‹ Dernières poésiesChapitre 7 sur 91 · LXXIV JEAN REBOUL · texte numérisé non relu

LXXIV JEAN REBOUL

glorieux de ce peuple nimois , si croyant et si dévoué, il avait reçu , dès la réouverture des églises en 1801 , les leçons d'un curé pieux et instruit. Son âme neuve avait aspiré tout Tarome de la doctrine chrétienne, et, de luimême , par la maturité et la justesse de son bon sens , il avait étendu l'enseignement du catéchisme de manière à en tirer les conséquences les plus lointaines et les plus philosophiques. Sa foi, simple et profonde, lui avait inspiré l'amour des mœurs réservées et pudiques. Vif, gai, spirituel , il aimait les distractions honnêtes ; mais l'un de ses plus anciens amis raconte que, dès sa tendre jeunesse , Reboul évitait les plaisanteries à double sens. Il était sévère dans sa conduite aussi bien que dans ses discours. Jamais une parole ou une action qui ne fût digne d'un chrétien convaincu. Il supportait même difficilement les conversations où se mêlait quelque allusion légère.

Nous avons recueilli , sur les lèvres d'un compagnon de ses chères promenades au Mazet, ce témoignage précieux que , un jour , après un déjeuner de garçons , où le poète avait été invité , l'un des convives fut assez mal inspiré pour parler sans assez de respect de Marie- Madeleine et de sa pénitence. Reboul ne put entendre profaner, même sans intention de blasphème, l'admirable récit de l'Évangile. Il éleva sa voix indignée, et, peut être , devons-nous à cette vertueuse colère la

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touchante inspiration de sa Madeleine aux pieds du Christ^ , où, dans trois vers, il a su peindre le cœur entier de la Pécheresse de Béthanie:

Ayez pitié de moi, car je viens , à mon tour , Vous demander, — comment oserai-je le dire ? — Quelque chose de plus que le pardon l'amour.

Dans les premiers temps de ses relations avec les auteurs contemporains, le poète nimois avait succomhé à la dangereuse tentation de chanter quelquefois l'ivresse des passions humaines. Quatre ou cinq de ses compositions portent ce caractère dans le Recueil publié en 1836. De sévères avertissements lui vinrent qui le retirèrent de cette voie, et firent taire à jamais, sur sa lyre, les hymnes mondains.

S. E. le Cardinal Villecourt, alors évêque de la Rochelle, ne connaissait pas Reboul personnellement; mais, dans l'un des établissements de son diocèse , il rencontra, sur une table, les premières poésies du boulanger de Nimes. Le pieux évèque les lut avec attention, et « l'ut ravi. 2 » H ne voulut pas laisser ignorer à Reboul ses impressions: « La Providence, lui écrivitil , vous destine à jouer un rôle glorieux ; c'est un

1 V. Poésies Souvclles , p. 5Zj.

2 V. Parmi les papiers de famiUe, la lettre entière du Cardinal. 20 juin 1838. — .Vlgr Frayssinous lui avait donnd des conseils analogues dans la lettre citée plus haut.

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apostolat que vous avez à remplir en défendant les intérêts de Dieu et de son Église. » Mais, ajoutait-il, a pour cela, il faut que tout ce qui est vain et profane vous devienne désormais étranger. » Et , s'inspirant alors du souvenir de Savonarole , de ce moine extraordinaire « condamné par de savants hommes , justifié par de plus grands et de plus savants , et dont la voix apostolique rendit chastes les pinceaux des artistes aussi bien que les accents des poètes » , le pontife disait encore : « N'avancez pas plus loin dans une carrière qui ne vous laisserait que des regrets et ne produirait que des désastres... J'ai su que vous étiez visité et chéri par quelques beaux esprits de notre époque. Je ne m'en étonne point, je leur envie ce bonheur. Mais, vous le dirai-je , les hommages qu'ils vous rendent, l'encens qu'ils vous offrent excitent ma douleur et mes appréhensions. L'homme est si faible que je ne puis m'empècherde craindre... Croyez-moi , soyez un homme de foi, ne faites pas de poésies qu'une vierge timide ne pourrait lire seule sans rougir ou écouter sans baisser les yeux. Je veux que vous soyez poète; mais je veux, en même temps, que vous soyez un saint. Comme ancien disciple des Muses , j'ai dû vous admirer ; comme évéque , je dois vous parler le langage même de l'Évangile. »

Notre ami méritait de recevoir ces nobles leçons. Il

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les prit pour sa règle invariable , et ferma depuis son oreille à toutes les suggestions qui l'auraient voulu ramener vers la description des voluptés terrestres.

Sa vie pratique d'ailleurs était d'accord avec les conseils austères qui lui prêchaient la sainteté. Assidu, sans ostentation, à tous ses devoirs de chrétien, il était catholique par le cœur et par les actes. Nourri de solides lectures , familier avrc les œuvres magistrales deBossuet et de Bourdaloue, ilavait l'àme pénétrée des plus pures leçons de la religion, et ses écrits témoignent de la conscience avec laquelle il avait adopté les notions précises de la foi sur les vertus difficiles de l'humilité , du renoncement et du sacrifice. Nulle page des préceptes sacrés ne s'était déchirée sous sa main. Il croyait à tout, et voulait en tout suivre les inspirations et les exemples du Sauveur.

On a justement parlé de sa dévotion envers son patron St Jean-Baptiste. Nous-méme, en parcourant les livres de sa bibliothèque , nous avons remarqué , dans un recueil de textes empruntés à diflei'ents Pères, des marques de sa main aux diflei'ents passages qui concernaient le Précurseur du Christ i.

1 Kous Hvons, do la muia de Rcbotil et cii pro$c, uno sorte de chaitt liiomplial sur la mort de SI Jcan-Iîa|)list<; — avec celle dale significative : au i\la/.et , 2^ juin 1601 , jour de la fCie de SI Jean. — Une autre pièce porte celle date: le jour de SI \lichel, l'auge des saiul$ coiiibati».

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