise et l'orgueil donnent trop ou trop peu.

J'ai vu traduire en loi le caprice bizarre

De tous ces capitans affolés du barbare,

Qui , traitant sans façon Boileau de paltoquet,

Veulent de la couleur versée à plein baquet ,

Et tiennent éloigné du seuil de leur pagode

r^e dessin, comme un dieu dont le joug incommode.

i8 A UN JEtiNK POÈTE,

Quoiqu'ils aient fait jadis un bruit prodigieux ,

De sembla])les succès ne sois pas envieux.

Prodiges rembourrés, phénomènes de foire,

Le costume faisait les trois quarts de leur gloire;

Comme si le génie avait mis sa vertu

Dans la barbe abondante et le feutre pointu!

A foi'ce de vouloir trancher de l'Encelade ,

Ils ont réduit la Muse aux rêves du malade.

La Muse n'en peut plus , et ses flancs énervés

Ne sauraient plus répondre à leurs feux dépravés.

Incohérent amas de fantômes et d'ombres ,

Chaque feuillet tourné fourmille de mots sombres ,

Et le chaos moderne et le chaos ancien

Sont si bien imités que l'on n'y comprend rien.

Des temps diluviens scrutant les origines , Ils taillent aux héros des chênes pour badines, Leur donnent un aspect gigantesque , — ignorant Que rien n'a plus d'échelle alors que tout est grand. Le subUme à trouver serait chose commode , Si l'on pouvait l'atteindre avec cette méthode.

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