‹ Dernières poésiesChapitre 65 sur 91 · LA JUSTICE DIVINE. I · texte numérisé non relu

LA JUSTICE DIVINE. I

Le prophète a parlé , sa bouche irrévocable A laissé tomber ton destin :

« La coupe où tu fais boire un peuple de victimes Va recevoir pour toi des sucs plus dévorants; Kt rimmense carquois que remplissent tes crimes, S'épuisera sur les enCants.

a Sion rei)rend l'éclat de ses s[)lcndeurs antiques , Et, rejetant sur toi les rigueurs de son sort , Sion , à qui tes fils demandent des cantiques , A préparé ton chant de mort.

« Et mon œil cherche en vain , perfide enchanteresse , ï/espace criminel que ceignirent tes murs : Vne équité terrible a , selon sa promesse , Pesé sur leurs restes impurs. »

198 LA JUSTICE DIVINK.

OÙ s'élance, grand Dieu! ce monarque barbare? Protectrice du peuple échappé de ses fers , Serait-ce aussi pour lui que l'onde se sépare ? Foulera- t-il le fond des mers ?

Israël voit pâlir ses tribus éperdues ; Mais ton bras sur la mer est étendu! Soudain Les eaux, en murs sauveurs dans les airs suspendues , Ont senti le poids de ta main.

Tes fils sont délivrés; et l'aurore suivante Verra leur oppresseur , ses coursiers, ses soldats, Dispersés par les flots , apporter l'épouvante Aux rivages de ses états.

Cet autre , dévoré du besoin de détruire , Verra-t-il son orgueil échouer contre toi?

LA JUSTICE DIVINE. Ij^)

Son orgueil iiidoinplù le dispute l'empire El le menaee de sa loi.

Son jjlaive, disait-il, égalait ton tonnerre; II était le (léaa de ta divinité, Et son char en roulant imprimait à la terre Une éternelle aridité.

11 s'avance, et sous lui se fane et sèche l'herbe; Des décombres sanglants ont signalé son cours ; Mais à peine il s'assied , triomphant et superbe , L'abîme a réclamé ses jours.

Dirai-je par tes feux les villes dévorées? l/onde , premier fléau de l'antique univers ? Au son victorieux des trompettes sacrées , Les remparts brisés dans les airs?

:îOO î,A justice DTVrREr,

Et l'Ange parcourant les tentes ennemies , Oe riioiTcur de la nuit enveloppant ses pas , Kt de Sennachérib les cohortes impies , Se réveillant dans le trépas?...

Mais quoiî faible mortel, d'une bouche profane. Je justifie ici la vengeance des cieux! Sais-je jusqu'à quel point elle approuve ou condamne Notre néant audacieux?

De ce doute , Seigneur , mon esprit se tourmente ; D'un invincible effroi je me sens terrassé. Enfant de mes couleurs, le tableau m'épouvante ; Je tremble de l'avoir tracé.

LA JUSTICE DIVINK. 2(. I

Ta justice est terrible , éternelle , équitable ; Kt , téméraire Osa , doutant de son destin , Je viens , pour soutenir sa base inébranlable , D'avancer ma débile main !

îr

Quand l'Élre incrcé, créant l'être ,

Eut anéanti le néant ;

Quand le serpent se fit connaître

A l'allure de l'Océan ;

Quand , dans son regard formidable ,

De ses crins inondant le sable ,

Le lion terrible éclata ; Quand , dans son ardente souplesse , Feu qui se plie et se redresse , • Le tigre se manifesta ;

Quand la baleine , dans l'abîme Essayant ses premiers efforts , Des vagues rejeta la cime Écumante loin de ses bords ; Lorsque l'aigle , à Vaile étendue , Des cieux parcourut l'étendue , Et que de l'Orient vermeil L'éléphant admirant la pompe , Baissant et relevant sa trompe , Salua le premier soleil ;

Le Seigneur , content , dit à l'homme « Miroir où je suis reflété , Tous les sujets de ce royaume Accompliront ta volonté :

Sous I'omI (le ton intelligence , De ceux qu'a créés ma puissance Les fronts seront humiliés; Et les monstres les plus sauvages , Comme les Ilots vers leurs rivages , Viendront se rouler à tes pieds.

a Pour cette autorité complète , Je ne t'impose qu'une loi :

Si la nature est ta sujette , Souviens-toi que je suis ton roi. »

Dieu fut fidèle à sa promesse ; Mais l'homme , en sa fatale ivresse , Succomhe à l'excès du bonheur , Et sa criminelle pensée Conçoit l'espérance insensée De briser le joug du Seigneur.

Aussitôt la voûte éternelle Perd une part de ses splendeurs ;

'-ioiî LA CHIJTK.

La terre, endurcie et rebelle

Ne produit que par les labeurs ;

L'Océan connaît la tourmente ;

La mort dans son germe fermente ,

Et flatte son vaste appétit ;

Et, dans un lointain rouge et sombre.

Sous des trépignements sans nombre ,

Le sol de l'enfer retentit.

De son odorante demeure Par l'Archange réprobateur L'homme proscrit s'assied et pleure !

Il sonde sa chute en son cœur ; Et„ voyant comme elle est profonde , 11 lève les yeux sur le monde , Comme un vagabond inconnu ; Puis , replié dans sa tristesse , 11 se tâte , et sent sa faiblesse ; Il se regarde , et se voit nu.

l*lus de colombes familières, Pour rendre son réveil plus doux; Plus d'amis aux longues crinières, Qui viennent lécher ses genoux.

Rugissant de peur ou de rage , Tout a pris un autre langage.

Devant ce roi de l'univers , Ses sujets ne veulent plus l'être , Et mettent entre eux et leur maître L'espace immense des déserts !

Décembre 183^.

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