‹ Dernières poésiesChapitre 32 sur 91 · LIVRE TROISIKME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIKME

llcpoudit le laquais; et , s'il faut ôtre franc, La franchise sera placée au preiniei* rang». A quelque temps de là , l'Archevôque publie , Fruit d'un labeur pénible , une lonjjue homélie. (iil-Blas la lit; il voit bientôt , à sa fadeur , Une l'instant est venu d'avertir Sa Grandeur, Et sans aucun retard il se rend auprès d'elle. « Monseigneur, j'accomplis une tache cruelle ; Mais vous l'avez voulu. Je dois vous avertir —

Kh ! mon Dieu , vous devez vous-même le sentir —

Que nous n'écrivons plus de la môme manière,

Et qu'enfin nous baissons dans notre œuvre dernière ».

I^e prélat du fauteuil se relève en sursaut ,

Tout pâle de courroux: « Ce que tu dis, maraud ,

Est moins un jugement qu'une insigne folie ;

Je n'ai jamais produit d'aussi belle homélie ».

Et, sans avoir le temps de se justifier.

Le valet trop naïf roula dans Tescalier.

Le maîlre de plus fort continua d'écrire,

Revéche à tout conseil comme à toute satire;

Attribuant toujours aux traits des envieux

Le public abandon qui lui crevait les yeux.

f54 A UN JEUNE POÈTE.

Hélas! de ce prélat parents à plus d'iiii titre , Combien, sans s'en douter, sont coiffés de sa mitr. Uni, dans leur propre jour ne se retrouvant plus , Avec leurs doigts glacés et par l'âge perclus S'efforcent d'effeuiller une palme splendide ! Le cœur souffre en voyant ce triste suicide. Vieux — si tes jeunes ans te donnent d'en avoir — , A ta gloire première épargne l'éteignoir.

Si jamais, chose rare, il t'arrive la chance D'une œuvre originale et pleine de puissance , Par tous les vents du ciel si ton nom est porté , Sans l'épreuve du temps, à l'immortalité , Apprends qu'il est prudent, avant que de le boire , De tremper d'un peu d'eau le vin de la victoire; L'ivresse du triomphe oblitère le sens.

On en a vu plus d'un , tombé par trop d'encens , Nabuchodonosor de la littérature , Dans le champ de l'orgueil fourrager sa pâture , Et pencher, dans l'oubli du plus simple devoir. Sa. bouche ruminante au bord de l'abreuvoir;

UVI\F TIIOISIKME, G.'»

Pour lo bruit du moment ou pour l'or d'un libraire , I>es dieux qu'il adora livrer le sanctuaire, VA mettre sous les pieds d'un boueux souverain Les pouvoirs mallieureux dont il mang:ea le pain. I^our l'honneur de la Muse et de la gloire humaine, Ces chutes sont encore un rare phénomène; Mais riiomme le plus fort porte le mal en soi , VAf pouvant défaiUir, il faut veiller sur toi. Hélas ! moins soucieux du bien que du bien dire , Nous n'avons pas toujours su respecter la lyre. La lyre, qui bâtit les remparts des Thébains, Démolit trop souvent, et ment à ses destins. La sotte vanité tient la première place : Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'elle règne au Parnasse : Celui qui nous traça Vadius trait pour trait Peut-être, dans son cœur , en sentait le portrait.

Ce moi , si diClicile à mettre aux oubliettes ,

Est le faible de tous , mais surtout des poète?. Je ne sais , entre nous , si tu t'en sauveras ; Mais tâche d'y donner le moins que tu pourras.

HOMÉLIE POETIQUE

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