A JUSTICE DIVINE
Ta colère , Seigneur , ici-bas déployée ,
Ta colère n'est donc qu'un aveugle courroux!
Comme l'iniquité , la vertu foudroyée
Doit-elle en ressentir les coups ?
Que dis-je? Ce mortel, à ton nom si farouche, Qui consume ses nuits en coupables festins , Voit mille voluptés , au sortir de sa couche , Lui sourire, tous les matins.
Il foule en paix la terre où dorment ses victimes ; Ses jours sont un objet d'horreur et de désirs, Un délice , un opprobre, une chaîne de crimes, Une guirlande de plaisirs.
Et cet infortuné qui , plein de foi , t'implore , Vieilli dans les bienfaits qui te gagnent les cœurs ,
LA JUSTICE DIVINE. igS
Sur son triste chevet n'attend jamais l'aurore , Que les yeux humides de pleurs !
Et les regards tournés vers ce ciel qui l'ahusc, Il croit qu'un jour ami va luire sur son sort ; Mais son attente est vaine , et ta main lui refuse Jusques au bienfait*de la mort.
(y est ainsi qu'égarée à sa lueur factice , Ma raison criminelle , en sa témérité , A cent fois blasphémé , Seigneur , de ta justice La patiente éternité.
hisensé ! j'oubliais que , même si le crime Voit ici-bas le sort ployer à son orgueil , Tu peux , dispensateur du ciel ou de l'abîme , Atteindre au delà du cercueil.