POUR M. DE LAMARTINE
La gloiie que les hoinmos se doniienl if^eiproqueiiieiil passe vile , et la fîii en est pleine de Irislesse. (imitation de j.-c. )
l\uisselanls de sueur et couverts de poussière , Eiinamuiez vos coursiers du f^este et de la voix, Arrivez avant tous au bout de la carrière: \/.i palme tôt ou tard séchera sous vos doi^^ts. Que de jours douloureux pour un moment de Cèle ! Jamais le sol mouvant sous le char du vainqueur
l56 A (ÏUELQtlRS AMIS DE NIMES.
N'a si souvent changé le triomphe en défaite : Une couronne au front est une épine au cœur.
ie ne sais quelle rouille atteint les noms célèbres; La nuit semble accourir à tout éclat trop fier. Ainsi l'astre du jour se couvre des ténèbres Que ses rayons brûlants font monter de la mer, T/encens que reçoit l'homme est-il donc un blasphème ? Ce culte attente-t-il aux droits du Créateur, Pour que l'autel humain s'écroule de lui-même , Que la couronne au front soit une épine au cœur?
Que d'aigles, affrontant les sphères radieuses , Descendus comme un plomb des hauteurs de leur vol ! Et , sous l'œil réjoui des haines envieuses , Que de fils de l'aurore étendus sur le sol ! L'histoire des grandeurs est une nécropole. Quel doigt pourra compter , dans la funèbre horreur, Les morts suppliciés par leur propre auréole ? Une couronne au front est une épine au cœur.
A QUËLOt'ES AMIS DE RIIIES. » >:
Regardez , celui-là n'est qu'un tronc dans sa bi^M'o Sous le talon du crime il fut jugé trop haut. Égaré dans la nuit d'une fausse linnière , Son peuple l'envoya du troue à l'échafaud. Ceux-ci pleurent , au fond des lugu])res chapcllcH ^ fiCur poussière livrée au vent profanateur; Et, jusque dans le sein des ombres éternelles , La couronne à leur front fut épine à leur cœur.
Cet autre fit coucher des tigres en colère
Aux pieds de la justice et de l'humanité ;
Et , le danger passé , ne reçut pour salaire
Que les lâches dédains de la servilité.
Ce vieillard mendiant, mais roi de l'harmonie,
Aveugle illuminé du jour intérieur,
A servi de jouet aux marchands d'Ionie;
La couronne à son front fut épine à son cœur.
l58 A Ql'ELQUKS AMIS DK N"IMK«^.
Ce soldat fat puni d'avoir sauvé rempire ;
(]e chantre, avant sa mort, mourut dans sa raison :
Le triomphe ne fut décerné qu'au déhre.
Ce nocher donne un monde , et reçoit la prison !
Combien peu de sommets, sous l'éclat de la neige ,
Ont connu le soleil sans fondre à sa splendeur.
C'est presque avec regret que la gloire protège.
Une couronne au front est une épine au cœur.
Seigneur, qui sondera ces terribles mystères? Serait-ce que la mort saisit l'être isolé , Que l'homme en s' élevant divorce avec ses frères , Et que , s'il vit plus grand , il vit en exilé ? Dans le vide orgueilleux des heures inquiètes , Il voudrait ressaisir ce qui lui faisait peur, Cet Éden de l'oubli perdu par ses conquêtes^: La couronne à son front est épine à son cœur.
A QlJELQLES AMIS DE MMEâ. iâ(|
0 Toi , qui , réparant de mortelles ruines» r)e la nuit de l'étable à celle du toml)eau î*assas, portant la ronce à tes tempes divines , VA dans ta main suprême un sceptre de roseau , Ouvre un coin de ton ciel à celui qu'on renomme ; Afin que ses désirs soient selon sa grandeur. 0 mon Dieu , prends pitié de la gloire de l'homme ! lédL couronne à son front est épine à son cœur.
Vous connaissez celui que nomme mon silence. Ses chants furent jadis des ailes pour les miens. Vous qui m'avez aidé dans ma reconnaissance , Poètes, orateurs, magistrats, citoyens, Puisqu'à l'astre souffrant votre àme est favorable , Une celui qui bénit l'assistance au malheur Fasse mentir en vous ce refrain lamentable : Une couronne au front est une épine au cœur.