‹ Dernières poésiesChapitre 57 sur 91 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

Brisez sous mon esquif vos crêtes mutinées , Flots (les mers ! je suis sans émoi.

Après avoir subi de pareilles journées, L'orage est un calme pour moi.

Je suis d'une cité qui compte , en ses annales , Bien plus de tempêtes que vous ;

l68 PENDANT UN ORAGE.

Dont le moindre aquilon de deux ligues rivales Soulève le bouillant courroux.

Auprès des cris poussés par son peuple en délire Et du sol où posent ses murs ,

Votre mugissement est le son d'une lyre , Et vous êtes fermes et sûrs.

Salut , vents africains qui soulevez cette onde !

Peut-être avez-vous caressé Ce drapeau qui triomphe où les peuples du monde

Voyaient leur orgueil abaissé.

On proscrit sa couleur et presque sa victoire;

Celui dont la main l'a planté Est promis aux bourreaux, victime obligatoire

Pour calmer un peuple irrité.

La capitale a dit , en trois sanglantes fêtes:

« Chassons le prince : il a trahi ! » Et partout le despote aux huit cent mille tètes

Est aveuglément obéi !

PENDANT UN ORAGE. I^î)

OÙ neiirissaient les lis , où tonna l'aigle altièrc , Enfant des célestes séjours ,

Étend péniblement son aile casanière

L'hôte bourgeois des basses-cours !

Car, troublé dans ses eaux, le fleuve populaire A fait remonter son limon

Ainsi donc Turcaret , déchaînant ses esclaves ,

De la France a changé le sort !

Kt l'aune a triomphé de ce glaive des braves

Dont l'univers frémit encor !

(ilaive vainqueur , hier des rives africaines

Agrandissant le sol français !

Tant le ciel a placé , dans les choses humaines ,

Les chutes auprès des succès

Page 1