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POESIES DIVERSES

0 Pasteurs revêtus des attributs suprêmes , Vous allez à la mort vous offrir de vous-mêmes ! Kt , par un stratagème inconnu jusqu'à vous , Pour sauver le bercail, ouvrir la porte aux loups! Si c'est là votre vœu , que le ciel l'accomplisse ! Car c'est peut-être aussi celui de sa justice

i)^> AUX nois.

Oui ne peut rien souffrir d'inutile ici-bas,

Kt coupe les rameaux qui ne produisent pas.

Depuis longtemps, d'ailleurs, infidèle à son rôle ,

La pourpre à tous les yeux mentait sur votre épaule :

On violait le droit où le monde est assis ,

Et vous, vous restiez froids , ou du moins indécis!

Vous avez, sans réplique , accepté l'imposture

D'un peuple de marchands enrichis par l'usure ,

Qui , pour ouvrir la voie aux civiques fléaux ,

De ses propres forfaits accusait ses rivaux.

Et , tyran dégouttant du sang de ses esclaves ,

Prêchait impudemment la haiue des entraves'!

Quoi de plus?... Vous avez souffert qu'un souverain

Fît de son diadème un bonnet jacobin ;

Vous n'avez point osé, pour flétrir le scandale.

Retirer votre main de sa main déloyale.

Bientôt la trahison, pour vous anéantir,

Ne se donnera plus la peine de mentir ;

De signer de ces paix aux clauses clandestines

Qui ne sont qu'une halte aux fureurs des rapines.

Eh bien ! soit , aux plus forts livrons les grands chemins,

Sous les faits accomplis abritons les Mandrins!

AUX nois. 97

Qu*unc couronne vole au vent qui nous dévore !

La vôtre à votre front , dites-vous , tient encore:

« Prenons du temps , le temps amène le succès ;

« L'orage s'éteindra dans ses propres excès».

Et vous croyez que Dieu vous a mis sur la terre

Pour vous croiser les bras et pour regarder l'aire?

Qu'indolents serviteurs de la fatalité.

On pourra croire encore à votre autorité ?

Non, non! dès aujourd'hui vous descendez du trône;

Car c'est à plus haut prix qu'on garde une couronne :

Qui n'est prêt à mourir ne peut longtemps régner , ,

Et le prince se perd en voulant s'épargner.

Le ciel, sollicitant un effort magnanime ,

S'est épuisé d'éclairs pour vous montrer l'abîme.

Le doute ne peut plus justifier la peur ;

Tout ce qu'on jette à l'hydre augmente sa fureur.

Eh ! n'entendez-vous pas la horde sanguinaire ,

Complice de celui que vous tenez pour frère ,

De son Harmodius célébrer le couteau ,

El d'un laurier infâme honorer son tombeau?

Ne la voyez-vous pas, ainsi qu'une Furie ,

Une torche à la main, propager l'incendie ,

Et, d'une ville en feu se faisant un fanal, Donner peut-être au monde un lugubre signal ? Eh quoi ! malgré la meute et sa dent carnassière , Les renards enfamès sortent de leur tanière; Et vous , dans vos palais par la flamme investis , N'osant rien affronter, vous demeurez blottis !

On a pu voir des rois, chez un peuple en délire, Pour gravir l'échafaud descendre de l'empire , Et la hache , impuissante à détruire leur foi , Ne frapper que sur l'homme et respecter le roi. Mais pour vous , artisans de votre propre chute , Vous , qui vous déclarez vaincus avant la lutte , S'il nous faut consulter la justice d'en haut , Dieu ne vous fera pas l'honneur d'un échafaud ! 11 vous laissera vivre , et vivre dans la honte ; L'orgueil de la révolte y trouvera son compte. « Voyez , nous dira-t-il , si ce n'est point assez^ !

Bayards intempestifs et Bioiidels insensés , Qui vivez dans l'horreur de toute félonie , Uesterez-vous garants de cette ignominie? Kt voulez-vous cncor combattre pour des dieux Qui préfèrent la bouc à la hauteur des cieux ? »

{) rois! réfléchissez , et rentrez en vous-mêmes ! Qu'un démenti brûlant tombe sur ces blasphèmes ! Que je sois convaincu d'un injuste courroux ! L'anathème arraché m'est plus amer qu'à vous. Soumis dans l'humble rang où le ciel m'a fait naître , Je n'ai jamais voulu m'en venger sur mon maître ; Enfant , dans ma famille , on m'a dit bien des fois Que Dieu sur votre front avait posé ses doigts. Ne vous méprenez pas sur le cri de ma peine : C'est celui de l'alarme et non pas de la haine : Sans servile profit, le poète s'est tu Tant que le sel royal conserva sa vertu.

