LAMARTINE
Dans un langage moins sonore , sans doute, mais plus nettement clu'étien , M. de Capmas disait à son ami i : « Ce n'est pas à vous qu'il faut parler la langue vulgaire des consolations : un cœur pareil au vôtre sait qu'il n'en est que dans les larmes et les regrets. Vous en trouverez aussi dans votre si religieuse résignation, en priant pour l'ange qui, à son tour, vous servira d'interprète et de patronne. Hélas ! en vous embrassant, il y a deux mois , je disais V adieu de la rie à l'intéressant objet de votre tendresse comme de vos angoisses. Je
1 Lellre du U avril 18.'52 , de Marseille.
JEAN UKBOIL. XX Ml
l'invoque aujourd'hui, et lu nouvelle de s.i lin m'a moins sur[)ris ([ue louelié ».
Enfin, du fond de; son exil, loin de la terre natale, Joseph Dumas , l'un des fidèles compagnons d' ses jeunes années , faisait arriver à Heboul ces généreux accents ^ : .... « J'étais loin de m'attendre à la (uneste nouvelle que tu m'apprends: pleurer, être pleuré , ce n'est donc que pour cela que nous vivons!.. Dans ce monde, on croit devoir s'abstenir de parler des morts devant ceux qui les aimaient ! Quel froid ménagement! S'entretenir d'eux, les faire revivre en quelque sorte, n'est-ce pas , pour notre cœur , une consolation et un devoir ? — Je ne te dirai donc pas de chercher à te <iistraire ; le temps seul enlève à ces coups ce qu'ils ont de trop violent... Mais si notre douleur diminuait de toute la part ([ue nos amis y prennent, la tienne serait bien soulagée ».
C'est au poète lui-même qu'il convenait d'exprimer le mieux sa propre douleur, et de nous peindre l'état de son àme , deux fois séparée par la mort de celles à qui il avait engagé solennellement sa foi. Ce noble et décent jeune honnne , grave dans l'amour, n'avait jamais compris les folles et changeantes passions. Voué par éducation et par instinct au culte généreux de la fidélité politique et de l'immutabilité
1 Lt'Ure UaU'c de Pciluis, 10 mais.
XXIV JEAN REBOUL
religieuse , Reboal ne pouvait concevoir que le cœur, engagé aujourd'hui, devînt libre demain, même de ses souvenirs. II fit des siens une religion discrète, silencieuse , mais souveraine. Rien ne put désormais l'en distraire; et quand, dans l'atmosphère corruptrice de Paris , de dangereuses sirènes , femmes d'une éducation distinguée, mais de mœurs corrompues, essayèrent de lui verser l'acre liqueur de leurs enivrements, on nous a raconté que le poète indigné s'en prit à la capitale elle-même des tentations dont il se voyait environné; il lui jeta le nom da ville de boue, et sortit en la maudissant.
Mais àNimes, sous son humble (oit, la mémoire des morts Ini formait une compagnie lamilière, digne de son austèi*e génie. Elle venait souvent le visiter , tantôt voilée d'une douce mélancolie , comme lorsqu'elle lui rappelait les joies du passé :
Jours naïfs , plaisirs purs emportés par les vents Ainsi que le parfum des fleurs par les autans 1 ;
tantôt amère , désolée , aussi poignante qu'un dard brisé dans une blessure, le forçant à s'écrier :
Oui, je sens que j'ai fait un pénible sommeil , Et j'ai vu s'écouler les songes de ma vie, Et me voilà semblable à la source tarie
1 Poêiks , p. 91.
JEAN REDOUL. XXV
Dont les feux dévorants de l'ardente saison
Ont desséché le sable et brûlé le gazon...
Et la mort m'a ravi des fantômes charmants ,
Comme pour avertir mon âme solitaire
De ne plus demander des amours à la terre....
Et mou œil ne peut plus aimer aucune étoile,
Sans que la froide mort la couvre de son voile l !
Tantôt encore, baignée dans les sereines splendeurs de la foi, et lui rendant, par les visions anticipées du ciel , les affections perdues pour ce monde. Alors il s'écriait :
Je reverrai Ceux qu'avec amertume autrefois je pleurai, Mes parents , mes amis....
