BOUTADE
Heureux qui , naviguant sur la mer littéraire , Abandonne sa voile au souifle populaire ; Qui, de Tesprit du jour servile adulateur < Écrit d'après son siècle et non d'après son cœur. Il ira, sans péril acquérant la victoire < Amarrer son vaisseau dans le port de la gloire ,
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Tout œuvre qu'il consomme est un œuvre parfait ; Les applaudissements précèdent ce qu'il fait. L'ouvrage qu'il médite enchante la Pandore *; Il adore son siècle et son siècle l'adore. On brûle , pour qu'il soit honoré d'un fauteuil , De voir un des quarante habillé d'un cercueil. Jusqu'au sixième ciel on porte son mérite: 11 chante , c'est Homère ! il écrit , c'est Tacite ! Que dis-je ? le pouvoir , qu'il fronde en ses écrits, jaloux de partager l'engouement de Paris , Veut le récompenser d'avoir suivi l'ornière, Et d'un ruban de pourpre orne sa boutonnière.
Mais malheur à celui dont le génie altier Oserait se choisir un contraire sentier ! Hélas! moi , j'en ai fait la triste expérience î Pauvre diable oublié dans un coin de la France , J'eus des rêves de gloire et d'immortaUté ; Qui n'a pas , dans sa tête , un grain de vanité ?
* Journal lUléraire de l'époque.
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I*aris (jo me disais) , Paris! voilà ta sphère ,
L'éden délicieux de la gent littéraire!
Là, sur le moindre écrit , chaque lecteur accourt :
On achète Vienncl , on comprend d'Arlincourt ,
De tout rimeur gascon on berce la sottise ,
Et Baour est prisé bien plus qu'il ne se prise.
Cinquante Bavius , de la foule adorés ,
Ne vont à l'Institut qu'en carrosses dorés.
Azaïs et Cousin voient, du haut de leurs chaires ,
L'auditeur s'étouffer pour ouïr leurs chimères ;
Et l'orateur Dupin , dont les discours savants
Ont fait bâiller la France en ses représentants ,
Est mis en parallèle avec celui de Bome ;
Bref, tout nain littéraire a brevet de grand homme.
Eh ! bien , s'il est ainsi , me disais-je , partons !
La gloire pour ma muse aura quelques festons.
S'il faut broyer du noir, je pourrai, comme un autre,
De la nouvelle école infatigable apôtre ,
Estropiant Schiller dans ses plus beaux endroits ,
Me moquer d'Aristote et de toutes ses lois ;
Et, pour voir au plus tôt mon œuvre mise en scène ,
En des vers adressés aux gens de Melpomène ,
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Passer du juste éloge à l'adulation,
Et ramper, pour ma gloire, aux pieds d'un histrion,
Qui pourra se charger de mon apologie ? Les journaux , me dit-on , ou Sainte-Pélagie. Attaquez le pouvoir. Un arrêt contre vous , Les imprimeurs demain seront à vos genoux. Aujourd'hui le talent se mesure à l'audace ; C'est par un tribunal qu'on arrive au Parnasse. Lemaire * , sans cela , languirait oublié , Et l'Hermite *' en voiture irait encore à pié. En un mot , pour fixer l'attention publique , La sellette vaut mieux qu'un siège académique.
" Cauchois«Lcraaii'c , alors rt^dacteiir du ConstHutioniiel. "•M, de Jouy , auteur de l'Hermite de Id Chamsée (V Àntiti , Vlh'f' mite en province , ulc.