‹ Dernières poésiesChapitre 33 sur 91 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Dans le monde des arts , avec plus de scrupule , li'iiomnie, plus observé, doit fuir le ridicule. Pour trouver le brocard en place du laurier, N'est-ce pus déjà trop des écueils du métier? Certes, j'ai)prouve fort qu'une gloire suprême Tienne un jeune talent sur les fonts du baptême ;

68 A UN JEUNE rOKTE.

Mais à condition qu'un jour, digne lilloul ,

L'aiglon émancipé pourra voler tout seul.

Si la Musc te vaut une accolade illustre ,

Ne va pas en public en escompter le lustre.

Que fait le prix d'un autre à ta propre valeur?

Kvite les travers du Pylade hâbleur.

S*il faut croire Blago, jadis avec Homère

Il a couru l'Asie et bu le petit verre.

Cet ami de son cœur tenait tant à son goût

Qu'au coin de son foyer il lui confiait tout.

\ù Iliade naquit de son conseil utile ,

Et c*est à lui qu'on doit Priant aux pieds et Achille.

Chacun hausse l'épaule et laisse dans sa nuit

Le grelot importun s'enivrer de son bruit.

Occupant le journal , le théâtre , le livre ,

Et dans l'ombre un seul jour incapable de vivre ,

Celui-ci ne saurait ni rentrer ni sortir,

Sans faire sous ses pas la terre retentir.

Dans le cercle éternel de ce vacarme immense ,

Quand le lettré finit, le tribun recommence

LIVRP: Ql'ATniKMF:. <'9

Et court , au moindre vent de révolution ,' l\'itronner le volcan dans son éruption, ('.et esprit, étranger à toute grande chose , N'est-il qu'un juif errant et qu'un Fontanarose? Non: richement doté parla faveur des cieux , U aurait pu se faire un renom sérieux, Kt chez nos immortels, armé d'un droit notoire, Obtenir un fauteuil pour reposer sa gloire ; Mais il croit par le bruit faire son nom plus grand. Que l'ivresse t'apprenne à rester tempérant. Sans vouloir l'approuver alors qu'elle sommeille , La gloire a sa pudeur et doit être pareille A ces rois d'Orient qui ne quittaient jamais , Sans un motif puissant , le fond de leur palais.

Autre avis à noter que je crois être sage : Que ton œuvre toujours soit conforme à ton tige. Dans les galants tournois champions impuissants, 11 est des Roméos de soixante et quinze ans Oui , la roupie au nez , couverts d'un cataplasme Chantent encor Vénus avec enthousiasme.

Songe , pour préluder à ces tendres accords , Qu'il te faut la jeunesse et la beauté du corps.

Je pourrais te citer un rimeur plus infime : 3Iais ici la sottise expire sous le crime , (Test celui qui, lassé de rester inconnu , Spécule sur le vice et met l'alcôve à nu. La faim peut excuser ce triste proxénète , Moins coupable à coup sûr que celui qui l'achète; Mais que dire de ceux qui , de gaîté de cœur , (Comblés de tous les dons , outragent la pudeur, Kt , d'une plume d'or , écrivent sur la fang^ ? L'heure arrive pourtant où la pudeur se venge, Où, sans l'aide du juge et celle du bourreau , L'œuvre accuse l'auteur et devient son poteau.

Hélas! des jours promis aux grandes représailles Les signes sont écrits sur toutes les murailles. Se riant de Thémis et de tous ses filets , Verres , roi du crédit , trône dans un palais.

MVIIK QLATUIKMK. yl

\y\ débauche piil)li(iiic a lue le scandale , Kt des mauvais propos sauve Sardanapalc. Le luxe ouvre la voie à la servilité ; Le déshonueur n'est plus que dans la pauvreté ; Tout se liàte à jouir du temps et de la terre ; Kt, s'il nous faut descendre au monde littéraire Où se mirent, dit-on , les misères du jour, A[)ollon tient buvette au fond d'un carrefour ; La Muse , sans respect du manteau fatidique , Provoque les passants d'un signal impudique; Kt le bourreau lui-même a demandé sa part [)e l'or qu'on peut tirer du domaine de l'art.