Et ces êtres encor plus voisins de mon cœur Que ta main m'enleva , mon Dieu , dans sa rigueur , Et dont les souvenirs , tristes et doux mystères , Remplissant le sommeil de mes nuits solitaires, Me firent tant de fois , quand l'aube se levait, Au réveil décevant, pleurer sur mou chevet 2.
Citons enfin un morceau complètement inédit, qui nous semble remonter aux premières années du second veuvage de Reboul , et dans lequel il a versé , ce nous semble , toute son âme :
1 Poésies, p. 96, écrit en juillet 1833. — 2 Dernier jour , p. 51.
XXVI JEAN REBOUL
Par les longs soirs d'hiver, quand je me trouve seul ,
Plié dans mes regrets ainsi qu'en un linceul ;
Ou que , dans ma maison vide et jadis si pleine ,
Je vais, la lampe en main , ainsi qu'une âme en peine ;
A l'aspect du fauteuil recouvert de vieux cuir
Où , tour à tour , je vis tous les miens dépérir ,
De l'armoire poudreuse et de la table oisive ,
Trop ample maintenant pour son dernier convive ,
Je sens je ne sais quoi d'amer et d'étouffant
Qui m'oppresse , et me fait pleurer comme un enfant.
Épi faible et tremblant qu'oublia la faucille,
J'incline à ce repos que goûte ma famille.
Mais bientôt , ô mon Dieu , pour calmer mon émoi ,
Comme un fidèle ami , vous descendez vers moi !...
Aux sons intérieurs de la sainte parole ,
Mon cœur , presque mourant , renaît et se console ;
Et , secouant l'effroi du désespoir passé
Comme un songe pénible au matin effacé ,
Il bénit le rayon dont l'éclat le rassure.
Ah ! pardonnez , Seigneur , à mon triste murmure ,
Aux larmes dont parfois mes yeux sont inondés ;
Je ne mérite pas ce que vous m'accordez ;
Car vous me tenez lieu , sous mon toit solitaire,
Et d'épouse et d'enfant et de père et de mère.
Voilà le vrai, le grand Reboiil! c'est bien celui-là que nous avons tous connu, Vhomme fidèle par excellence, dont la noble figure , si constante avec elle-même ,
JEAN REDOUL. XXVII
avait vieilli sans cesser de se ressembler. On eût dit , en le regardant , que le temps avait traité son fier visage comme le burin des artistes fait d'un bronze destiné à un puissant relief! A chaque coup, le trait devient plus profond , mais il ne cesse pas de marquer les mûmes contours, de dessiner la môme image ; dans l'œuvre terminée, on retrouve les moindres indications de l'ébauche. Ainsi en était-il de notre illustre ami. Les années l'avaient courbé et blanchi. Mais sa chevelure abondante, véritable crinière de lion , avait les mêmes ondulations négligées et presque sauvages. Son front , vaste et carré, labouré des mômes sillons, rayonnait des mômes clartés. Ses épais sourcils protégeaient, sans le voiler, un regard toujours aussi lumineux, aussi perçant. Les plis de ses lèvres avaient toujours la môme empreinte de majesté et de paisible douceur. A soixante ans passés , au bout de sa carrière , on le voyait encore tel qu'il était à trente-cinq, alors que, plein de force et d'ardeur , il allait s'élancer dans la voie difficile où , sans oser se promettre les faveurs de la gloire , il cherchait au moins l'honneur d'avoir essayé de les mériter. Et ce n'était là que le symbole de sa généreuse immobilité dans les croyances et les convictions de sa jeunesse. L'unité de la vie , le soin de ne pas se démentir soi-môme , c'était là , non pas un effort et un souci pour ce grand cœur , mais un impérieux besoin , une loi de
XXVIII JEAN REBÛUL.
l'existence. 11 ne pouvait concevoir qu'on pût jamais changer de doctrine ou de drapeau, pas plus qu'on ne peut changer de famille ou de patrie.
