‹ Dernières poésiesChapitre 29 sur 91 · LIVRE TROfSIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROfSIEME

Si quelque heureux travail sort de ta rêverie , Ne cours pas tout d'abord dans une imprimerie. C'est ici que, grisé de son propre parfum , Le poète a besoin de se relire à jeun ; Car , après quelques mois, une œuvre refroidie Dans la nuit du tiroir semble s*ètre enkiidie;

Les petits du liiboii cessent d'être mignons ,

VA les plus belles fleurs frisent les champignons.

Avant donc de livrer un ouvrage à la presse,

Laisse tomber le feu de ta première ivresse.

Oh! combien d'Apollons se sont mordu les doigts

D'avoir trop tôt sortîtes traits de-leurs carquois !

Choisis quelques amis d'une critique sûre ,

Qu'ils te jugent ; mais juge à ton tour leur censure.

Regarde dans leurs yeux , en lisant ton écrit ,

Quelle est l'impression qu'il fait dans leur esprit.

Tu verras , sur leurs traits et non dans leur langage ,

Le véritable cas qu'ils font de ton ouvrage.

Si leur critique tombe à l'endroit soupçonné,

Cet endroit sans retour doit être condamné ;

Et , si leur œil distrait se réveille et s'anime

A celui que tu tiens toi-même pour sublime ,

Le morceau comme tel doit être reconnu ;

N'ôte et n'ajoute rien: l'effet est obtenu.

Après leur jugement, sois sobre de lectures.

Il pourrait l'arriver maintes mésaventures ^

Si , dans toute soirée , après jeux et concerts ,

Sans choisir ton public , tu déflorais tes vers.

Page 1