‹ Dernières poésiesChapitre 8 sur 91 · LXXVIII JEAN REBOUL · texte numérisé non relu

LXXVIII JEAN REBOUL

Mais rien ne saurait être comparé à la tendresse de Reboul pour l'auguste Mère de Jésus. Il lui avait dédié ses premiers vers, en 1821 i. Deux hymnes, l'un en vers , l'autre en prose , tous deux publiés dans les Traditionnelles , saluèrent la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception , en 1854, cette heureuse époque où, par la sainte hardiesse de Pie IX , « le mystère flottant fut fixé ». Le poète, vers sa fin, voulut prier encore une fois dans le sanctuaire de N.-D. de Rochefort ; il y reçut la sainte Eucharistie , et son action de grâce se traduisit par quelques strophes inachevées que nous nous reprocherions de ne pas citer, parce que, dans leur forme indécise, elles ressemblent à ces mots, murmurés par la langue épaissie des mourants, et dans lesquels leurs parents cherchent avec émotion la preuve dernière de l'amour :

Reine magnifique des Anges , Notre-Dame du Bon-Secours , Si vous daignez sauver mes jours Je célébrerai vos louanges

Le troisième chant du Dernier jour contient aussi ces beaux vers d'un accent si simple et si pieux :

1 On peut dire que les derniers vers de Reboul ont été faits en l'honneur de Marie. L'Évéque d'Alger lui demanda de « devenir l'apôtre d'une croisade toute nouvelle , celle de la reconnaissance » , eu faveur du sanctuaire de N.-D. d'Afrique. Le poète obéit , et , dans son obéissance , trouve de sublimes iuspiratious. — 2 P. 52.

JFAN REBOl'L. fAXIX

0 Vierge , la plus bolle entre les filles d'Eve ,

Toi qu'avec l'œil du cœur , si souvent , dans le rêve

J'aperçus, m'invitant de tou regard si doux

A reposer mon cœur sur tes sacrés genoux

Jamais, jamais mes yeux n'ont pu te regarder, Saus que mon cœur trop plein lût prêt à déborder , Même en ces traits où l'art , avide de te peindre , Aspire à ta beauté , mais sans pouvoir l'atteindre !

Ah! si je n'ai jamais perdu ton souvenir,

Seul amour que mon cœur n'ait pas senti mourir... Viens en aide , ô Marie , à ton pauvre poète !

On peut Juger, par ces courtes citations , de ce qu etait la foi de Reboul. Elle n'avait rien de commun avec ce vague sentimentalisme , si fort à la mode de nos jours, et dans lequel les dogmes de notre religion s'évaporent et se perdent comme la fumée dans les airs.

Toutefois une étude intéressante nous reste à faire pour rendre sensible toute la fermeté des convictions religieuses de notre illuslre compatriote.

Les chrétiens ont surtout deux façons de prouver leur foi: ils la montrent dans l'expansion de l'amitié quand ils provoquent aux confidences de la piété par des confidences pareilles , où ils livrent le secret de leurs rapports intimes avec Dieu ; ils la montrent encore quand, animés d'un zèle généreux , ils tentent, par tous les moyens que la Providence

LXXX JEAN REBOUL

leur offre , de ramener à la religion ceux qui la méconnaissent ou ceux qui ne l'ont pas connue.

Témoignons, par quelques exemples , de la foi pieuse avec laquelle Reboul accueillait les religieuses effusions de ses amis.

Nous n'étonnerons personne en nommant le premier le célèbre prisonnier du Spielberg , Silvio Pellico.

L'illustre protégé de la Marquise de Barolo-Colbert disait simplement à J. Reboul : « Souvenez-vous de a moi près de ce Dieu que vous aimez tant et que je « voudrais savoir aimer aussi *. — 2 Hélas! vous êtes « affligé, et je vous parle de poésie ! Tout devient fade « quand on a le cœur plein de larmes, tout, excepté a les pensées graves et saintes qui ne reposent pas « sur la terre. Priez, je prie avec vous , pour vous, a Que la religion ne soit pas seulement sur nos lè- « vres , mais au fond de nos âmes ! Elle seule explia que les mystères de la douleur et possède le secret a de nous consoler dans nos plus vives souffrances, a Quelle sublime éloquence dans le crucifix et dans « les pleurs de notre divine Mère aux pieds de Jésus « mourant ! J'ai appris cela en prison ; je l'apprends « de nouveau bien souvent, car quoique Dieu me a comble maintenant de grâces , je ne suis pas étran-

1 Lettre datée de Turin: le jour de Saint Fr. de Sales, 1859.

2 11 jamier 1838. Reboul venait de perdre l'une de ses sœur».

JEAN nniIOUL. LXXXf

« ger au calice amer où riionime doit trcinpor ses « lèvres jusqu'au dernier jour! Priez pour l'ànic de « ma mère , il y a peu de mois que j'ai perdu celle « amie si tendre! » ^ « Je prie Dieu de vous bénir afin « que votre poésie soit toujours un encens pur de vo- « tre Ame, un encens digne de lui. Vive Jésus! vive « Marie ! Aimons-nous à leurs pieds. Prions l'un pour « l'autre! »

Ces épanchements de Silvio , simples et profonds comme toutes les expressions du véritable amour , provoquaient , de la part de Reboul des cpancliemenls semblables, mais dont la forme avait cependant quelque chose de moins naïf, parce que sa pensée avait un tour plus philosophique.

C'est ce que l'on découvre dans les indications précieuses fournies par une lettre d'un autre ami du grand poète. Nous ne pouvons qu'esquisser ici bien légèrement , dans les lignes toujours un peu confuses d'un arrière-plan , la figure sympathique de Jules de Belviala, si vivant encore dans les souvenirs attendris de ceux qui l'ont connu. Ce brillant jeune homme, si vif d'intelligence, si chaud de cœur , ardent au plaisir durant quelques années, plus ardent à la pénitence pendant sa jeunesse et sa douloureuse jnaturité , avait été

1 15 avril 18Û2.

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