La douleur fut donc pour Jean Reboul la grande maîtresse en poésie. Le germe était en lui par un bienfait gratuit de la Providence; l'épi se forma dans son àme, et y mûrit sous le souffle embrasé des tempêtes qui agitaient, en ce moment (1821-1828), le monde politique aussi bien que le monde religieux.
Dans l'intimité du jeune boulanger, quelques amis, dévoués au culte des lettres , avaient d'abord deviné et encouragé son talent. C'étaient surtout M. P. Chastan ^ , poète aimable et facile; M. Roman , bienveillant érudil, dont les conseils affectueux étaient assurés à tous ceux que séduisait le commerce des Muses ; enfin le spirituel et malheureux Joseph Dumas, vrai type méridional, ardent d'esprit, chaud de cœur, mais trop confiant dans les ressources de sa riche nature et que celte confiance devait conduire à vivre longtemps d'aumônes, puis à mourir sur un lit d'hôpital 2. Frappés du ton
1 Le môme à qui est dédiée la pièce intitulée le Moulin de Genèse [Poésies, p. 97.)
2 D'après M. J. Cauonge, le salon de M"»* Périé-Candellle fut pour
JEAN REBOUL. XXIX
hardi des chansons de leur joyeux commensal , surpris des accents fiers et généreux que Keboul savait mêler à ses plus gais refrains * , ils l'encouragèrent à composer des pièces plus en harmonie avec la pente sérieuse de son caractère , avec les habitudes chrétiennes de son esprit. C'est de leurs conseils que naquit cette élégie célèbre de Y Ange et de V Enfant , « louée par toutes les mères » et qui , la première , a commencé la grande renommée de Reboul. Insérée d'abord dans un journal de Nimes, par une bienveillante indiscrétion du vicomte
Reboul une école de goût en môme temps qu'un centre de relations distingudes. Placé d'abord comme professeur à Pertuis , J. Dun)as quitta celte posiUon, modeste mais honorable , pour aller solliciter à Paris une place dans l'Adunnistralion des Postes. Nous avons una lettre de lui ^ Reboul où, en annonçant sa future nomination an bureau de Troycs, « non pas Ilion , mais la Champenoise», il plaisante agréablement sur son avenir. ■ Je serai vraiment alors humme de lettres, dit il , et encore homme de lellres mangeant et buvant, ce qui n'arrive guère aux autres disciples d'Apollon de la Capitale». Nous ignorons si jamais J. Dumas obtint l'emploi qu'il souhaitai!. Plus familier que Reboul avec les règles de l'art d'écrire, Dumas lui donnait des éloges précieux, tentpércs par d'utiles leçons. — Cet homme, instruit et sensible, ami passionné de la liberté, manquait d'énei^gie: l'élévation de son caractère en souffrit de douloureuses atteintes. 11 s'unit à une femme indigue de lui , se résigna pour vivre h tenir un pauvre hôtel garni dans un des faubourgs de Paris, puis, de chute en cbnle, loniba dans une telle indigence que Reboul fut souvent obligé de lui envoy(>r des secours pécuniaires. Il n'en resta pas moins ctierît notre grand poète, qui faisait profession de devoir beaucoup à ses conseils.
1 Voirla Chansonà ^o/re , citée par M. A*** (J. Canongc) dans la Prélucc des Poésies, p. viii. Édît. Delloye. 18â2.
XXX JEAN REBOUL
de Brettes ^ , elle parut dans la Quotidienne^ en 1828 , et y fut saluée par d'unanimes applaudissements 2.
Ces applaudissements n'enivrèrent pas le modeste ouvrier ; il y vit une tentation d'orgueil ; il fut plus effrayé que séduit , la gloire qui lui souriait lui parut presque une ennemie. Sa position était humble , mais honorée et indépendante. Était-il prudent de la quitter? Convenait-il de tourner sa proue vers le succès et d'abandonner le rivage sur lequel demeurait , debout encore mais constamment menacé , l'édifice des vieilles croyances et des opinions traditionnelles? Falîait-il
1 Directeur de rEnregistrcment et des domaines dans le département du Gard 3 jusqu'en 1830. M. de Brettes donnait ainsi la 7* strophe :
Que tout soit calme en la demeure, Que rien n'en change l'appareil , Qu'on accueille ta dernière heure Ainsi que ton premier sommeil.