A d'autres volontiers j'aurais laissé la tâche ;

Mais au fort du combat, sous un feu sans relâche ,

Voyant par les plus grands le poste déserté,

Quoique infime soldat , je me suis présenté.

('ontristé de la route où le siècle s'engage ,

3[on cœur et ma raison m'ont donné ce courage.

.l'ai vu l'Europe , hélas! sur son lit de douleurs ,

Se tourner, sans jamais trouver des jours meilleurs ;

Dans le cercle sans fin des erreurs sociales ,

Passer de la torpeur aux grandes saturnales ,

Et , dans le désespoir de son déboire amer ,

Sur le point d'invoquer le secours de l'enfer!

Et je n'ai pas voulu croire à votre ruine ,

Vous , fils du nouveau monde et de la loi divine !

Votre sommeil ne peut aller jusqu'à la mort ;

Et j'ai mis mon espoir dans la voix du remord.

Puisse-t-elle , en passant à travers votre rêve ,

Vous dire que d'en haut votre pouvoir relève,

Et vous faire , changeant votre couche en pavois ,

Ressaisir votre glaive et vous réveiller rois !

Rois ! afin de finir f ère de l'imposture ,

De rendre aux mots leur sens , aux choses leur nature ,

AUX ROIS. loi

De donner une langue aux enfants de Babel Qui puisse distinguer Gain d'avec Abel.

Kois ! afin de sauver les folles multitudes Des tribuns , pourvoyeurs des grandes servitudes , Où pour un peuple entier la pourpre est un linceul , Où tout s'anéantit dans le vouloir d'un seul. Uois ! pour garder le Christ , et préserver la terre De ces dieux dont Caprée était le sanctuaire , Sataniqncs geôliers de l'univers païen , Ouvrant la bouche au mal et la fermant au bien. Leur culte ravivé compte plus d'un apôtre. Tout d'un côté descend , et tout monte de l'autre : La matière et l'esprit n'ont plus de contre-poids ; x\.u milieu des cités travaillant pour les bois , Circé tient table ouverte , et verse à coupe pleine : L'homme s'animalise et broute sous le chêne ,

La liberté se fait gloire de se trahir

Pitié pour cette nuit qui vient nous envahir î Nuit qui croît d'heure en heure , et qui déjà s'ignore Dans le lionteux oubli du retour de l'aurore , Kt qui, dans le bonheur qu'elle a de s'aveugler , Hurle à tous les rayons qui viennent la troubler.

102 Alix ROIS,

ÎV

Qu'on ne me dise pas que, prophète pour rire.

J'exagère l'orgie , afin de la maudire.

Jamais plus éclatant et plus audacieux ,

Le mal , pour s'affirmer , n'a pu crever les 3^cux ;

Jamais, sans le secours du manteau de Cassandre ,

L'esprit sur l'avenir n'a pu moins se méprendre ,

Ni moins confondre, en proie à tout ce qu'il pressent.

Les parfums d'une fête et la vapeur du sang.

Ah ! si les nations , d'après le divin Livre , Peuvent, près de leur fin, se guérir et revivre ; S'il est possible encor d'ordonner le chaos, Las des fiat menteurs des Jéhovali nouveaux ,

AUX ROIS. lo3

Le monde a mis en vous toute son espérance , El de votre réveil attend sa délivrance. Ramassez, pour répondre à cette auguste fin , Ce qui peut vous rester du baptême divin , Tout ce que garde au cœur l'enfant de noble race ! Uue vos plus grands aïeux vous montent à la face î Kt , pour défendre encor ce qu'ils ont défendu , Commencez le combat si longtemps attendu! Et, si vous ne pouviez triompber des ténèbres. Ne vous dérobez pas à des lauriei's funèbres : Vaincus , levant la tète , et plus hauts que le sort , Sachez mourir en rois , pour régner dans la mort. Le Dieu qui s'immola sourit au sacrifice, Et féconde le sang versé pour la justice. Votre droit renaîtrait de vos derniers soupirs: Car l'autel est sauvé , quand il a des martyrs !

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