Mesera-t-il permis de parler des misères Qu'enfantent trop souvent les succès des confrères? (lar l'homme est toujours l'homme , hélas ! et le meilleur Ne nous montre jamais tout le fond de son cœiii". Chasse , au soufiJe divin, cette vapeur impure Oue l'àme sent monter de sa vieille blessure. Il est , pour condamner le tiel des envieux , Place à tous les soleils dans l'infini des cieux.

7^ A UN JEUNK POKTK.

J^'œil jaloux juge mal; mais supposons le pire: Si quelque nullité met la presse en délire , I^aisse tranquillement s'égosiller le chœur Qui sert d'escorte au char du prétendu vainqueur. Protester en montrant que son œuvre est mal faite , Ce serait redoubler la fureur de la fête, il est bien plus aisé de laisser courir l'eau , Qui, malgré tout son bruit, arrive à son niveau. Et puis , dans ces combats dont chacun fait sa glose , Le poète engagé perd toujours quelque chose. S'il est pour le vulgaire un mets délicieux , C'est de voir la discorde éclater chez les dieux , Et, pour mettre la paix entre Homère et Virgile^ Le Parnasse envahi par le sergent de ville. Il vaut mieux tout souffrir qu'un tel abaissement. Et céder, c'est ici résister vaillamment.

n est une matière encor plus délicate ;

Il y faut une main qui caresse et qui flatte.

Le beau sexe est-il fait pour les doctes chansons ?

Car je voudrais à tous étendre mes leçons.

LIVRK QUATRIEME. ^3

L'enivrante li(iueur que boivent les poètes

Kst-eilc sans dangers pour ces cliarniantes tôles ?

La gloire se dispute , et de Tardent combat

Pourront-elles sortir avec le même éclat ?

C'est une question sans cesse débattue ,

Et qui n'est pas encor , tant s'en faut , résolue.

Sans approuver d'Agnès la scabreuse candeur,

L'un dit qu'une Sappho ne fait pas le bonheur;

L'autre , vouant un culte à la femme inspirée ,

Ne conçoit la beauté que de l'esprit parée.

Quant à moi , s'ifme faut exprimer un avis ,

Sans la tenir toujours loin du sacré parvis ,

Je dirai que la femme , ou plutôt que la mère ,

Fait bien plus que des vers en faisant un Homère.

Car c'est sur ses genoux , avec le nom de Dieu,

Que le poète enfant sent allumer son feu.

Oui , c'est avec son souffle et ses baisers de flamme

Que notre mère a mis son àme dans notre âme.

Cette étincelle arrive à l'ampleur d'un foyer,

Dont les rayons , parfois , couvrent le monde entier.

0 mes sœurs! savez-vous ce qui vous transfigure

Kt quand vous triomphez selon votre nature '{

(rest lorsque , le cœur plein de saintes passions , Vous courez arracher vos entants aux lions ; Ou que , veuves , malgré le monde et ses folies , Vous portez votre deuil en dignes Gornélies ; Mais surtout lorsqu'à Dieu , pour braver tout péril, (Ihastes, vous vous offrez comme une fleur d'avril Humide encor des pleurs de sa première aurore. Et, si vous le voulez , vous triomphez encore Alors que vous tenez une lyre à la main ; Car l'homme ne saurait vous regarder en vain. Mais, s'il faut être vrai , vous êtes bien plus belles , Quand vous laissez dormir les Muses immortelles. Je ne parlerai pas de l'horrible bas-bleu Sans beauté, sans pudeur , sans jeunesse et sans Dieu ; Dans sa façon de vivre , ainsi que dans son style , Affectant d'imiter la manière virile , Prisant, fumant , citant du grec et du latin : Cela n'appartient pas au sexe féminin.

Pour habiter Paris désertant ta province , Ne t'imagine pas d'y vivre comme un prince ,

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