2 M. J. Canonge a raison de dire , en appréciant l'Ange et l*Enfaut , que « ce chant a souvent et heureusement inspiré la musique, la peinture et même la sculptui*e>».Nous trouvons, dans les papiers de Reboul , une lettre charmante de M. l'abbé Bayle, aumônier au Lycée de Marseille, consacrée tout entière à annoncer l'envoi d'une gravure allemande , le Mutterschmcrz (douleur d'une mère) d'un artiste de Leipzig. Cetie exquise composition, traduction Gdèle du chef-d'œuvre de Reboul , deviut si chère à notre ami qu'il lui réserva, dans sa modeste chambre, la place d'honneur. Quelques mois avant sa mort, il en fit l'objet d'une sorte de testament particulier et voulut la donner lui-même à M. A. Demians , en souvenir de leur vieille et constante affection. — Le Baron de Flottes, dans ses Souvenirs, a cité la réponse de Reboul à l'abbé Bayle.
JKAN RKHOUL. XXXf
aussi, comme tant dautres , sarriPior la tranquillité , l'obscurité du pays natal pour aller deuiander à Paris un éclat périlleux ?
Toutes ces questions , et bien d'autres du môuie genre , se présentèrent à l'esprit de Reboul et le rendirent timide devant les avances de la renommée.
Enfcmié dans une retraite plus laborieuse que de coutume, ne confiant qu'à de rares privilégiés le secret des œuvres nouvelles qu'il écrivait, il se protégea lui-même , le plus longtemps possible , contre les tentations du dedans et contre les séductions du dehors. Mais malgré lui, V Aumône, r Arabe et son Coursier ^ r Hirondelle et le Troubadour , d'autres pièces encore , charmantes dans leur simplicité , se répandirent dans le public et jusque dans les journaux.
Les amis de Reboul insistèrent alors auprès de lui pour le décider à imprimer ses poésies dans un recueil séparé. Il résista longtemps. Voici comment sa résistance fut vaincue.
M. Eyroux , deNimes, était, depuis plusieurs années, en relations d'affaires avec M. de Capmas, souspréfet de la Restauration, homme d'un goût délicat et qui lui-même était alors l'un des plus intimes amis de M. de Lamartine.
Invité par M. Eyroux, M. de Capmas vint à Nimes pour voir Reboul et commencer ainsi , vers 1831 , le
XXXH JEAN REBOUL.
pèlerinage de la curiosité , de la sympathie , de l'admiration vers la petite maison de la rue Carré terie. Le poète, flatté d'une attention, nouvelle alors pour lui, laissa M. de Capmas lire dans son âme , l'initia simplement à ses projets et à ses rêves , lui fit connaître P. Chastan et J. Dumas, lui dit enfin combien il estimait et aimait le chantre mélodieux des Méditations,
Ces confidences touchèrent le noble visiteur, et sa grande préoccupation fut dès lors d'associer indissolublement l'un à l'autre deux noms , séparés par les distances sociales , mais destinés à s'unir et à s'honorer mutuellement.
Reboul avait déjà fait hommage à M. de Lamartine des numéros du Drapeau blanc ou de la Quotidienne qui contenaient ses premières pièces connues. C'est du moins ce qu'il semble naturel de conclure d'une lettre, datée d'Aix-les-Bains , le 24 juillet 4830, et dans laquelle le gentilhomme , jaloux d'effacer dans l'esprit du boulanger , « son confrère en poésie » , la nuance d'une admiration trop déférente , écrit ces nobles paroles : « Je ne crois sérieusement qu'aux inégalités de la nature ; elle seule a droit d'en établir et vous n'avez pas à vous plaindre de ses oublis ».
JEAN REBOIL. XXXHl
Mais des relations ne s'étaient pas nouées à la suite de ces rapports presque officiels entre le novice des Muses et le maître arrivé à « la splendeur suprême ».
