LIVRE QUATUIKME
Ni dans tes manuscrits d'avoir incognito
Les mines de l'Oural et du Sacramento.
Beaucoup ont expié cette imbécile ivresse:
Le rêve fut toujours amant de la paresse.
La Muse et la fortune ont de contraires lois ;
On ne peut pas courir deux lièvres à la fois.
Incapable de gain, évite la dépense;
L'ordre dans le foyer sauve l'indépendance.
Sans rappeler ici ce proverbe banal ,
i)ue Pégase conduit son maître à l'hôpital ,
Lorsque sur tous les deux la misère se jette ,
Le peintre est bien moins gueux encor que le poète ;
Car , du moins , son pinceau pourra le secourir:
La face des bourgeois est là pour le nourrir;
!l peut faire au rabais les portraits d'un ménage ,
Ou bien quelque tableau d'église de village;
Mais , lorsque l'écrivain meurt de trop d'appétit ,
Peut -il contre du pain échanger son esprit?
La misère est, hélas ! mauvaise conseillère:
Redoute de tomber dans cette fourmilière
Où , pour fausser l'esprit des populations ,
Satan va recruter ces tristes légions ,
;6 A UN JEUNK POÈTE.
Janissaires de plume, écrivains de police ,
Rendant pour un peu d'or le plus lâche service,
Et , selon le mot d'ordre émané du pouvoir ,
Couronnant le matin la victime du soir ;
— Ou bien , dans un journal , réduisant ta pensée
A l'espace exigu de son rez-de-chaussée,
Crains d'ouvrir chaque jour ,îmalheureux condamné ,
Le robinet d'eau tiède au Tantale abonné.
Celui-ci , défenseur de l'autel et du trône ,
Promettait pour tous deux une forte colonne.
Il n'était pas pour lui de zèle assez ardent ,
De croyance assez ferme. Un beau jour, cependant,
Comme chez le bon droit on faisait maigre chère ,
il prit son pisse-port pour le pays contraire.
Dans l'heureux Chanaan admis à bras ouverts ,
On paya bien sa prose et mieux encor ses vers.
Un puissant favori le prit sous sa tutelle ,
Afin qu'il lui rimât des contes de ruelle ;
Et depuis ce moment , le charmant apostat
Se prélasse, et voyage aux dépens de l'État ;
Et , pèlerin chantant la fine gaudriole ,
11 rit des gens niais qui gardent leur symbole;