M. de Capmas reçut, en 1831 , de Reboul lui-même, un volume où se trouvaient réunies les œuvres poétiques de MM. P. Cliastan , Ach. Grelleau, J. Rabanis et J. Dumas 1. Parmi les compositions, plus ou moins parfaites , de ces hommes de savoir et de goût , s'en trouvait une « que le silence et la modestie de son auteur » firent particulièrement remarquer des hôtes du Château de la Roche 2, Reboul ne la louait pas; elle était donc de lui.
Transmise par de fervents admirateurs à M. de Lamartine, cette pièce fut lue avec plus d'attention; elle fut aussi plus appréciée , et valut à notre ami les suftrages enthousiastes d'un juge expérimenté. « J'ai reçu , disait le poète de Milly , « j'ai reçu , Monsieur , par M. de Capmas, vos vers nouveaux. Ils m'ont étonné, môme après VAnge et VEnfant\ c'est tout vous dire... Imprimez quand la politique se taira. Sa voix aigre et bruyante absorbe toutes les oreilles 3.... Le courant du temps entraîne à présent avec lui trop de limon pour qu'on puisse lui jeter cette perle précieuse , limpide et pure ,
1 La Muse nimoise ^ ou Poésies diverses extraites du Glaticnr méiidioual. Kiincs, Gaiide. — 2 La Rociie, par Rouvray , Côle-d'Or. — 3 LeUrc du 13 septembre 1831.
XXXI V JEAN REDOUL.
qu'on appelle: Poésie i... Si la Muse m*a abandonné, c'est pour passer , je le sens , en de plus nobles amours. Je la vois sans jalousie vous combler de ses faveurs. J'écoute , je rie chante plus ; mais , quand vous chantez , j'écoute deux fois, j'écoute de l'oreille et du cœur. A vous voir souvent , à vous lire toujours. 2 »
On peut deviner aisément quel eftet de semblables encouragements produisaient dans l'àme de Reboul. Comment résister à. la fois à l'appel intérieur du génie , à l'appel extérieur des rois de l'intelligence? Comment ne pas songer enfin sérieusement à affronter les chances redoutables de la publicité ?
Ce fut bien une plus grande séduction lorsque , vers le mois de mai 1832, après avoir annoncé sa visite et l'avoir fait annoncer après , à diverses reprises , par M. de Capmab ^ , Lamartine vint lui-même à Nimes vaincre les dernières hésitations de son timide protégé. Reboul s'écriait attendri :
— « Serait-il vrai
Quoi 1 tu viendrais t'asseoir à mon humble foyer ! ïu viendrais visiter notre ville embellie , Ce fragment détaché des bords de l'Italie, Où le ciel , se peignant d'un éternel azur, Est presque monotone à force d'être pur û !
1 LeUre du 7 janvier 1832. — 2 Lettre sans date. — 3 Lettres de mars, avril et mai 1832. — 4 Poésies, p. Iâ7.
JEAX KEUOLL. XXW
Puis, comme pour se tromper lui-môme et ne pas s'abandonner aux mouvements de l'orgueil , il énumérait toutes les richesses artistiques de notre sol , tous ces monuments grandioses, si dignes parleurs proportions savantes de provoquer l'intérêt et l'admiration :
Ah ! la Rome païenne ici vit tout entière !
En parcourant ensemble les Arènes , la Maison Carrée, la Fontaine, Aiguesmortes , les deux poétesse lièrent à jamais. La conversation persuasive de Lamartine leva les scrupules honorables de Reboul , et dès lors il fut convenu que les œuvres du boulanger nimois se présenteraient au jugement des lecteurs , abritées sous le patronage littéraire d'un nom glorieux qui leur servirait au besoin de bouclier.
Mais cinq ans se passèrent avant que les généreuses intentions de M. de Lamartine pussent se réaliser. D'une part, les événements politiques étaient d'une telle gravité qu'ils laissaient bien peu de place aux contemplations de la poésie; d'autre part, les éditeurs ne se montraient pas empressés à se charger d'une publication dont le succès ne leur semblait point assuré.
« Impossibilité de rien vendre, écrivait Lamartine ^. Je parlerai aux libraires pour imprimer gratis et vendre
1 26 ddccmbre 1834.